Last Christmas

Last Christmas : la bluette de Noël dispensable dont nous avions finalement besoin

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C’est de saison. Les films de Noël au parfum de doux sentiments envahissent les écrans. De télé, essentiellement. Néanmoins, cette année, le cinéma n’est pas en reste. Et c’est étonnement Paul Feig qui nous livre un joli – bien qu’oubliable – conte de fin d’année avec Last Christmas.

Le concept de Last Christmas tient sur un bout de papier déchiré en deux et posé nonchalamment sur la table basse du salon : adapter la chanson éponyme du groupe Wham, écrite et composée par George Michael. Et plus particulièrement, son refrain : « Last christmas, I’ll give you my heart… » Tandis que les plus cyniques d’entre nous se bidonnent déjà en peinant à retrouver leur souffle dans un fou rire majestueux de condescendance, les autres haussent les épaules, peu convaincus, mais enclins au miracle. « Ma foi, pourquoi pas ? » Après tout, quel mal y a-t-il à se laisser séduire par une innocente comédie de Noël, menée par un réalisateur pas si mauvais, et une bande son pop pas si mauvaise ? Allons-y et voyons si nous nous laissons convaincre.

Last Christmas

Guirlandes et bonheurs évidents

Outre la chanson scandée tout du long par la douce voix de George Michael, le film repose sur un scénario des plus entendus. L’impossible Kate, incarnée par Emilia Clarke, vient tout juste de se remettre d’un grave problème de santé. Néanmoins, dans un je-m’en-foutisme exacerbé, elle refuse de se prendre en main, boit et squatte de canapé en canapé. Jusqu’au jour où un charmant jeune homme lui redonne goût à la vie et la pousse à renouer contact avec sa famille d’abord, avec les autres êtres humains ensuite. Esprit de Noël, quand tu nous tiens… Si Last Christmas berce évidemment dans le bon sentiment saupoudré de cannelle, paillettes et guirlandes, il tient tout de même du comique de Paul Feig. On sent d’instinct que le réalisateur de Bridesmaids se contient de verser dans ses travers scatophiles, le film étant une commande de la BBC. Toutefois, on y retrouve son goût pour le grotesque et l’absurde dans quelques instants d’éclat qui ajoutent de la saveur à cette comédie sans grands enjeux.

Sans grands enjeux certes, mais le spectateur ne boude pas son plaisir face à la splendeur d’un Londres hivernal et devant la magie suscitée par le décor de la boutique de Noël dans laquelle l’héroïne, chanteuse ratée, a choisi de boucler ses fins de mois. On a payé pour un film de Noël, on nous sert du film de Noël. Et du grand, du beau. Autre qualité inéluctable de ce long-métrage : la force des personnages secondaires qui viennent enrichir le propos avec un brin d’humour et de réflexion sociétale. Saluons notamment la mère despote de l’héroïne (Emma Thompson), immigrée d’Europe de l’Est inquiétée par la montée du racisme en période de Brexit. Sans oublier la ravissante Michelle Yeoh dans son rôle de gérante de la boutique, meilleur ressort comique du film. Tous ces éléments auraient pu donner lieu à un agréable direct to video. Mais le poids de la sortie ciné pesant, Last Christmas se perd dans des longueurs dispensables, qui ne servent qu’à détourner notre attention à l’approche du twist final. Twist final qui aura toutefois le mérite de surprendre, bien qu’on lui incombera une sérieuse impression de déjà-vu.

We ❤ U George

Malgré ses défauts, Last Christmas remplit néanmoins l’une de ses missions d’une main de maître en offrant un vibrant hommage à George Michael, disparu en 2017. « Qui m’aime aime George Michael. » Ainsi, l’héroïne ouvre le film et annonce la couleur : ici, on aime George, et l’on conchie ceux qui voudraient le réduire à son brushing des années 80. Last christmas ne s’embarrasse d’ailleurs jamais de détracteur amène de reprocher à la pop star son goût pour les mélodies entêtantes et sa période boys band. On assume la musique de George Michael non comme un plaisir coupable, mais pour ses qualités artistiques réelles. Le chanteur compositeur aimait les chants de Noël, les pop songs, et ne voyait pas le problème, tant que l’œuvre était qualitative et transportait son lot de bonnes vibrations. Ainsi, Last Christmas, en tant que comédie romantique de Noël sans complexe, porte en son sein ce même message. Mais l’hommage ne serait pas complet sans quelques clins d’œil bien sentis.

George Michael

D’abord, l’héroïne est issue d’une famille d’immigrés vivant dans la banlieue londonienne. Évident écho à la prime jeunesse de George Michael, enfant de deux expatriés grecs et résidant dans les mêmes quartiers. Le film fait aussi référence à l’engagement humanitaire du chanteur, figure phare de la lutte contre le sida, mais aussi profondément tourné vers les autres. En témoigne son concert spontané pour les infirmières d’un hôpital londonien en 2006. C’est donc en toute logique que l’héroïne de Last christmas se hasarde à pousser la chansonnette devant un centre pour SDF. Entres autres péripéties, on sera également touché par la révélation brutale de l’homosexualité de la sœur de Kate. Une sortie du placard forcée et violente, qui n’est pas sans rappeler celle de George Michael en 1998. Un outing qu’il assumera néanmoins avec une courageuse impertinence – pour ceux qui se souviennent du clip de Outside. En 2011, le chanteur déclarera : « Je n’ai jamais demandé pardon pour ma vie sexuelle et je ne le ferai jamais. » De la même façon, la sœur de Kate ne se justifie en rien et se contente de mener sa vie comme elle l’entend.

Autant d’éléments glanés dans ce film certes niais et convenu, qui ont le mérite de rappeler la grandeur humaniste de cet artiste. Un artiste que beaucoup prennent encore pour un tâcheron pop sans grande valeur, lisse et bien-pensant, alors que la portée de son message demeure universelle et emplie d’une générosité rare. Or, les amateurs savent que le don de soi définissait véritablement George Michael et, pour peu qu’on s’intéresse un peu à sa carrière, on s’aperçoit que cet homme a beaucoup donné, mais finalement peu reçu de ses pairs. Une tragédie. Mais une tragédie que George Michael aurait certainement préféré que l’on mette en scène comme un conte de Noël doux-amer. Tant pis s’il paraît désuet, tant qu’il décroche des sourires et touche quelques cœurs… De ce point de vue-là, Last Christmas se révèle loin d’être un échec et nous offre exactement ce qu’il nous fallait à l’approche de Noël. Allons bon, laissons-nous charmer.

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