Interrogée sur mon type d’homme, j’ai longuement divagué toute la semaine, avant de m’apercevoir, qu’en réalité, je ne croyais pas réellement en un idéal.

J’gnore pourquoi, mais cette question taraude la plupart de mes amis depuis de nombreuses années. « C’est quoi ton style de mec ? » Et, à chaque fois, je rougis malencontreusement jusqu’aux oreilles en bafouillant que je ne saurais dire… En voiture avec Gwen et Magali, j’ai essayé dernièrement d’expliquer plus longuement mon point de vue. « Sincèrement les filles, je ne suis pas difficile. J’ai pas réellement de critères. » Moyennant quoi, Gwen a embrayé, hilare : « Ha la Lily, tant que ça bande, elle est pas chiante. » Pas faux. Mais pas tout à fait vrai non plus.

Si l’on veut s’attarder sur des considérations physiques… J’aime. Les. Monstres. Trois têtes de plus que moi. Les épaules larges. Les bras musclés à faire peur. Dwayne Johnson peut me retourner dans tous les sens quand il veut. Et paradoxalement, j’ai aussi un truc avec les hommes minces, secs et forts. Cependant, ce ne sont pas de réels critères. Je suis sortie avec bien des mecs qui ne rentraient dans aucune de ces deux catégories.

Je flashe souvent sur des détails. Une cicatrice, une mâchoire, un regard… Mon ex était célébré pour ses grands yeux verts et ses abdos naturellement dessinés. Je n’avais pourtant aucun mal à lui avouer : « Rien à foutre de tout ça. Moi, j’aime ton nez cassé, ta balafre sous ton œil gauche et tes dents abîmées de vieux fumeur. » Tout ce qui lui donnait l’air infréquentable. Mon meilleur ami a coutume de dire : « Lily, elle aime les mecs sales. Les méchants qui ne prennent pas trop de douches, qui sentent le tabac et qui ont une hygiène dentaire approximative. » Caricatural, néanmoins. Disons que j’aime les durs au grand cœur, mais qui ne négligent tout de même pas de se laver sous les bras.

Âmes sœurs éternelles

J’aimerais cependant préciser que si j’ai du mal à identifier mon type de mec, j’ai cependant une idée certaine de l’âme sœur. Je l’ai déjà trouvée. Deux fois. Ma première âme sœur s’appelle Bastien. Mon meilleur ami. Un titre dont lui ne me gratifie pas, car la place est déjà prise de son côté. Chose dont je ne m’offusque pas, je l’identifie simplement ainsi, de la manière la plus naturelle qui soit. Je n’exige rien en retour – ce serait malsain pour lui, comme pour moi. Quoi qu’il en soit, sur cette Terre, Bastien est la personne qui me comprend le mieux.

Nous avons cette même sensibilité, la même manière de ressentir les choses… Beaucoup d’amis ont la faculté d’écouter, de conseiller, d’épauler. Bastien aussi, mais bien au-delà. Il sait. Il sait comment j’appréhende le monde car, sur bien des points, il l’appréhende exactement pareil. Pour moi, c’est cela, une âme sœur. Nous pouvons nous abstenir de communiquer pendant de longs mois. Aux retrouvailles, cette connexion reste parfaitement intacte. Et s’il nous arrive de commettre quelque maladresse, le conflit se règle toujours en peu de mots. « J’ai compris, t’inquiète… »

Pourtant, ne vous méprenez pas. Je considère que le concept d’âme sœur n’est pas nécessairement assorti de sentiments romantiques. Si l’amitié n’en demeure pas moins une forme d’amour, je n’ai jamais ressenti la moindre attirance pour Bastien. Jamais. Et ce, en toute honnêteté. D’autant que son compagnon est rapidement lui aussi devenu l’un de mes plus proches amis. Si bien qu’il m’arrive de pleurer, lorsque je me risque à les imaginer séparés. Les choses demeurent cependant beaucoup plus floues en ce qui concerne Maud, ma seconde âme sœur.

Maud me comprend à un autre niveau. Notre relation est bâtie sur un solide socle de tolérance. Nous sommes extrêmement différentes. Toutefois, les années passent, mais nous restons sensiblement liées. Mes bizarreries, ses bizarreries… Aucun tabou, jamais un secret. Mon autre idée de l’âme sœur. Si bien qu’elle ne s’est jamais gênée pour clamer à qui voulait l’entendre : « J’aime Lily, au-delà d’une simple amitié. » Ce à quoi, j’ajouterais : « Moi aussi. C’est grave chelou, mais faites avec. » Ce qui ne relève pas pour autant du sentiment amoureux, puisque ceci ne m’empêche pas d’apprécier sincèrement son concubin. Je ne suis pas jalouse, je n’ai pas à l’être. J’ai une place dans son cœur que je ne perdrais jamais. Et réciproquement. C’est aussi ça, l’âme sœur. Grave chelou. Mais faites avec.

