Masse graisseuse, amourettes et reprise en mains en quatrième semaine de confinement

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Torturée par le poids de mes amours ratés, je choisis de prendre le pire des conseillers : mon ex. Cette semaine, décidément, n’aura pas été une partie de plaisir.

Lundi 23 novembre – En surpoids

Comment est-ce que j’ai pu prendre CINQ KILOS ?! C’est un pur scandale ! J’ai jamais autant fait de sport de toute ma vie et je mange hyper équilibré… Je suis grosse et dégoûtante. Ok, je fais des écarts le week-end et j’ai avalé deux bouts de gâteau la semaine dernière, mais… CINQ kilos ? Comment c’est possible ?! J’envoie direct des photos de moi en brassière-culotte à Franck. Il m’appelle hilare.
« Ma chérie, t’es pas grosse ! T’es toute musclée, bordel… T’as la ligne blanche des abdominaux qui se dessine sous ton petit bourrelet et t’as des cuisses monstrueuses avec des muscles tous dessinés !!! Chuis jaloux, ma salope ! J’vais me mettre plus sérieusement à l’aérobic vintage, moi aussi ! T’as sûrement pris de la masse musculaire : ça pèse.
– MAIS PUTAIN ! Même quand je nageais trois heures par semaine, que je faisais du yoga tous les soirs, j’ai jamais pris de masse musculaire… Ou si peu ! Là, cinq kilos, psychologiquement, c’est dur.
– Bah, arrête la gonflette, connasse ! »

Hors de question. Je double les séances jusqu’à ce que je perde ces putains de cinq kilos de merde…

Mardi 24 novembre – Conversation avec mon ex

Pas moyen de trouver le sommeil cette nuit. Vibration. C’est mon ex. « Succube des Enfers, c’est pas le démon que t’as chevillé au corps, c’est l’entièreté du staff de Satan. » Oui. Ça lui arrive… Le mâle est un ancien rapeur qui n’a jamais percé. Et il part en freestyle par SMS quand ça le démange. Je suis fatiguée, je n’ai pas envie, je lui réponds d’aller se faire foutre. « Je voulais juste te faire sourire. » Eh merde. Il a toujours su sur quel bouton appuyer.
« T’es vraiment un connard, tu sais ?
– Pourquoi t’es toujours aussi vénère quand je prends des nouvelles, bordel ?
– On parle de la fois où, complètement défoncé, tu gueulais des théories complotistes et menaçais les gens de leur péter la gueule, au point que ton pote au bar a failli appeler les flics ?
– T’as raison, je suis vraiment un connard des fois. Mais j’ai une grosse bite. »
Je rigole. Quel con, putain…

Mercredi 25 novembre – Chère Gwen

Ma copine Gwen a beaucoup de courage. Je n’arrête pas de me plaindre et de me lamenter sur mon sort et elle continue de me supporter. Elle est malade, en plus. Ça m’inquiète pas mal avec ce petit truc qui traîne dans l’air appelé Covid. En réalité, j’ai un peu peur de tout ce bordel. Peur pour Gwen, mon grand-père, ma mère, mon père… Moi, malgré ma perméabilité à la moindre grippe de saison, je finis toujours par me redresser sur mes deux jambes. En tadasana, posture de la montagne – évidemment. Je déteste ma ville natale et j’ai horreur de devoir y rester. N’empêche, j’ai mes parents ici. Ceux de Gwen sont loin… Qui s’occupe d’elle ? Je ne suis décidément qu’une sale égoïste. Et puis, à chaque fois que je tente de la faire rire, je me révèle tellement maladroite… C’est peut-être ça mon problème, en fait. Je focalise trop sur mon petit nombril. Elle a bien raison de me foutre un coup de pied au cul de temps en temps. J’en ai besoin. Il faut vraiment que je prenne le temps de lui écrire qu’elle est un être formidable…

Jeudi 26 novembre – Toujours plus

J’ai été une vraie conne aujourd’hui. Les bonnes résolutions d’hier soir se sont vite envolées. J’ai fait un genre de crise de solitude, je crois. D’un coup d’un seul, tout mon corps a décidé qu’il avait besoin de tendresse et ma triste réalité m’est revenue en pleine poire. Mon ex, le fiasco avec ce soi-disant gentil mec l’an dernier, la déception Jean-Guy… Et j’étais me morfondre auprès de Gwen. Comme si elle avait besoin de se fader mes petits problèmes. Mais quel immonde être humain je fais. Je l’ai fait sans m’en rendre compte. Et au milieu de la conversation, j’ai réalisé. De quoi je me plains, au juste ? Franck a raison, je suis grave comestible et puis, je suis une meuf marrante avec plein de conversation. Si je charge mon karma en positivité, l’avenir me sourira. Mec ou pas mec. Hauts les cœurs ! J’ai renoncé à réactiver Tinder et j’ai appelé des copines que j’ai trop négligées ces dernières années.

