Mariah Carey

L’Avocate du diable (2/3) : Mariah Carey, une diva bien trop précieuse

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Trois femmes… injustement détestées ? Ces prochaines semaines, je me joue l’avocate du diable pour tenter de défendre celles que l’on présente bien souvent comme indéfendables. Dans ce deuxième épisode, je reviens sur l’incroyable carrière et la personnalité très entière de Mariah Carey.

Une voix exceptionnelle couvrant cinq octaves, un hit single classé numéro un tous les ans pendant une décennie entière, auteure-compositrice-interprète féminine la plus rentable de l’industrie du disque, un répertoire intronisé au patrimoine musical américain, cinq Grammy awards, 19 World Music Awards, 11 American Music Awards et 31 Billboard Music Awards. Ainsi pourrait-on résumer la carrière de Mariah Carey. Ébranlée à maintes et maintes reprises, la diva reste solidement debout, juchée sur ses talons aiguilles, à nous toiser sur son piédestal. Depuis son premier tube, Vision of love en 1990, le public américain n’aura eu de cesse de s’agenouiller à ses pieds… Tout en ne se privant pas de la railler et de la huer à chaque faux pas.

Mariah Carey Grammy awards
Mariah Carey reçoit ses deux premiers Grammy Awards en 1991.

Un rapport d’amour-haine

Car oui, l’amour du public pour Mariah Carey a toujours été et reste – bien malheureusement – cyclique. Et ce, dès 2001, où après avoir régné en maître sur les charts pendant dix longues années, la chanteuse connaît un double échec commercial avec l’album et le film Glitter, librement inspirés de sa propre histoire. Navet purulent sans grand intérêt, le long-métrage n’est pourtant pas ce que le genre de la bluette romantico-tragique aura connu de pire. Il n’empêche que les critiques ne se priveront pas de qualifier l’œuvre de « plus mauvais film de tous les temps ». L’album connaîtra le même sort. Ses sonorités funk eighties sonnent, en effet, bien désuètes en ce début de siècle, où les tours jumelles de New-York s’effondrent brutalement. Les journalistes le taxeront au mieux de « ringard », au pire de « risible ».

Mariah Carey #JusticeForGlitter
En 2018, l’album Glitter finit par obtenir une reconnaissance critique tardive. Pour soutenir l’effort, les fans lancent le hashtag #JusticeForGlitter.

Et pourtant, pourtant… Ce public, qui a conspué Glitter en 2001, ovationnera The Emancipation of Mimi à peine quatre ans plus tard. Vendu à plus de 12 millions d’exemplaires à travers le monde, l’album est notamment porté par le titre We belong together, élu « chanson de la décade » par les critiques américains, et comptant même parmi les « chansons du siècle », selon le magazine Rolling Stone. Il faut dire que la prouesse est de taille. Mariah y débite un flot de paroles à un rythme infernal, témoignant d’une maîtrise parfaite de son souffle, avant d’achever son œuvre une octave plus haut, dans un dernier tiers en voix de tête et culminant avec un do4 tenu près de 17 secondes. Un monstre de technique. Alors qu’on la croyait morte et enterrée, Mariah Carey revient par la grande porte. Et la scène se répète inlassablement depuis.

Bien qu’elle n’ait plus connu d’échec aussi cuisant que Glitter, la relation entre Mariah Carey et le grand public ne cesse effectivement d’osciller entre l’amour et la haine. Son émission de télé-réalité est ouvertement huée ? La tournée Sweet sweet fantasy tour n’en reste pas moins un triomphe. Elle se plante en beauté au concert du nouvel an ? On l’applaudit à tout rompre l’année suivante. Et ainsi de suite… Un phénomène que l’on pourrait expliquer par la construction de son personnage au cours des années 90. Le producteur Tommy Mottola, époux d’alors de la diva, a fabriqué sa créature selon le cahier des charges type de la pop-star qui ne fait pas de vagues. Une image lisse et sage, un répertoire sucré, teinté certes de vibrations soul et gospel, mais passées à la moulinette pop. Quitte à en faire oublier ses origines afro-américaines, dans une Amérique encore fondamentalement raciste et conservatrice.