Quid de l’homme idéal ?

Lundi dernier, j’expliquais justement toutes ces théories fumantes sur l’âme sœur à mon pote Franck au téléphone. Lassé, il a fini par me demander : « OK, t’as pas vraiment de type de mec et tu nourris une relation affreusement malsaine avec ta meilleure amie. Mais, concrètement, ton homme idéal ? » Cul-de-sac. Si l’on m’avait posé la même question il y a dix ans, j’aurais répondu sans hésiter : « Mon père. » Or, l’âge aidant, je me suis aperçue que mon père était loin d’être un idéal.

Papa, tout le monde l’aime et c’est bien normal. Il est avenant, souriant, toujours prêt à rendre service. Or, voyez-vous, en coulisses… L’homme se révèle à prendre avec des pincettes. Il a mauvais caractère. Très mauvais caractère. J’en ai, par certains aspects, hérité. Dieu merci, les gênes maternels me rendent plus diplomate. Mon père se braque, il est têtu et rancunier. Et j’ai pu remarquer que j’appréciais fondamentalement que mon ex ne soit pas ainsi. Il avait bien d’autres défauts, mais pas ceux-là… J’étais bien heureuse qu’il ne lui ressemble pas.

« L’homme idéal… » À entendre ces mots, une autre idée me vient en tête. Lui. Je le connais depuis maintenant plusieurs années. Il est grand, mince et sec. Il sent fort le tabac et ses tempes grisonnent – de ces petits détails qui me rendent songeuse. Avec lui, je peux passer des heures à refaire le monde, enchaînant les verres. Je ne le vois que très rarement. Cependant, il décroche tous les suffrages à chaque fois. Si bien, que de temps en temps, j’en perds le sommeil. À me questionner si je devrais me rendre coupable d’une quelconque déclaration.

Toutefois, j’ai réalisé il y a peu que, lui comme moi, nous nous idéalisions beaucoup. Et que justement, le trépignement dans nos ventres, la flamme qui s’embrase dès lors que nos deux corps se heurtent n’existaient qu’en raison de la rareté de nos entrevues et des mirages que nous avons construits sur ce que nous imaginons être l’autre. L’illusion est douce, c’est bien ainsi. Ne changeons rien. Cependant, peut-on encore parler ici d’idéal ? J’en doute.

The Way we were

Je m’abstins de répondre à Franck. De toute façon, aucune réponse n’aurait pu le satisfaire. Et ce, jusqu’à vendredi, où il finit par échouer sur mon canapé pour regarder un film avec Barbra Streisand par passion commune. Notre choix se porta sur Nos Plus belles années, où la belle Barbra tente inlassablement de retenir Robert Redford, mâle hétéro bon chic, bon genre, qu’elle ne pourra de toute façon jamais satisfaire, tant sa nature l’incite à créer du remous dans le plus calme des lacs de haute montagne.

Ce film m’a toujours hurlé des vérités criantes de désillusion sur ma propre existence. Ce soir-là, il m’a hurlé un peu plus au visage. Streisand et Redford se fantasment, essayent de projeter sur l’autre leur désir d’idéal. Sauf que rien n’y fait, leur histoire est vouée à l’échec. Je me suis perdue dans ce genre de romances forcées. Comme Barbra, j’ai préféré renoncer à mon ex pour ma propre survie. Et ce fut à la fois – excusez-moi du cliché – l’une des plus douloureuses et l’une des meilleures décisions de ma vie.

À la fin du film, Franck et moi essuyions encore nos larmes que j’en vins à conclure ma réflexion. Il n’y a pas d’homme ou de femme idéal(e) possible, sinon dans la construction mentale que l’on s’en fait. Personne ne pourra jamais en tous points y correspondre. Il n’existe que des relations complexes, où naissent des formes d’amour qu’il est essentiel de cultiver et non de négliger à la faveur d’autres, au nom d’un simulacre inculqué par un grand nombre de contes de fée.

« Tu es décidément terriblement compliquée », soupira Franck. Ce à quoi, je répondis, sans trembler et tout à fait sereine : « C’est faux. Je préfère simplement, lorsqu’un frisson me parcourt, le laisser venir et en jouir. » Or, le frisson, voyez-vous, ne provient pas toujours de ceux que l’on s’imagine pouvoir être en mesure de le donner.

Aimez-vous les uns les autres,

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