dépression idées noires

Et si l’on parlait dépression et idées noires ?

Scroll down to content

Deux gros mots dans le même titre. Deux mots pas marrants et un point d’interrogation. Un seul ? Non, plusieurs. Dépressif ? Proche d’un dépressif ? À mon moindre niveau, j’ai peut-être quelques réponses à t’apporter.

Chers lecteurs, chères lectrices et non genrés, je fais mon coming out. Mon coming out de dépressive. N’ayons pas peur des mots : je suis dépressive chronique depuis mon plus jeune âge – je ne saurais vraiment dater la chose. Mon parcours avec cette maladie se révèle des plus banals. J’ai longtemps nié, refusé de consulter. Plus jeune, ça m’est arrivé de manière sporadique. Et on m’a collé de nombreux diagnostics : maniaco-dépression, trouble du spectre autistique, borderline, surefficience mentale. Tous erronés.

Cette errance, j’en suis responsable. En effet, mon trouble étant chronique, l’état dépressif passé, je ne jugeais plus nécessaire de m’attarder sur la question. Je ne me suis réellement prise en mains que l’an passé. J’ai consulté deux professionnels. Premier avis, second avis. Une thérapie suivie, un diagnostic. Enfin. Je suis hypersensible et souffre de dysthymie, autrement dit, de dépression chronique. Une fragile au grand cœur, donc. Manquait plus que ça…

GIF émotions

Donc, t’es officiellement barjot ?

Non. Les dépressifs ne sont pas plus fous que mon père, pompette un samedi soir, en train de s’ambiancer sur une cover turque de La Danse des canards. Nous sommes tous un peu barjots, personne n’entre dans les critères de normalité standards. Du point de vue lambda, les dépressifs sont exclus de ce prisme de la normalité. Or, de la « normalité », l’humanité ne s’embarrasse guère. En réalité, la dysthymie n’est pas un trouble rare. Beaucoup vivent avec sans en avoir conscience. S’ils souffraient tous d’une forme de folie dangereuse, sûr qu’une bonne moitié de la population vivrait en cellule capitonnée avec une camisole. Bon courage pour la reprise économique post Covid…

GIF déprimé

Ben, si t’es normale, pourquoi tu déprimes ?

Il n’y a pas de raison… Même si parfois surviennent des éléments déclencheurs. Je ne choisis pas d’être en phase de déprime. Comme dirait l’autre, ça s’en va et ça revient, comme une chanson populaire… Je ne peux pas non plus me mettre un coup de pied au cul et faire repartir la machine comme si de rien n’était. Déjà, parce qu’anatomiquement parlant, c’est compliqué, mais aussi parce la dépression est une maladie. Une maladie vicieuse, qui te met non seulement au tapis, mais qui en plus, te maintient fermement au sol avec une poigne de fer. Tu peux toujours te débattre, elle ne te laissera pas te relever si facilement.

GIF catch
La déprime VS ma joie de vivre innée

Mouais… C’est un peu facile

Je culpabilise déjà assez de ne pas toujours pouvoir la jouer carpe diem. Et ce genre de remarques a tendance à me maintenir la tête sous l’eau. Je ne me plains pas pour me rendre intéressante, ni réclamer ton attention. Au contraire, comme beaucoup de dépressifs, j’encaisse. Je ne dis rien, je laisse la gangrène s’installer jusqu’au jour où le vernis craque. Dans mon cas, je fais généralement une énorme crise de nerfs. Je poste des trucs improbables sur les réseaux sociaux que je supprime quelques heures plus tard. J’appelle tous mes potes, je crie, je pleure. C’est justement là-dessus que, pour ma part, j’essaye de travailler. Car, parfois, dans ces cas-là, j’en viens à envisager le pire.

GIF lumière éteinte

Tu veux mourir ?

Non. Je veux fuir. Disparaître sans laisser de traces. Fuir tout ce qui me ronge de l’intérieur parce que je n’ai pas le courage de l’affronter. Or, en pleine crise d’angoisse, j’ai l’impression que le moyen le plus simple d’y parvenir, ce serait d’ouvrir la fenêtre et de sauter. Si tu savais le nombre de ponts sur lesquels je me suis promenée, les garde-corps que, moi, la froussarde pataude, j’ai tenté d’escalader… Tu en aurais le vertige. À chaque fois, j’ai avorté la tentative. Ces coups de folie nocturnes et solitaires ont longtemps été mon plus grand secret. En parler à ma psy a été une libération.