Réalisé par David Lachapelle, le clip de Loverboy, lead single de Glitter, met en scène une Mariah Carey sexy et court vêtue, contrastant avec sa précédente image de jeune fille sage.

D’où un certain rejet au début des années 2000, où les grandes icônes populaires féminines prennent un virage radicalement plus sexualisé. Une période où Britney nous déclare être A slave for you et où Aguilera se la joue Dirrty avec deux R. Mariah Carey, bien trop proprette dès les origines, rate la marche avec son sexuellement explicite Loverboy. Trop vite, trop trash. Et donc, déstabilisant. D’où peut-être un album plus en retenue par la suite avec Charmbracelet. Quoi qu’il en soit, la Mariah qui sautillait dans les champs en entonnant Dreamlover en 1993 est désormais ringarde. Et la Mariah qui nous annonce avoir « some sexy tricks to show », perçue comme ridicule. Une impasse patriarcale. Car l’on voudrait que la petite princesse pop reste à sa place en demeurant une petite princesse pop. Mariah doit chanter l’amour et nous émerveiller par ses capacités vocales. Et non se trémousser comme une traînée en roulant des fesses.

Le droit d’être une connasse

Depuis, Mariah Carey a pris sa revanche artistique. Avec des albums plus matures comme The emancipation of Mimi, mais aussi Me. I am MariahThe elusive chanteuse ou le dernier né Caution – deux opus moins célébrés dans nos contrées, pourtant d’immenses succès critiques et commerciaux dans les pays anglo-saxons. Toutefois, si l’on reconnaît toute l’étendue de ses talents vocaux, sur le plan humain, Mariah Carey reste perçue comme une diva prétentieuse, potiche et capricieuse. Exemple typique, le grand public l’accuse très souvent de n’être qu’une simple interprète sans aucun autre mérite que celui de savoir chanter. Voire même de n’être connue que pour des reprises de chansons dont elle n’est pas l’auteur. Il est, en effet, difficile de croire que cette blonde aux gros seins passablement maniérée ait pu écrire et composer 13 des 18 titres qu’elle a classé numéro 1. Parce qu’une blonde aux gros seins passablement maniérée ne peut pas être en mesure d’écrire. C’est bien connu.

Mariah Carey

Précieuse, blonde décolorée, excentrique. Si bien que son talent paraît suspect à certains. Pourtant, rien ne prouve que les implants en silicone qu’elle assume avoir dans la poitrine aient un quelconque impact sur ses capacités artistiques. Mariah Carey est outrageusement talentueuse dans son domaine. Qu’on l’apprécie ou non, on est bien forcé d’admettre que la dame a du souffle, un coffre et une plume. Or, le public semble plus s’intéresser à ses variations de poids et à ses coups d’éclat de diva. Car oui, Mariah Carey a mauvais caractère et n’est pas nécessairement un personnage sympathique. Atteinte d’un léger complexe de supériorité, elle refusera, par exemple, une invitation à la maison blanche, offusquée de ne pas être assise à la table des Obama… Certes. Mais le procès que l’on intente à Mariah Carey demeure fondamentalement misogyne.

Mariah Carey thé nouvel an

En effet, l’inconscient collectif aura toujours été plus clément avec les personnalités masculines. Lorsque Prince assommait de royalties le moindre petit musicien amateur ayant commis l’outrage de lui rendre hommage, on s’amusait de sa cupidité exacerbée. Quand Serge Gainsbourg serrait d’un peu trop près une Catherine Deneuve visiblement mal à l’aise, on riait de la coquinerie de ce bon vieux Gainsbarre. Lorsque Kanye West s’érigeait en prophète en se faisant appeler Yeezus, loin de le taxer de mégalomanie, certains criaient au génie. Simples coquetteries d’artistes. Mais quand Mariah Carey s’offusque avec véhémence sur scène, parce qu’on ne lui apporte pas sa tasse de thé assez vite, on s’indigne de son toupet et de son ton acerbe. Son attitude parfois irrespectueuse et désinvolte est-elle pour autant pardonnable ? Non. Toutefois, il serait de bon ton de reconnaître qu’une artiste féminine a autant le droit d’être une connasse que ses comparses masculins de parfaits trous du cul.

Sur ce, je file écouter « Vision of love »,

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