J’aime boire des coups et fumer des guinzes en terrasse. J’aime me promener dans les rues de Lyon et m’arrêter pour manger un gâteau indécent de chocolat dans une pâtisserie de la Presqu’Île. J’aime passer des heures à mariner dans le bain à remous du spa local. J’aime danser. J’aime m’époumonner au karaoké. J’aime voir et entendre Mariah chanter en live. Néanmoins, de toutes les activités jugées non-essentielles en ce moment, la séance de cinéma demeure celle qui me manque le plus.

La moquette au mur, le velour des sièges et l’odeur du pop-corn me sont essentiels. Depuis l’enfance, j’aime éperduement cette sensation de mettre le fil de mon existence en pause pour un instant et me plonger dans une histoire, un propos, une vision. Il n’y a qu’au cinéma où l’on s’autorise à n’être qu’au cinéma. Bien sûr, il existe la vidéo à la demande et les formats physiques… Il n’empêche que seule la salle reste en mesure d’emprisonner nos sens pour qu’ils ne puissent capter que l’œuvre qui se joue au mur.

Le roi lion

Ces instants sont grandioses et forts. Mon premier, c’était Le Roi lion. J’étais bien trop jeune pour m’en souvenir, mais je sens la gorge de mon père se serrer à chaque fois qu’il raconte cette séance. « Tu sursautais à chaque bruit, sur chaque musique, la bouche bée et les yeux grands ouverts… » Il était résolument écrit que j’aimerais ça toute ma vie. J’ai d’ailleurs reçu cet amour de la bobine en héritage de ma mère, qui collectionne et archive tous les numéros de Première depuis 1986.

Ma mère est une cinéphile éclectique. Avec elle, j’étais voir du Coppola, comme du petit film d’auteur, comme du Harry Potter. Toutefois, si aucun divertissement n’est méprisable à ses yeux, il lui arrive de dire : « J’ai envie d’aller au cinéma voir du grand cinéma. Un film qui m’emporte et m’émeut aux larmes. » La dernière fois qu’elle a prononcé cette phrase, je l’ai emmenée à une projection de 120 Battements par minute, que j’avais déjà pu découvrir seule précédemment.

120 battements par minute

La fin de 120 Battements par minute est une expérience à vivre en salle. Le récit, fort, s’achève sur un drame inéluctable et sur un regain de vie. Puis, fondu au noir. Générique. Silence. Aucune musique. Et l’émotion qui s’élève doucement des sièges après un mutisme ensangloté. En larmes, je me suis tournée vers ma mère qui reprenait son souffle, avant de lâcher, presque dans un murmure : « Oui… Je comprends. » Seule la salle a ce pouvoir.

J’ai le cinéma social. Le cinéma crée du lien. J’aime me souvenir que j’ai vu Fatal avec mes copines de lycée, La Planète des singes avec Peter, Guillaume et les garçons à table avec Angélique, La la land avec Bastien et Dylan, Rencontre du troisième type au Festival Lumière avec Barbara. Les regards et les frissons échangés. Les débats, l’effroi, les rires, les pas de danse ensuite. Quand on aime le cinéma, on aime partager sa séance. D’autant plus quand il y a connivence.

Rocketman

Pas besoin de grands films. J’étais émue lorsque Bastien m’a timidement invitée pour un simple dessin animé : « J’aimerais beaucoup aller voir le deuxième Comme des bêtes avec toi, si tu es d’accord… » Parce qu’on aime tous les deux l’animation et encore plus lorsque d’adorables chiens la peuplent. De la même manière, j’étais heureuse d’inviter mon père à voir Rocketman. Parce que papa adore Elton John et m’a donné à l’aimer moi aussi. Ses larmes à la fin et son silence gêné sur le chemin du retour en ont dit suffisamment sur sa propre émotion. La salle nous rassemble.

Pourtant, j’ai aussi le cinéma solitaire. Il m’arrive d’avoir besoin de cet instant suspendu, c’en est presque vital. Je sors, d’ordinaire, régulièrement de chez moi, envoyant bazarder mon quotidien et mon exaspération pour me rendre jusqu’à la salle la plus proche. Je lis les synopsis d’un œil distrait et me hasarde vers le premier film qui m’inspire. J’ai vu Never let me go seule, suis rentrée avec un questionnement moral. J’ai vu Conjuring seule, suis rentrée en veillant aux pas lourds derrière moi. J’ai vu Drive seule, suis rentrée en voulant faire furieusement l’amour à mon ex déjà endormi. Parce le film n’avait magnifiquement pas nourri cet appétit.

Twin Peaks film

Les festivals et les rétrospectives détiennent également mes meilleures séances solitaires. L’opportunité de voir Twin Peaks: Fire walk with me lors de sa ressortie fut un magnfique cadeau offert à moi-même. Ce récit m’a toujours profondément parlé, dans ce que j’ai de plus intime. La fièvre, l’interdit, les pulsions indicibles, la spiritualité bouddhiste… Ce film est un cheminement personnel. Le voir en salle, un rite initiatique. De même qu’en amatrice du genre, je me plais, dans la progammation des festivals de patrimoine, à aller voir des classiques de l’épouvante pour nourrir et comprendre ma propre cinéphilie. La salle est un musée, une mémoire. Elle manque cruellement à nos vies.

Une bonne fois pour toutes. Rendez-la moi. Rendez-la nous.
Faites qu’elle revienne. Et qu’elle perdure.

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