Molly Saint Rose

Conversation avec Molly Saint-Rose, féministe pro sexe passée par la pornographie

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Il y a maintenant près de deux ans, j’ai vu Molly apparaître dans mon fil d’actualités Facebook. Elle était alors un jeune espoir prometteur du porno français. Dans son feed pourtant, rien d’indécent. Des photos d’elle, oui. Mais accompagnées d’une prose et d’un humour ravageur avec lesquels elle partageait sa vision du monde. Dès lors, j’eus un coup de cœur pour sa personnalité impertinente et volubile. Et puis, dernièrement, j’ai eu l’opportunité d’échanger quelques mots avec elle. Féminisme, porno… La nana a des choses à dire.

Elle n’est pas facile à capter, Molly… Après plusieurs rendez-vous manqués et une grippe de mon côté, nous parvenons enfin à discuter ensemble un dimanche après-midi. J’ai la gueule de bois et un goût de cendrier dans la bouche. Mal assurée, je tente de briser la glace en lui demandant de se présenter en quelques mots. « Dans la vie, je me présente comme une nana lambda de 22 ans. Sur les réseaux, je me définis comme une meuf qui a fait des trucs. » Un ange passe. Comment rebondir sans prononcer le mot ? Je remue nerveusement ma cuillère dans mon thé à la cannelle et, penaude, je me lance : « Des trucs ? Tu parles uniquement du porno ou d’autres projets que tu aurais pu accomplir ? »

Elle répond, le plus naturellement du monde : « Côté vie publique, je n’ai rien fait en dehors du secteur de la pornographie. Mais ça ne saurait tarder ! » Une question me brûle les lèvres. Lorsqu’on lit Molly sur Twitter ou Instagram, les mots « féminisme » ou « militantisme » peuvent surgir à l’esprit. Question sensible en ces temps troublés où le moindre écart sur la thématique peut, d’un cruel revers de bâton, avoir des conséquences funestes. Ma crédulité semble quelque peu amuser mon interlocutrice. « Sur mes profils, tu as l’impression que je me revendique comme militante ?! » Je me sens soudainement très bête. Elle enchaîne avec sagesse : « En vrai, je suis une féministe pro sexe. Et ce terme ne se conjugue avec aucun extrémisme. » Je lui demande de développer. C’est alors que Molly devient bavarde…

J’ai ma propre vision du féminisme, mes propres intérêts et parfois même, mes propres contradictions.

Plus que militante, Molly revendique simplement sa vision des choses. « Je pars du principe que le féminisme diffère selon les personnes, leur vécu et comment ils le ressentent. J’ai ma propre définition du féminisme, mes propres intérêts et parfois même, mes propres contradictions. » Et cette définition si personnelle résonne comme le bon sens : « Selon moi, être féministe, c’est faire ce que l’on veut de son corps. Pouvoir s’adonner à des pratiques extrêmes, sans forcément être taxée de victime ou de meuf paumée. » Pourtant, Molly reste lucide. « Le porno mainstream brasse énormément de préjugés. Qu’on se le dise honnêtement ; cette pornographie est fondée sur des fantasmes masculins particulièrement dégradants. Un autre problème vient aussi du fait que certains consommateurs n’arrivent pas à faire la différence entre la réalité et les vidéos X. »

Molly Saint-Rose

De combats, l’actrice n’en est pas pour autant dépourvue. Avec son franc parlé, elle s’insurge avant tout pour des droits et une réforme de l’industrie. « Mon féminisme, c’est pouvoir être pute, actrice X, camgirl, dominatrice… sans pour autant se voir stigmatisée. C’est avant tout espérer qu’une actrice X, dans un pays relativement abolitionniste et hypocrite, ait une couverture sociale et travaille dans des conditions appropriées. » Je sirote mon thé bruyamment. Compte-tenu de la tendance condom free, omniprésente dans le porno professionnel, comme dans le porno amateur, je n’ose pas l’interroger sur les risques de MST. Dieu merci, elle prend les devants : « Le corps médical doit s’associer avec le métier. Aux États-Unis, lorsque tu fais un prélèvement, les résultats des tests apparaissent sur un site que tout le monde peut consulter. En France, tu dois te démener pour avoir une ordonnance et obtenir les résultats rapidement. » Aucun encadrement dans une industrie pourtant légale donc. Me voilà rassurée (sic).