J’ai appris que ce n’était pas rare et que, bien que dangereuses, ces prises de risque sont le signal d’alerte que m’envoie ma psyché pour m’inciter à prendre le problème au sérieux. Résumé grossièrement, elle me met en garde : « T’es sûre que tu veux mourir, meuf ? Le sol est quand même vachement loin et tu ne pourras pas changer d’avis en chemin. » Le tout, c’est d’apprendre à ne plus en venir à ces extrêmes. En parler est un premier pas. Si vous ressentez la même chose, verbalisez-le. Quitte à verser dans le pathos convenu, j’ose affirmer que vous n’êtes pas seuls et que vous n’avez pas à en avoir honte.

GIF Ur speacial

Et si tu sautais, vraiment, un soir ?

Ça aurait pu arriver… Si je n’avais pas réagi. Depuis que je me soigne, que je vois une thérapeute, ces crises tendent à disparaître. Je n’en ai pas fait depuis plusieurs mois. D’où l’importance de ne pas négliger les symptômes de la dépression. Dans notre culture, être triste équivaut à être faible, on préfère dissimuler ce qui nous pèse. Par ailleurs, les personnes qui tentent de verbaliser leur mal-être en public sont souvent stigmatisées. « Fragile » est même devenu une insulte dans le langage populaire. Tout ceci en dit très long sur notre manière de percevoir les maux de l’humeur. Ceux qui geignent, qui se plaignent, qui pleurent sur leur sort, sont purement et simplement des emmerdeurs.

GIF pfff

Faut dire aussi, vous nous les brisez avec vos drames personnels…

C’est vrai. Avoir un dépressif dans son entourage n’est pas chose évidente. Moi-même, j’ai pu être exaspérée par des amis qui traversaient de mauvaises passes. J’ai fait l’erreur de dire : « Sors-toi les doigts, reste pas là à te regarder le nombril… » Autant pisser dans un violon, voire même dans une contre-basse. Avec le temps, j’ai appris qu’en cas de cafard, la meilleure des réactions était souvent l’auto-dérision. « Ô, pauvre bichette… Tu te sens seule et rejetée ? (…) En même temps, tu cherches, avec ton anneau dans le pif ! » Quand je rumine, certains m’appellent « drama queen ». Loin de me vexer, ça me fait rire et je dédramatise. La dédramatisation et l’humour : ce sont de loin les meilleurs armes à tendre à une âme en peine.

L’illustration parfaite de mon propos

T’es marrante : des fois, ça suffit pas…

En effet. Dans ces cas-là, eh bien, il faut se rappeler et accepter qu’on a beau apprécier la personne en train de sombrer, qu’on a beau bien la connaître, on n’en est pas pour autant psychiatre. Si elle reste centrée sur son mal-être, on ne pourra rien y faire. Il faut se faire violence et avoir l’aplomb de dire : « Écoute, si tu es mal à ce point, vas consulter un professionnel, ça te fera du bien. Moi, je peux t’écouter et t’offrir mon soutien, mais je n’ai pas le pouvoir de te prendre en mains : la solution doit venir de toi. » La réponse est souvent un refus. On aura néanmoins fait passer le seul bon message.

GIF high five

Tout le monde n’a pas les moyens de s’offrir une thérapie

Certes, mais il existe des solutions. Les lignes d’écoute téléphoniques comme SOS Solitude et les chats en ligne, tenus par des bénévoles, peuvent être un premier pas. On peut également consulter des psychiatres et des psychologues à titre gratuit dans les Centres médico psychologiques (CMP). Pour les étudiants, des permanences sont aussi assurées gratuitement par des professionnels dans la plupart des universités. Enfin, des associations proposent des soutiens psychologiques à moindre coût dans de nombreuses villes. Cependant, beaucoup de gens ignorent que les consultations chez le psychiatre, et non le psychologue, sont en partie prises en charge par la Sécurité sociale. Des fois, le blocage est aussi simple que ça !

Qui que tu sois, prends bien soin de toi,

signature

One Reply to “Et si l’on parlait dépression et idées noires ?”

  1. Bravo pour avoir parlé de la dépression. Ce n’est pas chose aisée. Beaucoup de personnes encore aujourd’hui ne considèrent pas cela comme une maladie et minimisent parfois la situation lorsqu’une personne de leur entourage est dépressive.
    Je suis moi-même de nature dépressive depuis plus d’une dizaine d’année et hyper-sensible depuis toujours et c’est parfois difficile à gérer. J’ai toujours fait en sorte de ne pas le montrer, de ne pas « me plaindre » de faire comme si tout allait bien et évidemment, arrive le moment où l’on craque et pas qu’un peu.
    Je suis actuellement un blog qui parle de la dépression « My DeliPression » et cela fait un bien fou de lire ce type de blog et d’article, car cela montre que nous ne sommes pas seuls à vivre avec cette maladie.

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :