Je fais de l'aérobic

Je fais de l’aérobic en justaucorps lamé fuchsia depuis des années et j’adore ça

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Longtemps, j’ai caché ma passion pour le kitsch des séances d’aérobic. Je les aime vintages, longues et intenses… Et à présent, après un long cheminement de mes années collège à ma vie d’adulte, j’assume (enfin, presque).

Je suis une enfant des années 90. Quand j’étais petite, l’aérobic n’était pas encore tout à fait ringarde. C’était à l’époque l’image d’Épinal qu’on se faisait du sport en salle et les sitcoms du début de la décennie nous laissait encore admirer les jambes fuselées des demoiselles en justaucorps à paillettes. Moi, gamine boulotte, inapte à toute activité physique et aussi coordonnée qu’un galet sur une plage du Morbihan, j’étais fascinée. Au point qu’il m’est arrivé d’enfiler une paire de baskets, le bandeau éponge de ma mère autour de la tête et une serviette sur les épaules pour let’s get into physical. J’ai provoqué l’hilarité parentale.

Confrontée à ma nullité crasse en cours d’EPS, j’ai fini par abandonner mes guêtres là où je les avais enfilées pour la première fois, sur le tapis du salon. Et puis, au collège, j’ai eu une prof de sport anciennement championne d’aérobic reconvertie dans le step. Ne croyez pas en une révélation : c’était une garce, je la détestais, elle et son foutu marche-pied en plastique. Puis, un jour où j’étais particulièrement nulle, à contre-temps, à suer et expirer bruyamment comme une truie luisante, elle s’est dirigée vers moi, a retiré le step et m’a dit : « Tiens, fais sans, c’est plus facile. » Effectivement.

J’étais toujours aussi nulle, gauche et pataude. N’empêche que, sans le step, j’ai carrément pris mon pied à pointer (à peu près) en rythme sur un gros tube dance bien naze. Gauche, gauche, tourne, tourne, droite, droite, step touch, step touch et tourne… Elle m’a surprise en train de sourire dans le miroir. J’ai croisé son regard et ai aussitôt repris mon attitude d’ado rebelle et nonchalante. Après la séance, elle m’aura tout de même glissé : « Il y a vingt ans, je t’aurais inscrite à un cours d’aérobic débutant pour t’apprendre à te coordonner. » Le cœur serré, je n’ai pas osé lui répondre que c’était un rêve d’enfant jamais exaucé.

Passion secrète

Figurez-vous qu’à compter de ce moment-là, alors qu’adolescente je n’écoutais que du gros rock qui tâche, il arrivait que d’un coup d’un seul, une déferlante de Britney, Cyndi Lauper et Cascada se mette à émaner de ma chambre. Oui : je faisais de l’aérobic en secret sur la base des quelques mouvements que j’avais appris en EPS au collège. J’avais tellement honte que lorsque mon père ouvrait la porte avec fracas sans frapper, je stoppais net et rougissais des oreilles à la racine des cheveux. Dans ma chambre, je m’imaginais en leggings et justaucorps fluo, filmée pour un cours vidéo comme on en voyait encore à la télé dans la première moitié des années 90.

Puis, avec le développement de YouTube, les cours d’aérobic gratuits en ligne ont commencé à déferler alors que j’étais étudiante. D’abord par des Américaines, toutes en muscles et lycra mélangés, qui hurlaient des ordres en rythme telles des caporales sous taurine. Loin d’améliorer ma maîtrise de la langue de Shakespeare, j’ai à défaut appris à m’améliorer en répétant et répétant les quelques chorés dispos en ligne. De mes premiers essais chaotiques et incoordonnés, j’ai fini par connaître par cœur les enchaînements, malgré mon sens du rythme assez approximatif. Puis sont arrivées les Françaises, avec des approches plus pédagogiques, me permettant de parfaire ma technique.

Lucile Woodward n’assume pas le terme « aérobic », mais je vous assure que c’en est.

Et c’est ainsi que, de fil en aiguille, j’ai commencé à pratiquer l’aérobic de salon de manière régulière. En parallèle du yoga, mon autre passion sportive, en club cette fois. Avec mes premiers salaires, j’ai réalisé de vieux fantasmes, achetant baskets à amortis, guêtres et même… justaucorps lamé fuchsia. Je n’assumais pas et n’ai jamais vraiment assumé. Il n’empêche que, dans l’intimité de mon chez-moi, dans ma tête et pour moi seulement, je m’éclatais comme une petite folle, me défoulais après mes dures journées de travail et secouais mes fesses en cadence sur du Olivia Newton-John – franchement, qui n’aimerait pas ça ?

L’appel du rythme

Malheureusement, le destin m’a peu à peu éloignée de l’aérobic. Mon entrée dans la vie active s’est faite dans la douleur, j’ai rompu avec mon compagnon de presque dix ans, j’ai pris du poids, fait une dépression… Quand je me suis ressaisie, seul le yoga m’a paru envisageable avec mes trente kilos de surcharge émotionnelle sponsorisés par Ben & Jerry’s. Or, désormais, trois ans sont passés. Ma silhouette s’est affinée et je déborde d’énergie. L’aérobic est revenue à moi comme un signe de la providence. Tout a commencé avec la saison 9 d’American horror story.

