Déconfinement, épisode 2 – La revanche de Jean-René

Scroll down to content

Je les avais croisés sur Tinder en plein confinement… Jean-Guy me semblait plein de promesses, tandis que Jean-René m’inspirait un brin de méfiance. Mais alors que je pensais la jouer fine, le retournement de situation fut tel que désormais, je me trouve bien moins maligne.

Mes potes avaient pris les paris. Jean-Guy était donné gagnant à cinq contre un. Seule Angie a préféré s’abstenir : « Il est tout pété votre pari, les gars. Lily, c’est la reine des dramas. Sa vie ressemble à une telenovela. Même si toutes les étoiles semblent parfaitement s’aligner, le scénariste va caser un twist final qui va tous nous laisser sur la paille. Vous allez voir. » On a tendance à sous-estimer Angie… Or, derrière son exubérance grandiloquente, elle détient visiblement un sacré don de clairvoyance.

GIF voyante

Inoffensif

Tout comme mes autres potes, je n’ai pas cru à la prophétie de la grande pythie. J’ai foncé droit dans le mur. Jean-Guy, c’était le choix de la raison. Même Franck qui, longtemps, avait compté parmi les plus fidèles soutiens de Jean-René, avait fini par retourner sa veste.
« Je te connais par cœur, Lil’. Je n’accorde aucun crédit au gentil Jean-Guy. Il est mignon, a un pôtit chien, aime les slashers, le punk et même Mariah Carey… Certes, ça colle. Mais je ne te crois pas une seule seconde quand tu me sors que tu renoncerais à sexy Jean-René pour une histoire plan-plan sans la moindre dick pic.
Chais pas… Peut-être que finalement, après Mister Big, je suis vaccinée. Un petit chou inoffensif comme Jean-Guy pourrait bien me suffire.
Ô-MON-DIEU ! Tu me fais une crise de la trentaine précoce, ça y est ! Lily va se caser, faire pousser ses cheveux longs et rentrer faire à manger. Je vote Jean-Guy. Fais-moi un filleul, on l’appellera Jean-Daniel. »

Allons donc… J’ai rencontré Jean-Guy, un soir en rentrant du taff. Les bars étaient encore fermés, nous avons bu une canette assis dans l’herbe près de mon ancien lycée. Il m’a fait rire aux éclats près de trois heures d’affilée. J’avais l’impression d’avoir à nouveau 12 ans. J’en rentrai néanmoins frustrée. Il n’avait pas osé… ne serait-ce que frôler ma main. Peut-être que finalement, je ne lui plaisais pas tant. Ma foi, ça arrive. Pourtant, mon téléphone a rapidement vibré au fond de mon sac : « Et sinon, tu fais quoi samedi ? » J’ai souri. Rendez-vous pris.

GIF amoureuse

Crise de foi

Arrivés le samedi, pas de nouvelles. Je me décide à lui faire signe en fin d’après-midi. Les heures passent. J’envoie d’autres messages. Pas de réponse. Je dois déposer d’anciens vêtements chez une amie, laquelle vit non loin du lieu de résidence de ce fameux Jean-Guy. J’appelle. Répondeur. « Bon écoute, je vais passer chez ma pote Je serais dans ton coin vers 20 heures. Sonne-moi si tu veux que l’on se rencarde. » Par acquis de conscience, j’enfile une robe explicitement indécente et je me décide à me mettre en route.

Séance d’essayage dans le salon de ma copine. « T’es sûre que tu ne veux plus de ce short ? Je suis persuadée qu’il te fait un cul hyper sexy. » Non, non… Prends tous les shorts que tu veux. Je m’en fous. Je fixe désespérément mon portable posé nonchalamment sur la table basse. Malgré mes messages inquiets, il ne sonnera pas. Et ce, jusqu’au surlendemain. « Je suis désolé, j’ai fait une grave intoxication alimentaire. J’ai vomi du sang et j’ai été intubé. » J’ai peu foi en l’humanité. Néanmoins, je décide de lui laisser une chance et de le croire.