Une sonnerie, deux sonneries, trois sonneries… C’est mort, elle a sûrement changé de numéro…
« Allô ?! Lily ? C’est bien toi ? C’est pas une erreur ?! Mais ça fait au moins dix piges !
– Ouais, c’est moi ! What’s up, biatch ? »
L’une de mes plus anciennes amies… On se connaît depuis la maternelle. On échange un long moment. Puis, vient le sujet un peu tendancieux.
« Oh, j’ai parlé de toi à nouvel an avec Jean-Frisé… Vous étiez très proches tous les deux. T’as des nouvelles ou pas ? demande-t-elle,
– Non, je n’ose pas le sonner. Tu sais, on était très liés pendant des années et puis… Ben, pour la faire courte : on a eu un petit crush. Or, je sortais avec l’un de ses potes. Sauf que… Ce qui devait arriver arriva un soir d’errance. Nos deux groupes d’amis se sont déchirées. On a continuer à discuter longtemps, mais on ne se voyait plus vraiment. Et ensuite, la vie nous a éloignés…
– Il est marié et habite en Suisse. De l’eau a coulé sous les ponts. Plusieurs fois, il m’a dit qu’il n’osait pas t’envoyer de message de peur que tu ne crois à des arrières-pensées. Passe-lui le bonjour, je sais que ça lui fera plaisir. Avant tout ce merdier, tu étais sa meilleure amie. »
C’est vrai… Mon meilleur ami et mon premier amour. Ce serait bizarre d’envoyer un message après tant d’années. N’empêche, souvent j’y pense. Et je dois bien dire que nos longues discussions sur la réincarnation, le Dalaï-Lama et la condition du Tibet me manquent. Peut-être que je l’appellerais… Mais de savoir que j’ai toujours un ami quelque part et dont je ne me doutais pas, réchauffe mon cœur aigri de presque trentenaire.

Vendredi 27 novembre – How will I know ?

02h30 du matin. Pas moyen de fermer l’œil. Je n’arrête pas de me retourner, encore et encore. J’ai le cœur qui bat la chamade, je le sens jusque dans le matelas. Notif Messenger. Ma meilleure amie.
« Oups, désolée pour le message nocturne. Erreur système, s’excuse-t-elle.
– T’inquiète, c’est pas grave.
– Tu dors pas, n’amour ?
– Arf, non… Chais pas, j’arrive pas à me calmer.
– Qu’est-ce qui te travaille, ma belette ? T’entends le loup et le renard chanter ?
– T’es défoncée ?
– GRAAAAAAVE. »
Pourquoi je pose encore la question ? Je n’ai jamais connu son regard sans pupilles dilatées… Si j’attends qu’elle redescende pour me confier, ma confidence ne lui parviendra certainement qu’au jour de ses funérailles.
« Chais pas… J’ai entrepris de rappeler tous les vieux potes. Dans la foulée, j’ai eu envie de rediscuter avec ce mec. Je lui ai encore envoyé un message ce soir. Pourquoi je fais ça ? Aucune idée. Et maintenant, j’y pense depuis des heures.
– Tu le kiffes.
– Au point d’en perdre le sommeil ? C’est quelque peu exagéré. J’suis plus au collège.
– Tu le kiffes.
– (…)
– Elle en dit quoi, Gwen ?
– La sagesse du Nord dit que j’ai peur du moindre petit bobo au cœur. Du coup, je ne prends jamais aucun risque et elle trouve que, sans prendre de risques, on n’obtient jamais rien.
– L’a raison. Jpense tout comme Gwen.
– Super, merci. Reconvertis-toi en coach de vie, ça me paraît être une bonne option.
– Pas de quoi ! »
Soupir rageur. Je continue à me retourner dans mon lit.

03h20 du matin. Il faut que je prenne le taureau par les cornes, donc. J’entreprends d’écrire un long message en brouillon sur mon smartphone et de lui envoyer quand j’aurais trouvé le courage. Ça dit en gros qu’il est méga beau gosse, que je n’en peux plus, que je ne sais pas forcément, ni nécessairement ce que ça signifie, mais qu’il me revient souvent en tête et que j’ai envie de le revoir. Mais… qu’est-ce que je suis en train de faire ? On dirait une gamine de 16 ans. J’ai besoin de l’avis d’un mâle hétéro cisgenre. Un gros macho de la vieille école. Bref, j’envoie un message à mon ex.
« Je me sens comme Whitney dans ‘How will I know’.
– Je suis pas gay, cocotte, souviens toi ! Je ne comprends pas ce type de message. »

Parfait… Exactement ce que je cherchais. Quelques minutes plus tard, il finit par m’appeler.

