Syndrome de la page blanche

J’ai le syndrome de la page blanche : une semaine d’errance dans ma vie de scribouillarde

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Si tenir un blog peut être une riche idée, le maintenir à jour peut parfois relever du parcours du combattant. En effet, cette semaine, j’étais résolument en panne d’inspiration…

Lundi, 14 h 17. Du temps libre.

Ce matin, je me suis réveillée avec une bronchite carabinée. L’air me manquait et je toussais comme une damnée au seuil de la porte des enfers. Dès lors, j’ai traîné douloureusement mes guêtres jusqu’à l’office du médecin généraliste. Par chance, le praticien est établi dans mon immeuble. Mieux encore : à mon étage, au fond du couloir à gauche. Rapidement, le verdict tombe : fièvre, toux, douleurs auriculaires… « Mademoiselle, j’aimerais que vous vous reposiez une bonne fois pour toutes. C’est votre troisième bronchite ce mois-ci. Je vous impose une semaine d’arrêt maladie et on ne discute pas ! » Enfoiré de fils de pute. Que vais-je bien pouvoir faire une semaine toute seule à la maison ? Compter les lames du parquet ?

Oui, je fais partie de ces gens qui ne supportent pas de rester inactifs. Je me plains sans cesse du volume de travail que j’ai à abattre, mais je l’abats tel le bûcheron, sueur au front, été comme hiver au fin fond de sa forêt. Que de divertissement pour ne point songer à ma condition humaine (oui, j’ai fait L, et cette année-là, on s’est farci Pascal au Bac). Quoi qu’il en soit, hors de question de rester assise les bras croisés à ne rien faire. Ni une ni deux, j’envoie un mail à ma chef avec une liste de tâches desquelles je peux m’acquitter depuis mon lit, puisqu’on m’impose le repos avant mon trépas. Sa réponse ne tarde pas : « Merci pour ta proposition, mais je crois qu’il est nécessaire que tu te soignes et que tu nous reviennes en forme la semaine prochaine. » Allons donc ! Que vais-je faire ? Me reste le blog. J’attrape mon calepin ; tristement vide ces jours-ci. Allez, pondre une idée n’a rien de bien compliqué. Je vais trouver, allumer l’ordi et…

Mardi, 12 h 30. Distraction masculine.

Et merde, je me suis lamentablement endormie. Le réveil est confus, la page du carnet désespérément vierge. La tête dans le sac, j’avale mes antibiotiques et me fais couler un café. Manquerait plus que j’y verse une larme de whisky et je me prendrais presque pour Stephen King. Si Stephen King était une blonde à forte poitrine, auteure de chroniques sur les rencontres Tinder et le non-port de soutien-gorge. Je soupire devant mon éternelle page blanche. Quand soudain, mon téléphone vibre. « Hey, comment tu te sens ? Tu veux que je te ramène quelque chose ? » Un si gentil garçon… Ce serait presque impoli de refuser. « Mon royaume pour un Chaï latte Starbucks. En taille Grande, s’il te plaît », répondis-je en me précipitant dans la salle de bains, histoire d’arranger ma tête de macchabée.

Mercredi, 15 heures. Procrastination utile.

Une après-midi et une longue soirée plus tard, il est reparti plein de frustration, ne pouvant – agents pathogènes obligent – ne serait-ce qu’envisager de me toucher. De toute façon, l’idée d’approcher sa personne la morve au nez et le risque d’éternuement à 1 000 % ne me ragoûtait guère. Le chaï Starbucks en valait néanmoins la peine. Je passais tout de même ma matinée en peignoir, le regard vide, rongeant mon frein et ne pouvant me plaindre qu’aux oreilles des quatre murs de ma chambre. Autant pisser dans un violon. Je croisai alors du regard mon carnet de notes, sagement posé sur le bord de la table de nuit. D’un geste rageur, je l’envoyai valser à l’autre bout de la pièce. Bon, calmons-nous. Et si je préparais à manger pour ce soir ? L’inspiration me viendrait peut-être ensuite. (Spoiler : je me fourrais le doigt dans l’œil jusqu’au coude.)

Rencontre au sommet

Jeudi, 09 h 15. Maudits soient Netflix et le félin félon.

J’ai rempli dix Tupperware et ai ainsi cuisiné pour une semaine. À chaque plat, chaque oignon découpé, chaque cuillère d’huile d’olive bruissante dans la poêle, je repoussais l’échéance. Le carnet est resté désespérément vide. Ce n’est que vers 22 heures, brûlante de fièvre, que je l’ai saisi. Avant de sombrer, lasse, dans les bras de Morphée. Au moins, il est encore tôt et il me reste la journée pour trouver une idée. Mais d’abord, Netflix m’appelle. Une mini série sur l’affaire Grégory. Mon goût pour le glauque et les crimes non élucidés me fait immédiatement céder. Allez, juste un petit épisode… Sauf que j’en enchaîne fatalement quatre. Il est 17 heures. Peut-être encore temps de s’y mettre. C’est alors que Messenger se manifeste. « Tu n’as pas oublié que je te dépose mon chat ce soir pour les vacances ? » Et merde… Faut que je me lève, que je range et rende inaccessibles mes précieux flacons de parfum Yves Saint-Laurent. Mais pourquoi ai-je dit oui, déjà ? Je déteste les chats. Ils chient dans une caisse, ont de petites dents pointues et disposent de griffes acérées prêtes à vous défigurer au moindre au moindre faux pas… Je le maudis d’avance.

Vendredi, 18 heures. Chaton câlin.

Finalement, il est sympa, ce chat. Tigrou dort roulé en boule, collé au bas de mon dos. Son ronron me berce et, pour la première fois depuis le début de cette foutue bronchite, je semble trouver un peu de repos. Il s’étire. Oh mon Dieu, ces petites pattes ! Tellement mignon. J’en oublierais presque que c’est un foutu matou qui bave, suinte d’un œil dans mes draps tout propres et répand de la litière dans tout l’appartement. Il jette vers moi un regard plein de tendresse. Putain, il est doué, ce con… J’en suis là de m’extasier quand je finis par attraper mon fichu calepin. Je soupire, incapable de trouver la moindre idée. Tigrou désapprouve. D’un bond, il s’étale de tout son long sur mon visage, faillant de m’étouffer entre deux quintes de toux. Je lâche brusquement carnet et stylo. L’animal semble fort satisfait. Ma foi, d’accord. Reprenons cette sieste où nous l’avions laissée.

Samedi, 16 heures. Dernier inventaire avant la fin du monde.

Je suis censée publier demain et je n’ai toujours rien, strictement rien. Une idée, vite, une idée ! Pffff… Et puis, si finalement écrire sur le fait de ne pas avoir d’idées était déjà une idée en soi ? Alors, allons-y. Publions un pseudo carnet de bord sur mes derniers jours d’errance entre Tupperware, Grégory Villemin et gardiennage de chat. Cet article est un aveu d’échec et ne sera certainement pas le dernier. Mais, après tout, est-il humainement possible d’assumer chaque jour sans rechigner les contraintes que l’on s’impose soi-même ? Manifestement, non. Alors tant pis, cette semaine, on n’a qu’à dire que j’étais en congé maladie. Cher lecteur, j’espère sincèrement que tu me pardonnes… Je suis faillible comme un misérable et fragile être, en proie à une bronchite infecte. Bordel de merde.

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