GIF menaces

Ghostage en règle

Les jours s’enchaînent et se ressemblent. Jean-Guy et moi reprenons une correspondance mignonne et agréable. Quand soudain, plus rien. Le déserteur devient récidiviste. Même les accusés de réception se font la malle. Verte de rage, j’en viens à ronger mon frein au fond de mon lit. Les mots de Franck me reviennent en tête. J’ai sciemment renoncé à sexy Jean-René par égard pour gentil Jean-Guy. Néanmoins, je n’ai rien promis et de l’égard, Jean-Guy n’en manifeste pas le moindre pour ma personne. Aux grands maux les grands remèdes ! Je texte Jean-René dans la nuit : « Après une longue accalmie, je me sens d’humeur coquine… Connaîtrais-tu un beau mâle pour satisfaire mes envies ? »

Pas de réponse… Tant pis, je n’avais rien à perdre, je l’aurais tenté. Je retourne donc bosser le lendemain en me disant qu’il me resterait toujours ce cher Tinder, quoi qu’il arrive. J’étais loin de me douter que Jean-René allait se manifester dans la journée et s’excuser pour son retard de réponse. Il est toujours tenté. La discussion vire à la proposition indécente. Et puis…
« T’es joueuse ?
Très.
J’ai une bouteille de vodka et envie de m’amuser ce soir… Tu viens jouer avec moi ? »

GIF Hum

Deux heures plus tard, SMS de rigueur à Gwen.
« Tu sais quoi ? J’emmerde l’autre baltringue qui répond pas. J’ai rendez-vous avec Jean-René ce soir.
Quoi, quoi, quoi, QUOI ?! Là, comme ça, direct ?
J’ai pas de temps à perdre. Pis, le gars est quand même appréciable. Si l’affaire ne se conclut pas, au pire, je passe une soirée sympa.
Fonce, salope ! Fonce ! »
Je fonce. Boulot achevé, je file chez moi enfiler un body en dentelles et un jean beaucoup trop large qui me fait des cuisses de catcheuse. Je regrette soudainement de ne pas avoir gardé le mini-short au cul d’enfer. Cependant, je n’ai pas le temps de me poser la question que je suis déjà dans le bus.

Body soit qui mal y pense

J’arrive chez Jean-René pimpante et souriante. Je balise tout de même un peu. En effet, il n’y a pas de billet retour. Je n’ai pas le permis et j’ai pris le dernier bus. Si nous n’avons rien à nous dire, la nuit risque d’être longue. Je le crains, car Jean-René – à la différence de Jean-Guy – n’est pas nécessairement un grand bavard. Or, moi, je suis un moulin à paroles. J’ai peur des blancs dans la conversation. Et j’ai capté lors de nos courtes entrevues précédentes que lui, ne voyait pas d’inconvénient à les laisser vides.

GIF mais parles !
Moi, face à un économe de la conversation

J’enlève ma veste sans y penser. J’observe chez lui un temps de latence. Il guette la peau qui transparaît sous mon body. J’en ai sûrement trop fait. Comme à mon habitude. Les verres de vodka s’enchaînent et Jean-René a finalement des choses à dire. « Il active tous mes signaux d’alerte. Ancien DJ, sexy en diable, un peu camé sur les bords… Comme mon ex. Ce genre de mec me met toujours au tapis direct. » Tel est le portrait que j’en avais dressé à mon pote Franck, ma copine Justine et même Jean-Guy.

De l’alchimie ?

Je n’avais pas complètement tort. Il coche presque toutes les cases. Néanmoins, contrairement à ceux que j’ai pu croiser précédemment, le type est raisonné, au clair avec ce qu’il dégage et avec lui-même. Toutefois, le goût pour l’aventure nocturne et pour certains vices tisse un lien indicible. Nous parlons la même langue. On se comprend. La discussion est facile, évidente. Je le prenais pour un DJ aux goûts terriblement enclavés, il me passe du Rachid Taha et je fonds comme neige au soleil… Je suis bourrée, ça explique peut-être.