« Écoute, petite tête… T’es pas au point dans ce genre de situation. Tu te fais des nœuds au cerveau, tu paniques et tu dis n’importe quoi. T’es complètement paralysée par ce que tu n’oses pas exprimer ! J’ai bien mis six mois à comprendre que je te plaisais plus que tu ne me le laissais bien croire. On sait jamais sur quel pied danser avec toi.
– Vous êtes pas clairs non plus, les mecs ! Faut que je fasse quoi ? Que je danse toute nue en bas de chez lui pour qu’il comprenne le message ?
– Arrête ça aussi. Ta méthode d’approche, c’est toujours la baise. On est comme vous, dans le fond. Si tu ne t’exprimes qu’à l’horizontale, on finit toujours par croire que tu n’es intéressée que par le sexe.
– Oh… À l’époque, tu as cru que…
– Oui.
– Je suis désolée.
– C’est rien, ça fait grandement partie de ton charme. Mais, tu sais, beaucoup ne sont pas aussi persévérants que moi. Par pitié, fais pas de virage à 180 degrés. N’écris pas de SMS à rallonge d’un coup d’un seul pour déblatérer sur ce que tu ressens. C’est proprement flippant. Moi, je suis cinglé et je suis attiré par les cinglées dans ton genre. Il faut néanmoins du temps pour apprécier ce paramètre. Laisse-le venir. Il t’aime bien. Sinon, il ne te répondrait plus depuis longtemps. Et si t’arrives à le revoir, dis-lui clairement qu’il te plaît. Sors pas des ‘chais pas’ ou des ‘peut-être’… J’avais envie de te secouer fortement par les épaules quand tu faisais ça.
– Et si j’arrive pas à le revoir ?
– C’est que tu te prends la tête pour rien. Il est trop con pour s’apercevoir qu’il a une chance folle d’intéresser une nana aussi cultivée, intelligente, drôle, douce et aussi charmante que toi…
– Hey, tu m’as jamais dit tout ça ! Ou si peu…
– C’est parce que je suis trop con. Je m’en suis rendu compte bien plus tard. CQFD. »

Je raccroche, sous le choc. C’est fou tout ce qui se passe dans la tête des mecs, en fait.

Samedi 28 novembre – Maman

« Dis, poussinette… Je viens chez toi. Tu me refais ma patine ? On boit un Starbucks ? Tu veux bien faire les magasins avec moi ? Je te ramène du gâteau. » Ma mère est à nouveau en mal d’attention filiale. Ça lui arrive de temps en temps. Dieu merci, les commerces ont rouvert : son moral devrait facilement remonter à la simple vue d’un étal de parfumerie. Et s’il y a bien un cliché qui m’unit solidement à ma génitrice, c’est cette passion éperdue pour le shopping. Un gobelet Starbucks en main, j’écume tous les cintres chez H&M en soupirant. Elle fronce les sourcils. Elle sait que j’ai une idée en tête.
« Qu’est-ce tu cherches ?
– J’ai envie d’une robe de petite
pute… Tu sais : courte, mi-cuisse… Peut-être même en cuir, tiens.
– Pour mettre avec tes Doc Marten’s ?
– Oui.
– Pour aller avec ta manucure de petite pute ? Franchement, là… j’dis oui. »

Je vous jure que ce n’était qu’à moitié ironique. J’ai la meilleure mère du monde.

Dimanche 29 novembre – Pulsion sauvage

J’ai envie de lui envoyer un message. Faut que j’attire son attention, que je maintienne la pression. Je dois de toute urgence lui envoyer un nude… Non. Je ne dois pas laisser croire que seul le sexe m’intéresse. Mais, du coup… Je fais quoi ?! Eh merde. Je vais devoir m’en remettre à l’avis de mon ex.
« Envoie pas de photo.
– Ben, t’es marrant, toi ! Je fais quoi, alors ?
– Fais rien. J’t’ai dit : laisse-le venir. S’il veut venir, il viendra. Sinon, ben laisse tomber, c’est un baltringue.
-T’es toujours contre l’idée du message à rallonge de la stalkeuse barjot ?
– Oui ! PAS DE MESSAGE. Mais quand est-ce que ça va rentrer dans ta cervelle de yaourt ? »

Prendre des risques ou ne rien faire. Telle est la question.

À la semaine prochaine,

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