Ego-trip mal assumé, voyage mélancolique ou horreur intellectualisée ? On va voir quoi au ciné ?

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Ça y est : les beaux jours reviennent, le printemps pointe enfin le bout de son nez. Sauf que. Cette saison, j’ai plutôt envie d’entretenir ma pâleur et de m’enfermer dans les salles obscures. De ce fait, je débriefe mes dernières séances.

Ma vie avec John F. Donovan (Xavier Dolan)

Soupir, soupir… Exaspération, exaspération… Deux heures pour ne rien dire, hormis s’éterniser sur un message simpliste et surtout brasser les clichés récurrents de Dolan qui, au départ, donnaient pourtant au réalisateur toute sa poigne. Le récit s’épanche sur la correspondance entre un acteur de séries télévisées et un tout jeune fan, également acteur en devenir. Si le film veut nous faire comprendre que la célébrité a malheureusement un prix, il nous perd en cours de route en voulant trop en dire, mais sans en faire assez. Effectivement, le problème majeur de Ma vie avec John F. Donovan réside en ce mélange extrêmement mal dosé et indigeste de thématiques, jetées là comme tant d’embryons d’idées, mais jamais développées.

Éternels conflits mère-fils, homosexualité mal assumée, dépression, cacheton, alcoolisme… Nous sommes face à un passage en revue inconsistant des malaises inhérents à la notoriété publique. Tant et si bien que la correspondance entre les deux protagonistes semble finalement accessoire au récit. Autant réécouter la pop song sirupeuse Lucky ,interprétée jadis par Britney Spears. Si elle sert le même propos faiblard et éculé, au moins a-t-elle la décence de se dispenser d’une masturbation intellectuelle et contemplative en ratio 2.35. Un format cinémascope sous-exploité, où s’animent sans grande conviction une Nathalie Portman au jeu plus qu’approximatif et un enfant à la crise d’hystérie bien trop facile. Dolan, jusqu’à l’overdose

Green Book sur les routes du Sud Peter Farrelly

Green book, sur les routes du Sud (Peter Farrelly)

Le frangin Farrelly avait jusqu’alors plutôt habitué les foules à ses comédies slapstick décomplexées. De Dumb & Dumber à Bon à tirer en passant par Mary à tout prix, les frères Farrelly ont offert à deux générations une cargaison entière de films cultes, tous matés à huit dans un canapé, une petite mousse en prime, au petit matin des soirées enfumées. Avec Green book, l’aîné du duo s’offre une incursion du côté des biopics à résonance sociale. Dans la lignée des Figures de l’ombre, sorti deux ans plus tôt, le film s’intéresse à l’histoire vraie d’un musicien noir, intellectuel et talentueux, accompagné de son chauffeur blanc, Italien des bas-fonds, sous-cultivé, mais droit dans ses bottes.

Embauché pour ses talents de garde du corps, Tony Vallelonga accepte de conduire l’artiste en tournée dans les états du Sud des États-Unis, où la ségrégation sévit encore en cet an de grâce 1962. Si l’on retrouve ici une patte Farrelly, elle se situe plus volontiers dans le caractère poétique de l’histoire contée. On se souvient encore de la charmante et romantique balade chantonnée du haut d’un arbre, au début de Mary à tout prix. Et c’est dans un élan doucereux similaire que nous emporte Green book. Engagé dans un triste constat de racisme ordinaire, le film se concentre néanmoins sur l’amitié nouée entre ces deux hommes que tout oppose. Touchant, mais jamais condescendant. Feel good, mais toujours dans la justesse. Green book n’aura pas volé son Oscar du meilleur film.

Us Jordan Peele

Us (Jordan Peele)

Il y a deux ans, Jordan Peele avait déchaîné les amateurs de cinéma de genre et le grand public avec Get out, son brûlot fantasmagorique sur fond de récupération culturelle. En 2019, Us reproduit l’exploit : le film a supplanté Captain Marvel au box-office américain, après une seule semaine d’exploitation. Néanmoins, beaucoup en sortent déçus, déplorant l’absence de message social profond comme en contenait Get out. Toutefois, doit-on réellement blâmer Peele pour cet outrage ? Dans cette fable horrifique où les membres d’une famille se voient poursuivis par d’étranges doubles maléfiques, le réalisateur semble moins préoccupé par la métaphore que par son jeu parfait sur la partition du genre. En effet, le bonhomme joue de la référence et avec brio. Haneke, Craven, Hitchcock… Jordan Peele a su apprendre des grands maîtres pour nous servir un slasher parfaitement maîtrisé, et de quoi redorer le blason de ce sous-genre de l’horreur, trop souvent dénigré.

Ce long-métrage n’a-t-il pour autant rien à dire ? Ce serait peut-être mentir. On peut lire dans la révolte de ces clones, enfermés sous terre et condamnés à vivre reclus, une métaphore de l’Histoire américaine, sans cesse parcourue de violentes prises de pouvoir. Des colons sur les natifs du continent, des blancs sur les noirs. De la même façon, ces tristes doubles tentent d’imposer un nouvel ordre social en assassinant leurs alter-egos. Cependant, le film se dispense de nous donner toutes les clés. Et laisse le spectateur libre de trouver lui-même un sens à ce conte apocalyptique. Avec Us, Jordan Peele confirme et siège désormais parmi les réalisateurs stars de l’horreur moderne.

Sur ce, bonne séance !

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