Confinée sans Starbucks, ni coiffeur : récit d'une semaine en huis-clos

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Une semaine. Seule. Dans mon 50 mètres carrés. Avec mes cheveux qui poussent et Christophe Hondelatte en fond sonore. Le confinement va être long.

starbucks

Lundi 16 janvier – Chagrin de café

Je viens seulement de réaliser. Ce matin, j’avais encore l’espoir qu’il soit considéré comme une boulangerie. Hélas ! Le Starbucks est fermé. Je suis restée un moment devant le volet clos, avec espoir. J’ai jeté un regard désespéré derrière les persiennes. Rien, personne. Orpheline hébétée, j’ai pris mon bus pour me rendre au travail avec la sensation d’un membre fantôme dans ma main droite. Le gobelet vert et blanc matinal semblait bien y peser son poids. Tragédie ordinaire en ces temps troublés.

tristesse

Assise à mon bureau, j’attends. Ma responsable est en réunion là-haut, avec les autres chefs de pôle. Ils doivent prendre une décision. En bas, les souris dansent. Ou plutôt s’agitent. On murmure les mots « télétravail » et « chômage partiel ». Mentalement, je commence à dénombrer toutes les surfaces sur lesquelles nos doigts se posent. Poignées, télécopieurs, micro-ondes, souris, clavier. J’ai peur. Je veux partir. Et soudain, c’est la délivrance. Ma mère s’empresse de venir m’aider à emporter tour et écran. Ça y est, je suis confinée.

seule

Mardi 17 janvier – Opération commando

Au bureau, j’ai un immense tableau blanc sur lequel j’inscris le planning du mois, petite case par petite case, avec mes feutres Velleda. Rouge, bleu, vert, une couleur pour chaque tâche. Organisation, classement, rangement, ménage : on m’appelle Monica Geller. Et le moindre grain de sable dans la machine peut me faire disjoncter. Ainsi, ce matin, je me sens au bord de l’apoplexie, lorsque je m’aperçois que si je me trouve bien chez moi, le tableau, lui, est resté au bureau. Je crois que j’ai besoin d’un verre. Comment ça, il n’est que 9 heures ?!

alcool

Après avoir passé une bonne partie de l’après-midi courbée sur mon tapis de yoga à reproduire ledit tableau sur une feuille de Canson, mon corps réclame un café de toute urgence. Starbucks fermé. Et merde. J’attrape machinalement une dosette dans la boîte prévue à cet effet. Vide. Double merde. Une seule solution : Monoprix. Dès lors, je me prépare tel Rambo dans son bunker. Mouchoirs, gants, gel hydroalcoolique. Je pars pour un raid vital en milieu hostile.

Rambo

Dans le magasin règne une ambiance de fin du monde. Les gens s’épient, se fuient. Les rayons sont vides. L’hystérie est palpable devant l’étal de farine. S’ils ne cherchaient pas à s’éviter, ils s’étriperaient pour le dernier paquet de Francine. Je fonce à l’étage. Plus de dosette, d’aucune marque. Hormis quelques fantaisistes créations siglées Milka qui semblent appartenir à une civilisation passée, déconnectée de l’essentiel. Allons bon, je saisis un paquet de café moulu Monoprix. Je vais redécouvrir les joies de la cafetière à piston.

café

Mercredi 18 janvier – Hondelatte raconte

Je travaille. En silence. Le café du Monoprix est immonde. Presque par réflexe, je m’exclame : « Nicolas, laisse tomber, vas pas chercher d’café, il est dégueulasse. » Silence, toujours. J’avais presque oublié que mon poste de travail trônait au milieu de ma salle à manger. Pas de collègue Nicolas pour pester avec moi. Vibration. C’est Gwen. « On fera un facetime pour ton anniversaire, du coup. » Je suis née le 29 mars. J’avais oublié. Le seum est féroce et total. Je râle. Seul le silence me répond. Il m’emmerde, ce con.

saoulée

Quelques minutes plus tard, j’ai trouvé la parade. Je me passe les podcasts les plus glauques possible au hit-parade de Christophe Hondelatte. Triple homicide, violeur en série, séquestration… Plus l’affaire baigne dans le macabre, plus je m’indigne. Et j’en viens à mener des discussions avec l’enceinte bluetooth.
« Seulement trois mois fermes alors qu’il était dé-jà récidiviste ! Les jurés s’indignent : c’est un SCANDALE !
Rha ça, Christophe, chuis ben d’accord ! Amen, mon frère ! »
Je crois manquer déjà sérieusement de contact humain.

