Je suis maniaque et control-freak

Je suis maniaque, légèrement control-freak, mais bizarrement… très heureuse de l’être

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Petite déjà, j’aimais voir ma chambre rangée et ordonnée. Et en grandissant, je suis devenue bien pire. Cependant, de ma personnalité, c’est un aspect que j’ai appris à dompter et même, à aimer.

Tout a commencé par une Barbie. Plus exactement, une Barbie Sissi impératrice à l’effigie de Romy Schneider. Elle était tellement belle, tellement parfaite, qu’il m’était devenu impératif de conserver ce petit écrin de perfection. Jusque là, j’avais toujours été une enfant soigneuse. Néanmoins, c’est bien au contact de cette poupée que ma maniaquerie est devenue quelque peu compulsive. Je ne supportais pas qu’on la touche. Encore aujourd’hui, elle trône majestueusement sur mon étagère et tout mon corps se raidit lorsque quiconque ose commettre l’impair de l’approcher.

Barbie Sissi Impératrice
Je ne plaisante pas : elle est VRAIMENT toujours là.

Psychopathie latente…

Elle est impeccable, en parfait état pour un jouet que j’ai pourtant trimballé partout durant mon enfance. J’ai perdu son collier et ses chaussures – m’arrachant de longues crises de larmes. Néanmoins, sa robe demeure comme neuve, sa bague toujours en place, et surtout : j’ai conservé sa coiffure d’origine. Intacte. Comme au sortir de la boîte. Je n’ai jamais détaché le petit élastique transparent qui retient sa crinière, ni retiré son diadème. Et régulièrement, je passe délicatement un coup de peigne sur ses longueurs. Oui, on appelle ça plus communément de la psychopathie.

Barbie Sissi impératrice

Cependant, je m’en porte très bien. Je sais que mon côté maniaque est, certes, pénible et prépondérant, néanmoins, je suis loin du trouble obsessionnel compulsif et je n’ai pas l’impression d’en souffrir, ni de pourrir la vie des autres pour autant. Disons que, chez moi, chaque chose est disposée selon mon feng-shui très personnel. Si tu déplaces un objet, je vais ressentir un inconfort et le remettre à sa place dès que tu l’auras reposé. Nonobstant, je ne vais pas te faire la remarque, ni m’en plaindre. Il faut que je le fasse, sans quoi, je vais focaliser sur ce petit détail. Mais je ne t’en tiendrais pas rigueur : je le fais pour rétablir mon propre équilibre et me sentir à l’aise, c’est tout.

… ou raisonnablement cinglée ?

Il en va, bien sûr, de même pour la propreté. Quand je fais la vaisselle, par exemple, je termine par nettoyer, puis astiquer l’évier, ainsi que le robinet, avec un chiffon micro-fibre. Légèrement excessif, j’en ai conscience. Néanmoins, tant que je ne passe pas ma journée à tout désinfecter de manière compulsive, je ne vois pas où est le problème. Et je me suis aperçue ne pas être si chiante que ça au contact de mon ex… qui roulait ses clopes partout, tout le temps. Encore aujourd’hui, je retrouve du tabac coincé dans les livres et même quelques boulettes de shit restées collées sur les jaquettes de DVD.

GIF réaction blasée

Ça m’a rendue carrément barge. À chaque fois que je le voyais lisser sa feuille OCB entre ses doigts et les petits bouts de tabac s’en échapper, ma mâchoire se serrait et je me contenais pour ne rien dire. Or, dès qu’il s’absentait, je me jetais sur l’aspirateur pour repasser derrière lui, sur la table, la moquette, le lit… À chaque endroit exact où je l’avais vu rouler une cigarette. Jusqu’au jour où j’en ai eu marre et où je suis rentrée de la Foir’fouille avec un plateau en mélaminé. « Dorénavant, tu roules là-dessus, toujours. Tu ne fais jamais aucune exception. Et quand tu as fini de rouler, tu nettoies le plateau. Ou je pleure et je crie très fort. »

GIF je te préviens

Étonnement, le bonhomme n’a pas semblé plus heurté que ça.
« Ok, pas de problème.
– C’est tout ? Tu te dis pas que je suis chiante ?
– Non, j’ai capté de toute façon que tu nettoyais et rangeais tout derrière les autres de manière systématique. Je suis plutôt content que tu me dises ce qui te dérange pour que je puisse faire en sorte que tu te détendes un peu.
– En fait, je m’en fous. Tu fous le bordel comme tu veux, je remets en place par réflexe, sans y penser vraiment. Par contre, le tabac, ça me dérange. Parce que je cours derrière toi avec l’aspi tous les jours, c’est en train de me rendre cinglée.
– Bah, si ce n’est que ça ! Ça va, tu n’es que raisonnablement cinglée. »