Au-delà des corps, Molly s’inquiète aussi pour les esprits. « Les acteurs et les actrices devraient pouvoir bénéficier d’un soutien, d’une écoute, lorsque ça ne va pas. En 2016, on a encore déploré deux cas de suicide. » Le fantôme de Karen Lancaume plane soudain sur notre conversation. Malgré son suicide très médiatisé en 2005 et ses nombreux cris d’alerte, quatorze ans plus tard, rien ne semble avoir bougé. Sa seule évocation semble attrister Molly. Néanmoins, de sa courte mais remarquée carrière dans l’industrie du X, elle assure ne rien regretter. « Si l’on me reconnaît dans la rue, je réponds que oui, c’est bien moi, Molly Saint-Rose. Avec un grand sourire. Je ne vais certainement pas me cacher et je ne me sens absolument pas honteuse, même s’il est certain que je n’évoque pas nécessairement ce passé en société. »

Si l’on me reconnaît dans la rue, je réponds que oui, c’est bien moi, Molly Saint-Rose. Avec un grand sourire.

Pourtant, il est loin l’âge d’or des années 70, où les acteurs de Debbie does Dallas discutaient amour et philosophie New Age entre deux prises. Où Brigitte Lahaie se vantaient de participer à des productions grand public, dont l’inventivité et l’humour témoignaient d’une forme d’art. L’industrialisation du gonzo et l’avènement des tubes comme Youporn ont eu pour effet de précariser la pornographie, et encore plus ceux qui la font. Molly témoigne : « En entrant dans le milieu, je n’étais pas au courant de l’état déplorable du X de nos jours. Manque de budget, scénarios médiocres, mecs qui ne savent pas filmer… Et tu es très souvent sous-payée. Les risques viennent principalement des réseaux sociaux. Tu y croises des hommes frustrés qui peuvent devenir dangereux et des saltimbanques qui se font passer pour des réalisateurs renommés. Il m’est arrivée de me faire avoir, malheureusement. »

Avec Internet, la pornographie française s’est morcelée en d’innombrables petites entités… qui mènent leur barque à vue. « Il n’y a pas d’agence, encore moins de formation, explique Molly. Tu dois tout faire toute seule. Ce n’est pas forcément à la portée de tout le monde d’être une as de la communication. Certaines ont un conjoint pour les aider – ce n’était pas mon cas. Après, il existe des filles très intelligentes, qui s’en sortent sans difficultés… Les choses seraient tout de même plus évidentes si un cadre juridique était enfin posé. » Malgré ses prises de position, Molly ne garde aucune rancœur vis-à-vis de l’industrie. En effet, si elle a mis un terme à sa carrière en 2018, ce n’est pas tant faute d’avoir su tirer son épingle du jeu, mais plutôt en raison de la venue de son fils.

Désormais, Molly ambitionne de décrocher son bac et d’entamer des études de psychologie. Si un éventuel retour ne semble pas à l’ordre du jour, l’idée ne la rebute pas, « mais seulement si j’ai des propositions qui tendent vers le porno féministe, voire esthétique. Et selon mes propres conditions ». Elle ajoute qu’« il est possible que je produise mon propre contenu d’ici à la fin de l’année ». Quant au regard des autres, elle s’en amuse. « Tu sais, les gens, dans la vie de tous les jours, ils n’osent pas trop t’alpaguer. Ils restent timides. Virtuellement, en revanche, les attaques envers les acteurs et les actrices X deviennent monnaie courante. » Ce constat ne l’empêche tout de même pas de rester optimiste : « Selon moi, notre société est en train d’évoluer radicalement. Et j’espère que toutes ces évolutions sociétales comprendront la cause des travailleurs du sexe. Il est grand temps de cesser de parler à leur place et de les écouter, enfin. »

Sur ces bonnes paroles, je m’aperçois que Molly et moi discutons ainsi depuis plus de trois heures. Mon thé est froid et la migraine des excès de la veille attaque progressivement ma mâchoire. Néanmoins, une question reste en suspens. Je n’ai pu m’en empêcher. « Au fait, Molly… Est-ce que la légende est vraie ? Tu étais vierge avant de débuter dans le porno ? » Dans un éclat de rire, elle répond : « Ça, tu le sauras seulement après ma mort. »

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Merci à Molly Saint-Rose d’avoir gentiment accepté de répondre à mes questions.

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2 Replies to “Conversation avec Molly Saint-Rose, féministe pro sexe passée par la pornographie”

  1. Belle interview Molly .
    Ont se connais qu à travers réseaux sociaux . Jamais nous nous sommes croisées.
    Comme tu as dit certaines dans le milieu ont été soutenu par leur conjoint j en fait partie.
    Et perso le porno d aujourd’hui ´ est pas celui que j aurai aimer pratiquer.
    Bises et bravo

    Aimé par 1 personne

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