Yoga, anniversaires et état grippal : miscellanées de ma deuxième semaine de confinement

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La première semaine de confinement aura eu sur moi l’effet d’un lent glissement vers la folie douce. La seconde me guide à présent vers la psychose hystérique.

visage fou de Laura Palmer

Lundi 23 mars – Panique en milieu stérile

Aujourd’hui, je devais être en congé. Et, à cette heure, sur le trajet retour d’un week-end de folle débauche à Lyon, ma mère patrie tant regrettée. Les événements des jours passés m’ont presque fait oublié ce triste constat : week-end annulé pour cause de Corona. Accoudée à la fenêtre, je rumine. Personne pour me plaindre, sinon le vent. Toujours glacial d’ailleurs. Je me gèle depuis deux jours. Les deux seuls radiateurs électriques de l’appartement ont beau carburer, je me pèle bel et bien le jonc.

Moi, derrière mon ordi.

J’en ai marre. Je m’ennuie. Je fumerais bien une clope. Non. Serrer les dents, tenir le coup… Et puis, merde ! Machinalement, j’attrape ma veste et je sors en quatrième vitesse. Je m’apprête à me rendre à mon bureau de tabac habituel quand je m’aperçois que je porte un legging de yoga rose fluo… et que je ne me suis pas coiffée ce matin. J’ai une mèche à droite, une autre à gauche, une troisième dressée en travers. Le buraliste sexy ne doit pas me voir comme ça. Direction donc le tabac le plus éloigné de mon domicile. Par pure coquetterie. 150 ans de féminisme me jugent en silence.

Ouais bon, ça va, hein !

De retour à la maison, je réalise. Je suis partie en trombe, sans gants de latex, ni gel hydro-alcoolique. J’ai touché la poignée de la porte d’entrée, les boutons de l’ascenseur, le comptoir du tabac, la monnaie qu’on m’a rendue ! J’ai l’impression que mes mains brûlent. En fait, si. Elles brûlent. Je fonce dans la salle de bains, je les frotte frénétiquement au savon et ce, jusqu’au coude. Paniquée, je dégaine les lingettes désinfectantes et j’astique mon paquet de clopes, mon trousseau de clé, toutes les poignées de l’appart, mon sac à main, mes baskets, le sol de l’entrée… Quand je m’arrête enfin, le soleil s’est déjà couché.

fille épuisée

Mardi 24 mars – Étirements en chaîne

J’ai froid. Et quand j’ai froid, je mange. Certainement un réflexe reptilien pour mieux former une couche de gras protectrice. Or, cette couche de gras, je ne veux pas la voir se développer. Ce serait trop en ajouter à mon calvaire en huis-clos. Pour m’aider à lutter contre le grignotage, je me lance dans une série de postures de yoga dès lors que la fringale me guette. Je crois en être à trois heures de pratique par jour. Mes hanches et mes genoux me tirent. Ce n’est pas pour autant que je m’arrête.

yoga
Ma nouvelle vie (ou pas)

En réalité, j’ai peur. Peur de ce mal invisible qui nous menacent tous là dehors. L’hécatombe au hasard d’une poignée de main ou d’un éternuement mal maîtrisé. Alors, pour ne pas y penser, je me torture au yoga. Planche, chien la tête en haut, chien la tête en bas, inspire, expire… Mon corps de lâche ne le supporte bientôt plus. Il faut que je trouve autre chose. Faire un gâteau en perles à repasser ? Faute de mieux, je me décide pour cette activité. Trier les petites perles me semble soudainement tout indiqué.

gâteau en perles à repasser
Mon œuvre

Mercredi 25 mars – Lente agonie en ré majeur

Je retire. C’était une idée de merde. J’ai chopé la migraine à plisser les yeux pour chercher des perles roses pâles dans un paquet de couleurs en vrac. Comble de l’horreur, j’ai mal au dos à force de me tenir penchée au-dessus de mon ouvrage. Pour ne rien arranger, j’ai tellement froid que j’en frissonne. Et j’ai des courbatures. Et je tousse. Oh putain, ça y est : j’ai le Coronavirus. Je n’aurais jamais dû sortir la fleur au fusil l’autre jour. Je suis condamnée, j’agonise déjà ! Il ne me reste plus qu’à attendre la mort, les bras en croix, allongée sur mon canapé.

Statut actuel : mort

Jeudi 26 mars – Téléconsultation

Apparemment, j’ai survécu. Cependant, j’ai un peu mal à la gorge et la migraine ne me quitte pas. SMS à Gwen : « C’est bon, meuf. On y est. J’ai chopé le manos le plus en vogue du moment. Corona et moi, on embarque pour quelques jours d’infini plaisir. » Réponse cinglante de la copine responsable : « Vas chez un pu-tain de mé-de-cin ! » D’accord. Cette fois, on ne déconne plus. Me voilà donc en téléconsultation sur Doctolib – lequel possède désormais, entre autres informations personnelles, mon numéro de sécurité sociale. Joie.

youpi

« Je ne suis vraiment pas inquiète. Ça peut être une simple angine, comme un petit syndrome grippal… Néanmoins, vous présentez des symptômes potentiellement imputables au Covid-19. Alors, nous allons rester prudents. » Trois semaines confinée, même s’ils lèvent l’embargo. Fort heureusement, l’État n’est pas prêt de le lever. Ma mère m’appelle. « Ça va ? T’as du Doliprane ? T’as pas de fièvre ? Tu as à manger ? Tu t’es brossé les dents ? Tu t’es épilée sous les aisselles ? » J’ai bien fait de lui dire que ce n’était qu’une simple angine…

mère inquiète
Oui, Mam’s !

Vendredi 27 mars – Les trois mères

Échange avec mon père.
« Ça va ta gorge ?
– Oui, Pap’s.
– C’est bien. Sinon, vas au lit. »

Fin de l’échange. L’homme fait dans l’efficace. C’est un peu moins le cas de ma deuxième mère, aka ma copine Gwenou qui s’inquiète. « Ça va ce matin ? » Oui. « Et là ? » Oui. « Et maintenant ? » Toujours, oui. « Bon, si ça va pas, tu me préviens. » Je souris. J’ignore comment j’ai survécu sans Gwen à mes côtés jusque là. Vibration. Ma vraie mère, cette fois. « T’es sûre que t’as pas de fièvre et que tu as du Doliprane ?! » La vérité si je mens, cette femme porte résolument bien son patronyme aux accents israélites.

Michelle visage réaction

À midi, j’ai fini de bosser et je me gèle toujours autant, assise sur le bord de mon lit, ma couverture en pilou sur les épaules. Ma dégaine est des plus comiques. Je m’ennuie. Descendre chercher le courrier ? Merveilleuse idée de distraction. Une fois en bas, j’aperçois un colis imposant dans ma boîte aux lettres. Le journal de Courtney Love ! Ça fait des semaines que j’attends de le recevoir. Il tombe à pic. Je crapahute jusqu’à ma chambre en quatrième vitesse et m’enferme à double tour avec l’épais volume. Ma troisième mère est finalement venue à mon secours.

Courtney Love

Samedi 28 mars – Fast and furious

Mon père fête aujourd’hui ses 53 ans. Faute de mieux, je lui ai offert un film en streaming sur sa Bbox, Fast & Furious : Hobbs and Shaw. Le paternel aime le cinéma à base de grosses bagnoles. Est-il ravi ? Je ne saurais dire. L’homme est du genre peu loquace. « Cool. Merci, ma poule. » Vous voyez Beau Benett dans The Ranch ? Le même. Enfin, avec le sang quand même un peu plus tiède. Je suis déçue de ne pas pouvoir déguster un burger-végé frites avec lui chez Courtepaille, comme le veut notre tradition. Ce n’est, certes, que partie remise, mais dans l’immédiat, ça me donne encore un peu plus froid.

Kurt triste dans Glee
Like si toi aussi t’as pleuré ta race devant cet épisode.

Dimanche 29 mars – Birthday girl

La fille est née le lendemain de son père. Cette année, elle est gelée, en proie à d’horribles migraines et confinée au fond de son lit jusqu’à nouvel ordre. J’aurais voulu boire un verre avec Gwen, Justine, Flavie, Magali. J’aurais aimé retrouver ma bande de Lyon. Bastien, Dylan, Barbara, Angélique, Laurent. Je veux ma maman et mon papa. Mais non. Cette année, la douleur de se rapprocher un peu plus de la trentaine se fait plus vive. Dieu merci, il me reste quelque part une bouteille de Crémant. Tant pis pour la migraine, et à la tienne !

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