Reviens, Christophe ! J’AI BESOIN DE TOI !!!

Jeudi 19 janvier – Nicotine love

À chaque fois que j’essaye d’arrêter de fumer, je deviens très rapidement irritable et fort désagréable avec les autres êtres humains qui m’entourent. Alors que je suis d’ordinaire quelqu’un de plutôt aimable, bien qu’un peu revêche au premier abord. Le confinement, période où je ne verrai aucun, voire très peu de mes semblables, me semblait donc le moment idéal pour cesser de m’intoxiquer les bronches. C’était sans compter la masse de mails et de demandes que j’allais recevoir. Le pire étant celui-ci : « Je pense que le planning va encore changer. » Pour la troisième fois.

réaction
Ma réaction.

Je sens la tension monter, le pétage de plombs est proche. De rage, j’écris : « S’il change encore une toute petite fois, rien qu’une minusculo-nano fois, je vous jure que je me suicide. » À peine excessif. Retour arrière. Je réfléchis. J’aime bien cette collègue. Elle ne m’a rien fait et elle a sûrement raison. Mais j’ai quand même envie de fracasser mon clavier contre le mur. Fumer une clope me paraît encore être la décision la plus sage. J’enfile donc ma veste et me mets à arpenter les rues désertes.

seule dehors
DE L’AIR FRAIS ! MERCI, SEIGNEUR !

Sur la devanture du tabac, les consignes sont claires. Deux personnes à la fois dans le magasin. Je monte sur la pointe des pieds pour regarder à travers la vitre. Il est là. Mon buraliste sexy. L’une des nocives raisons pour lesquelles je continue de fumer. Nos regards se croisent, il me lance un sourire en coin. Je repose direct mes talons au sol. Putain, j’ai rougi. Mon tour arrive, il s’exclame : « Hey, salut ! » Je réponds comme je peux : « Sa-sa-luuut » Mon Dieu, quelle nouille. Pour ne pas jouer les stalkeuses, je passe commande auprès de sa collègue.

crush
Moi, faisant genre « tu m’indiffères » (oui, c’est convaincant).

Elle en a carrément marre, la pauvre. « C’était vraiment une longue journée, j’espère que tu es ma dernière cliente. » De la réserve, il revient vers nous pour l’alpaguer : « Rhô, ça va. Te plains pas, elle est toujours sympa, elle ! » Grrraaou. Prends-moi là maintenant tout de suite, entre les cartouches de Malback’ et les grilles de loto, grand fou. Non, non. C’est de la simple courtoisie. Faut que je me ressaisisse. Décidément, le manque d’air frais et de rapports sociaux me fait dangereusement vriller.

visage fou dans Evil Dead
Les ravages du confinement sur ma personne…

Vendredi 20 janvier – Parce que je le vaux bien

Tout à l’heure, j’ai croisé mon reflet dans le miroir. J’ai eu peur. Je ne me suis pas maquillée depuis si longtemps que j’ai l’impression que ça fait un siècle. Je vis continuellement dans mes vêtements de yoga, amples et confortables. Mes cheveux, quant à eux, paraissent avoir fait le Vietnam. J’avais rendez-vous chez le coiffeur cette semaine. Un rendez-vous annulé, qui se faisait pourtant attendre. Je ressemble à la tueuse en série Aileen Wuornos. À s’y méprendre.

Aileen Wuornos
Ma sœur jumelle.

Samedi 21 janvier – RAS

Aujourd’hui, j’ai fait des pancakes. Voilà, c’est tout.

voilà

Dimanche 22 janvier – Réveil en fanfare

08 h 30. Je dormais encore du sommeil du juste lorsque, depuis la rue, j’ai entendu une voix s’élever. « Oh, hé ?! Y’A QUELQU’UN ?! » Encore entravée par ma torpeur, je fais un effort surhumain pour ouvrir la baie vitrée du salon. Personne. Sûrement un voisin à sa fenêtre. La folie me gagne. Je dois baigner encore dans mes songes. Bon, quitte à sombrer… Et si nous nous laissions aller à quelques rêveries érotiques ?
« C’est toi, le buraliste sexy ?
– Non, je vérifiais juste que je n’étais pas le dernier être humain sur Terre, comme Will Smith dans ‘Je suis une légende’.
– Ha. »

La folie est contagieuse, autant que le Coronavirus… Décidément, le confinement va être long. Très long.

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