Crise de responsabilités

Indulgent. Très indulgent. Aussi, parce que ma vie est intégralement contrôlée par mon Bullet journal. Au point que je suis capable d’aller me coucher à l’aube, tant que je n’ai pas coché toutes les cases sur la To do list du jour. De même, le menu de la semaine est rigoureusement aimanté sur le frigo chaque dimanche soir. Sans quoi, j’ai l’impression d’être perdue, de trop me laisser aller, de faire ou de manger n’importe quoi… J’avoue, parfois, je me suis montrée excessive. Mon ex aura connu de nombreuses crises d’angoisse provoquées par la panique de ne pas avoir accompli l’ensemble de mes tâches journalières initialement prévues. Ou par le simple fait de s’être laissés aller à commander une pizza, alors que j’avais pourtant « des brocolis au frais pour ce soir ».

Aujourd’hui, j’ai augmenté d’un level : j’ai carrément un panneau magnétique sur le frigo.

J’ai commencé à devenir réellement control-freak, lorsque j’ai quitté le nid familial. Toute seule, dans une grande ville. Ma première année loin de mes parents fut chaotique. J’ai pris 15 kilos à force de m’empiffrer de gâteaux et de chocolat à défaut de véritables repas. Quand je n’étudiais pas, je passais mes nuits à boire et à hurler dans les rues avec ma copine Angélique. Une fois, je n’ai pas dormi pendant quatre jours. Conséquences : je me suis effondrée ivre morte sur un lit le dimanche et me suis réveillée tôt le mardi matin. À qui appartenait ce lit ? Je l’ignore encore. Ai-je vraiment envie de le savoir ? Aucun doute sur la question.

Un soir, mon ex m’a vue rentrer en rasant les murs, lesquels n’arrêtaient pas de tanguer – ces fils de pute. D’un calme olympien, il m’a asséné : « À l’occaz’, c’est ligotée dans le coffre d’une voiture que tu vas terminer ta soirée, petite. » Il n’avait pas tort… Puis, si j’ai toujours eu la chance d’être bonne élève sans trop me fouler, dans ma licence d’Allemand (oui), je galérais un peu. Heureusement que mon double cursus en comm (re-oui) relevait foncièrement ma moyenne. Néanmoins, si je ne réagissais pas bientôt, tout allait partir en vrille et papa-maman m’auraient vite fait coupé les vivres.

Planner junkie

La réponse fut à la mesure de l’état de déchéance. En bien comme en mal, j’agis toujours avec excès. Régime strict. Coucher 22 heures, réveil 5 heures en semaine. Pas de sorties, pas d’alcool, pas de films d’horreur, pas de musique, pas de séries, aucun amusement tant que je n’avais pas fini telle dissertation, telle traduction ou telle fiche de révision. Les virées au bord des quais devenaient mes récompenses. Cette discipline de fer m’a permis d’obtenir deux licences et un master, en journalisme et en langue allemande – j’ai effectivement abandonné la comm’ en cours de route…

GIF RuPaul

Cependant, si ce dispositif s’est avéré nécessaire à un moment donné, il est ensuite devenu un poison au début de ma vie active. Que faire le soir venu ? Les missions élémentaires accomplies au travail, devais-je me mettre à planifier également mes loisirs ? J’ai donc procédé ainsi. À m’en rendre effectivement malade. Et à en rendre fous tous mes potes : « Les gars, je ne sais pas comment faire : si on va au cinéma samedi, je n’aurais pas le temps de faire ma séance de sport. Or, si je veux rester dans mes objectifs, je dois pratiquer au moins quatre heures de yoga par semaine. Vous n’auriez pas pu me prévenir la semaine dernière, non !? Là, ça y est, j’hyperventile. »

Une question d’équilibre

J’ai cependant appris progressivement à me décoincer et depuis peu, je parviens même à noter une ou deux choses au crayon de papier sur mon agenda, en me disant que si je les efface au profit d’un moment de détente, ce n’est finalement pas la mer à boire. Grâce à ma gomme, plus aucune trace du délit. Le crime parfait. Cependant, je garde la satisfaction de cocher la case si jamais la tâche se révèle accomplie. Mon Bullet journal me rassure, au même titre que mon appartement parfaitement rangé, propre et organisé. Ce sont mes filets de sécurité. Je sais pertinemment que sans toutes ces manies et ces obsessions, je peux dangereusement me laisser aller.

Bref. Je m’appelle Lily, j’ai 28 ans. Je suis maniaque et control-freak, au point que je peux péter un plomb pour un grain de riz tombé sur mon tapis d’Orient fraîchement nettoyé. Et paradoxalement, ce léger pète au casque se révèle au centre de mon équilibre. Nonobstant, je ne cherche plus à y trouver un sens. Que celui qui peut se prétendre absolument normal me jette la première pierre… Personne ? (…) C’est bien ce que je pensais.

Maniaquement vôtre,

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