AJ and the queen

AJ and the Queen : la série Netflix qui scintille sur les mois d’hiver

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Une petite fille des rues, une drag queen fauchée et une virée en camping-car sur fond de Diana Ross. Taillée sur mesure pour RuPaul, son acteur principal, AJ and the Queen saupoudre de feel good une réalité sociale bien amère.

Sortie le 10 janvier sur Netflix, la série était attendue au tournant. Et pour cause. Elle met en vedette RuPaul, drag queen vedette des années 90, devenue superstar mondiale grâce au succès de son émission de télé-réalité RuPaul’s drag race, lancée en 2009. Adulée et maintes fois primée, cette compétition de drag queens a fait découvrir au grand public l’univers des strass, du contouring et des pistolets à colle. L’art du runway et de l’extravagance. Et ce, en construisant une solide mythologie autour de Mama Ru, icône légendaire du drag. Un symbole, donc. Que l’on était curieux de voir passer à l’acting sur dix épisodes d’environ 50 minutes chacun. Car oui, depuis l’obscur Starrbooty en 1987, RuPaul n’a plus jamais eu l’opportunité d’endosser un premier rôle. AJ and the Queen vient enfin corriger cet outrage.

Misère et paillettes

La série prend place dans le New-York des prostituées et des drogues dures, où nous faisons la connaissance de Ruby Red, drag queen d’âge mûr sur le point d’ouvrir son propre night club. Or, son compagnon, escroc bien connu des services de police, s’évanouit dans la nature et emporte avec lui toutes ses économies. Fauchée, Ruby doit se résoudre à entamer une nouvelle tournée à travers les États-Unis, histoire de renflouer les caisses. C’était sans compter sur AJ, la petite voisine du troisième… Abandonnée par sa mère toxicomane, l’enfant survit de petits délits et n’a qu’une idée en tête : retrouver son grand-père résidant au Texas. Elle se faufile alors dans le camping-car de Ruby, espérant y trouver une planche de salut.

Izzy G interprète la fameuse AJ

De la solitude des artistes drag et de la misère sociale des quartiers pauvres, AJ and the Queen ne fait que survoler les affres. Certes. Mais bien qu’elle mette le doigt dessus pour dénoncer une réalité tangible, la série tente plus volontiers de nous faire sourire à grands renforts de paillettes, de musique et d’humour rocambolesque si cher aux drag queens. Certains lui reprocheront une approche plus lissée du genre, très éloignée des œuvres de John Waters (Pink Flamingos) ou du récent diptyque Hurricane Bianca. Qu’importe. RuPaul et Michael Patrick King – scénariste émérite de Sex and the city – signent ici un manifeste, où donner de l’espoir à un spectateur paumé dans une époque maussade semble une nécessité, presque une question de survie. Bien sûr, ceci implique de baigner dans le bon sentiment et dans la figure très américaine du glorieux outsider. Mais, à l’instar de Ruby Red, pourquoi ne le mériterions-nous pas ?

Tia Carrere
Tia Carrere, l’inoubliable Cassandra de Wayne’s World, campe l’une des ennemies jurées de Ruby Red.

Pop au visage

D’état en état, AJ and the Queen dépeint une Amérique que l’on s’imaginerait puritaine et fondamentalement intolérante, pour finalement dresser un portrait attendrissant de ses archétypes. Même le porteur d’armes bas du front, même la manifestante chrétienne homophobe recèlent quelque chose de sympathique dans leur ridicule propre. Le plus élégant des pieds de nez. Et si RuPaul ne brille pas spécialement pour ses talents d’acteur, il sert parfaitement la soupe dans chacune de ses tenues, éminemment époustouflantes. La star du drag est, de plus, épaulée par une galerie de personnages forts, sans la moindre fausse note. Izzy G se démarque tout particulièrement dans le rôle d’AJ, une enfant loin de toute niaiserie, forcée à la maturité par les épreuves de la vie. Remarquable aussi, l’antagoniste Lady Danger, sorte de « Kardashian borgne », campée par une Tia Carrere sublime en gangsta bécasse, passablement dérangée et avide d’argent.

De seconds rôles, AJ and the Queen en déborde. Pour notre plus grand plaisir. On retrouve ça et là quelques stars de RuPaul’s drag race, toutes en grande forme et hilarantes. Les fans seront ravis de croiser Miss Vanjie, Chad Michaels, Latrice Royale, Bianca del Rio et Trinity the Tuck, sans pour autant que la private joke ne vienne parasiter les péripéties. Ambassadeur du queer, RuPaul rend par ailleurs hommage à tout un pan de la pop culture marqué du sceau #GayFriendly. Ainsi donc, Ruby Red devient une fabuleuse Diana Ross et entame Endless love avec un mauvais ersatz de Lionel Ritchie, nous rejoue La Cage aux poules, Grease et se bat sur scène pour confirmer sa stature de « meilleure Tina Turner » . Un tourbillon pop nous saute au visage et l’on se surprend à fredonner Waterloo, It’s raining men et même ce vieil I will survive. Aucun doute. AJ and the Queen est un écrin parfait, un manque qu’il fallait combler pour voir briller plus fort RuPaul Charles. Un héros moderne. Que l’on attendait pas.

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P.S. : Cher est universelle. Elle n’a pas de couleur.

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