Montana is my aerobitch <3

Titrée 1984, elle rend hommage aux slashers des eighties dans une ambiance à la Vendredi 13. Tout pour me réjouir. D’autant que les moniteurs du camp de vacances Redwood sont en partie… professeurs d’aérobic. Et quels profs d’aérobic ! Les scènes de cours sont, en effet, jouissives. De quoi vous mettre des fourmis dans les pieds. Elles m’ont logiquement donné envie de rechausser mon justaucorps. Nonobstant, j’ai binge-watché la série et ai aussitôt oublié cette envie, de manière aussi subite qu’elle m’était venue. Et puis, j’ai entrepris de trier mes chaussures.

Pour ce faire, j’ai dû appeler ma mère à la rescousse, car j’en avais trois caisses pleines. C’est en triant que je les retrouvées. Mes Reebok roses et argentées. Mes premières baskets d’aérobic. Et ma mère de s’exclamer : « C’est quoi ces vieilles croûtes moches ?! Jette-les, elles sont explosées. » En effet. De la mousse s’échappait des coutures longuement usées. N’empêche que mon cœur se fendit lorsque je les engouffrai dans le sac poubelle qui leur servirait de dernière demeure. En poursuivant le tri, j’en trouvai une secondaire paire, presque neuve. Noire et rose à motif léopard cette fois.

Baskets d'aérobic
Si ça, c’est pas un coussinet qui a du vécu…

« Mais putain, c’est quoi ces baskets toutes laides ? T’en fais la collec’ ou quoi ?
– Maman, c’est des chaussures d’aérobic… Le fluo, le kitsch, ça fait partie du kiff.
– Qu’est-ce que tu fous avec des baskets d’aérobic ?
– Mam’s… Il faut que je t’avoue un truc…
– Quoi ?
– Je fais de l’aérobic en secret depuis des années. J’ai un justaucorps, un bandeau en éponge rose et des compiles sur CD. »

Ma mère fit le signe de croix, avant de s’écrier: « Seigneur ! Je te déshérite ! »

Push it to the limit

Libérée du poids de cette révélation, l’envie de reprendre m’élança de nouveau. Je la repoussai néanmoins sans cesse au lendemain. Jusqu’à lundi dernier où, sur les coups de 13 h 30, mon pote Franck m’appela inopinément.
« Meuf, tu sais quoi ? Y’a un cours d’aérobic façon années 80 sur Twitch ce soir… Tu veux le faire avec moi ? Je sens qu’on va bien se marrer.
– MAIS CARRÉMENT. On se retrouve chez moi tout de suite après le boulot ! Juste le temps d’enfiler mon justaucorps !
– Ton justau… quoi ?! »

Je raccrochais aussitôt rêvant déjà à ce cours flashy rythmique.

Le soir, j’accueillis Franck, déjà en tenue et prête à en découdre. « Mon Dieu, mais t’es allée à la Foir’fouille pour t’habiller exprès ou quoi ? » Je fronçai les sourcils pour lui signifier que j’étais certes là pour me marrer, mais qu’on ne plaisantait pas avec la sainte discipline de l’aérobic. Le stream lancé, je me gaussais devant les petits comiques venus accompagner la prof avec une perruque choucroute de basse qualité sur la tête. « Vous allez suer toutes les eaux du Styx », pensai-je en prenant place aux côtés de mon vieux pote, complètement dépassé par la situation. Et là, dès la mise en place, dès l’échauffement, dès les premières notes de musique, j’ai compris.

LA légende

« C’est l’enchaînement du ‘Jane Fonda’s Low Impact Aerobic Workout’, glissai-je à Franck, folle d’enthousiasme.
– Mais d’où tu sors ça ?!
– C’est un classique. »

Et après quelques minutes passées à retrouver mes repères, la mémoire du corps prit le dessus. Malgré des ratés et plusieurs passages à contre-temps, je m’amusais toujours autant que dans mon petit studio d’étudiante à compter les slides, les kicks et les steps out. Je finis en nage, les cheveux trempés, mais enjouée et le sourire aux lèvres.

Une semaine plus tard, je n’ai toujours pas décroché et j’ai renoué avec nombre de mes anciennes chorés que je n’ai, bizarrement, jamais oubliées. Je ne serais, certes, jamais une athlète et j’aurais toujours l’air d’une patate sautante dans mon legging fluo… Il n’empêche que je me dépense comme jamais et que l’aérobic a toujours été l’un de mes exutoires préférés. Après tout, si l’on y prend du plaisir et qu’on s’y sent bien, pourquoi chercher à fuir le ridicule ?

Aérobiquement navrante mais passionnée,

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