Autotest VIH

Pourquoi et comment j’ai testé le dépistage du VIH à domicile

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Et oui. Beaucoup l’ignorent, mais il est désormais possible de faire le test du VIH soi-même, bien au chaud à la maison, grâce à un kit vendu en pharmacie. J’ai tenté l’expérience cette semaine. Spoiler : je suis séronégative.

Par le truchement de l’improbable, j’avais l’un de ces kits dans ma trousse à pharmacie. On m’en avait fait cadeau lors de la dernière Gay pride. Toutefois, n’espérez pas en obtenir un gratuitement pendant ce type d’événement. C’est en sympathisant avec quelques personnes, et grâce à mon expérience passée dans un magazine LGBT, que je me suis retrouvée avec cet étrange goodies au fond de mon sac. Une fois rentrée à la maison, je l’ai vite enterré parmi mes médicaments, avant de retourner m’extasier sur les badges Drag race que j’avais également glanés à cette occasion. Et puis, récemment, une petite nausée post réveillon m’a poussée à fouiller dans la boîte où j’entasse pilules et pansements. C’est alors que je suis retombée sur ce fameux kit…

autotest VIH Mylan
L’angoisse…

« Valable jusqu’au 14 janvier 2020. » Hum. Ce serait tout de même bête qu’il ne serve pas d’ici là. Et puis, ça ne coûte de rien de vérifier. Je repense à la façon dont j’ai obtenu ce test sur le village de la Gay pride. « Ma chérie, est-ce que tu es sûre que tout va bien pour toi à ce niveau-là ? Sinon, tu sais, on fait des dépistages gratuits et rapides dans le camion là-bas. » À cette proposition, je suis restée coite quelques secondes, stoïque, ravalant ma panique. « Heu… Ben disons qu’on passe tous un bon moment là, tu vois. Tu imagines si on m’annonce que je suis séropositive dans le quart d’heure ? Je ne veux même pas y penser. » Ma réponse aura poussé l’un des militants anti Sida à me refourguer ce test, de manière mi-rassurante, mi-effrayante : « Les hétéros ne sont pas à l’abri. Tiens, tu le feras tranquille chez toi, quand le moment sera plus propice. »

Le plus mauvais exemple qui soit

Oui, j’ai peur. J’ai peur du résultat. D’où le fait que je n’ai pas été dépistée pendant près de sept ans. Je suis un très mauvais exemple en la matière. Au cours de ce laps de temps, j’ai été en couple avec quelqu’un, nous avions fait le test au début de notre relation et je m’en suis sentie débarrassée. Ce n’est qu’au début de cette année, plus de deux ans après notre rupture, que j’ai réclamé un bilan sanguin à mon gynécologue. Et je lui ai spécifiquement demandé de ne m’appeler « que si j’ai le Dass ou un autre truc vraiment grave à la fouf et qu’il faille m’euthanasier en Belgique au plus vite ». Il n’a pas appelé, alors je me suis permise d’ignorer le mail contenant mes résultats sanguins. C’est que tout allait bien. Et après tout, il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. À force de prévention, je me suis toujours protégée et n’ai jamais eu aucune pratique à risque.

Moi, sexy et dépistée

Pas lieu de s’inquiéter, certes. Et ça ne coûte rien de vérifier, certes. Il n’empêche qu’à chaque fois que je prends la bonne résolution de faire un test, je suis au bord de la syncope. Mon cœur s’accélère et je ne pense plus qu’à ça. Dans ma tête, j’analyse absolument toutes mes parties de jambes en l’air et, au moindre doute, me dit : « Ça y est, j’ai le VIH, mon test va être positif, je le sais… » Et pourtant, je n’ai pas toujours été aussi effrayée à l’idée de faire cette simple vérification d’usage. Pour en revenir à ma précédente relation, mon ex était allé spontanément se faire dépister, car notre histoire devenait un peu plus sérieuse. Juste pour que je sois assurée que je ne prenais aucun risque avec lui. J’ai donc bien naturellement pris la décision de faire de même.

L’une des pires expériences médicales de ma vie

Pas inquiète, c’était pour moi un examen de routine. Le VIH est un risque à ne pas négliger et, pour moi, il était normal de se faire dépister de temps à autres. Qu’il y ait un doute tangible ou non, ça me semblait aussi naturel que de vérifier mon taux de cholestérol une fois l’an. J’avais, je crois, une vision saine de la chose. Or, le centre dans lequel je me suis rendue allait me traumatiser durablement. Tout a commencé avec le fameux questionnaire… « Avez-vous eu des rapports non protégés au cours des six dernières semaines ? – Non. » ; « Consommé de la drogue ? – Non. » ; « Été en contact avec du sang ? – Non. » Et l’infirmière de pousser un soupir exaspéré… « Alors, pourquoi vous venez vous faire dépister au juste ? » La question me choque particulièrement. Néanmoins, j’explique calmement que mon copain et moi souhaitons démarrer notre relation sur des bases saines.

Ma vision des choses à l’âge de l’innocence

« Et ben… La confiance règne entre vous », assène-t-elle avec dédain. Je suis mal à l’aise et de plus en plus horrifiée d’entendre un tel discours. On m’avait pourtant appris qu’il fallait toujours s’assurer d’être en bonne santé avant d’envisager de faire des cochoncetés sans capote… Le pire fut atteint lorsqu’au cours de l’examen, mon portable s’est mis à vibrer dans mon sac. « Ce doit être l’un des nombreux amants que vous préférez cacher », me sort-elle de but en blanc. J’ai bien cru que la baffe allait partir toute seule. Je suis sortie du centre en me sentant sale, comme si j’avais fait quelque chose de mal, alors qu’au contraire, j’avais parfaitement bien agi. Vis-à-vis de ma santé d’abord, vis-à-vis de mon copain ensuite. Pourtant, je n’étais pas au bout de mes peines.

En effet, en rentrant à la maison, au lieu de me féliciter pour mon sens des responsabilités, ma mère a sur-réagi à la seule évocation du mot « dépistage ». « Pourquoi t’as fait ça ? Tu as fait une connerie ? Si tu as un problème, il faut me le dire ! Tu es malade, c’est ça !? » Là encore, j’explique l’histoire de mon copain, confiance, amour, bonheur, bla, bla, bla… « Mouais, c’est ça. J’espère seulement que tu ne me mens pas. » Plus de vingt ans de Sidaction… Et certains parviennent à stigmatiser les bons réflexes. Tout ceci n’aura eu pour effet que de rendre le VIH encore plus effrayant à mes yeux. Dès lors, le dépistage équivalait pour moi à un moment extrêmement désagréable, où la honte se mélangeait au jugement d’autrui. Alors qu’en réalité, personne ne devrait éprouver de tels sentiments lors de cet examen et, au contraire, se féliciter d’agir. Car il ne faut pas oublier que le VIH est un virus : se prémunir, se tester, se soigner, c’est aussi protéger les autres.

Probablement séronégative

J’en étais là de mes réflexions, quand je décidai enfin d’ouvrir mon Autotest VIH. Allons bon, mon dernier bilan sanguin date de moins d’un an et je n’ai été exposée à aucun risque depuis. Je sais que ce test ne peut PAS se révéler positif. Il faut que j’arrête d’avoir peur et de noyer le poisson à chaque fois que j’y suis confrontée. Et puis, il y a ce garçon que j’aime bien… Je lui dois d’être transparente. Me voilà donc en train de déballer la chose. Mon cœur s’accélère, déjà. Et si le test est positif, je fais quoi ? Mon monde risque de s’effondrer. Respire, respire. Aujourd’hui, grâce à la trithérapie, on peut vivre avec le VIH. On parvient même à rendre le virus non transmissible dans certains cas… Je me rassure comme je peux et il faut bien un quart d’heure avant que je ne m’asseye devant l’exercice du jour. Allons-y.

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Premier acte : je me lave les mains à l’eau chaude et au savon. Je désinfecte ensuite le bout de mon index à l’aide de la lingette fournie. Jusqu’ici, tout va bien, mais les choses se corsent rapidement. Je dois piquer ledit index à l’aide d’un auto-piqueur à usage unique. Léger stress. J’inspire profondément. Je pique. Ouf ! Quasi rien senti. Vient la partie un peu plus technique où je crains de me foirer complètement… Le prélèvement. La notice conseille de former une petite goutte de sang en pressant légèrement. Bon, ça a l’air de fonctionner normalement. Sauf qu’il faut essuyer la première goutte et prélever la deuxième. Misère ! Je m’y prends à deux fois, peste et râle, mais finis par obtenir la goutte parfaite… Qu’à mon grand étonnement, je parviens à prélever sans problème avec le tube prévu à cet effet.

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Arrivée à cette étape, l’attente fut insoutenable

Il ne me reste plus qu’à insérer ce même tube sur son socle en perçant la dose de diluant placée à l’intérieur. Quinze minutes me séparent du verdict final. Quinze minutes que je vais passer à fumer clope sur clope, en priant pour que mon gynéco n’ait pas omis de m’appeler la dernière fois. Ding, ding ! C’est l’heure. Une bande rouge est apparue… « Vous êtes probablement séronégatif. » « Probablement », car en effet, en cas d’exposition au virus au cours des trois derniers mois, il est possible de se trouver dans la fenêtre sérologique, autrement dit « en séroconversion ». Je fronce un sourcil. Non, je n’ai pris aucun risque ces derniers mois. J’ai donc peu de doute sur mon résultat séronégatif. D’autant plus que le test se dit fiable à 99,8 %. Dieu, merci. Je me sens d’un coup plus légère.

La LIBÉRATION !

De cette expérience, je retiens que grâce à ces kits, il est possible de vaincre la crainte du dépistage – laquelle tient souvent de la peur du jugement d’autrui. Même si l’on devrait toujours se sentir en confiance vis-à-vis du corps médical, pour certains, le simple fait de passer la porte d’un centre de dépistage, même si anonyme et gratuit, peut être un obstacle infranchissable. En cela, l’autotest est un miracle, d’autant qu’il est possible de le commander discrètement depuis chez soi sur Internet. La peur du résultat peut aussi devenir moindre, puisque l’on est fixé en quinze minutes seulement. Finies les heures, voire les jours d’angoisse après une prise de sang ! Néanmoins, gardons à l’esprit qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Or, il n’est de meilleure assurance contre le VIH et toutes les autres MST que le préservatif. Fiable à 100 % dans tous les trous, toutes les positions.

On ne vous le dira jamais assez : sortez couverts !

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