Il esquisse néanmoins un sourire moqueur quand j’évoque Sainte Mariah la grande. Je lui demande de mettre Emotions, version Unplugged. Il a vite compris. Je suis surprise. Je me fourvoyais dès le départ. Sur lui et sur moi. Que diable suis-je allée courir après un Jean-Guy sous prétexte d’allures inoffensives ? Je l’ai pourtant toujours su. Je suis une nana qui tombe sous le coup de l’imprévu et qui ne succombe qu’à plus improbable qu’elle. Jean-Guy n’aurait pas résisté longtemps… Peut-être, dans le fond, a-t-il eu raison de se méfier. Et moi, à présent, je me sens terriblement conne de déblatérer des conneries pareilles.

La tribu de Dana

J’ai arrêté de compter les verres de vodka, quand je taquine Jean-René sur sa bretonnerie sous-jacente. Je suis sûre qu’il connaît La Tribu de Dana par cœur comme tous ceux de sa race. Il ne nie pas longtemps et répond à la provocation micro en main. « Le vent souffle sur la plaine de la Bretagne armoricaine… » Et j’explose de rire. Fût un temps j’aurais rétorqué que moi, de mon sang vicié et mélangé, je tiens ma fierté dans la maîtrise parfaite de Rain on my parade. Or, je suis bien trop alcoolisée ce soir pour gueuler à Mister Arnstein que « here I am ».

J’ai toujours été une « Funny girl », comme Barbra…

Je ne me rappelle pas de l’enchaînement exact des événements… Un ange est passé. Il m’a regardée et a lâché, d’un ton décidé : « Bon, allez… » Avant de fondre sur moi pour arracher mon body. Les signaux d’alerte, les dernières défenses, rien ne tient plus en place. Au tapis, avec ma grande gueule, en même temps que mes cuisses s’ouvrent toutes seules. Ces putains de DJ… Je crie, il me mord, je perds mon souffle. Dans la bataille, il fait tomber son verre de vodka. Et je glisse au sol, toute nue dans l’alcool. J’en redemande.

On passe une partie de la nuit comme ça. À lancer des sons parfois contestables… Et à se chercher, à s’agripper. J’ai toujours aimé ces fils de discussion lancés au hasard, entrecoupés d’instants brusquement féroces. Or, rares sont ceux avec qui s’installe naturellement ce jeu. Je pressentais néanmoins Jean-René comme un adversaire à ma taille. Au moins, aurais-je eu raison sur ce point. Je n’ai pas encore perdu toute ma lucidité au vu de l’approche inévitable du troisième âge – à savoir la trentaine.

GIF miroir

Suivre le courant

Mon réveil sonne trop tôt ce matin-là. J’ai tendance d’ailleurs à le mettre une heure à l’avance et à le laisser sonner de temps à autres jusqu’à ce que le lever soit inévitable. Je l’entend à nouveau. Et bien que je consulte mes notifs, ce n’est pas tant la lumière de l’écran qui me réveille. Ce sont les mains de Jean-René sur ma peau et sa joue contre mon épaule. J’aime bien ça… Encore une fois, je me laisse choir. Si vous cherchez une fille farouche avec un sens aiguë de ce à quoi tient sa dignité, n’inscrivez pas mon nom sur la liste.

Plus tard, il saisit ma main et me demande :
« Tu cherches quoi ?
Je ne sais pas. »
Et c’est vrai. Dans le fond, je n’ai jamais su. J’attends de voir venir et j’ai le temps de voir venir. Je me laisse « entraîner par le courant », comme dit toujours Morgane, ma meilleure amie. J’aime bien Jean-René. Depuis que j’ai cédé à mes bas instincts, je souris quand il me laisse une notif sur les réseaux sociaux. Reviendra, reviendra pas… Quoi qu’il en soit, j’aime le goût qu’il a laissé sur mes lèvres. Et c’est de loin l’essentiel.

Sur ce, Jean-René, quand est-ce qu’on se le fait, ce Trivial Pursuit ?

signature

One Reply to “Déconfinement, épisode 2 – La revanche de Jean-René”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :