J’ai le cœur plein d’ecchymoses. Beaucoup diront que je ne suis pas tombée sur le bon. Néanmoins, je garde en moi un romantisme béat – tantôt pathétique, tantôt fier et combatif.

J’arrive à la trentaine célibataire blasée. J’ai vécu suffisamment d’histoires sentimentales tortueuses pour me dire : « J’en ai assez, filez-moi un chat, un chien, une théière et un assortiment d’amis gays, je serai comblée. » Il faut dire que j’en suis proche. Bientôt le chat et des concerts de Noël de Mariah Carey sur le canapé en plein mois de juillet. Par ailleurs, j’ai toujours pensé que le bonheur conjugual n’était pas nécessaire à l’épanouissement de n’importe quel être humain. Et ce, d’aussi loin que je m’en souvienne. Petite, je voulais juste pouvoir être une grande fille dans un magnifique studio new-yorkais, bosser de 9 à 5 comme Jane Fonda et Dolly Parton, puis me pendre au téléphone avec mes copines le soir venu. Demandez à ma mère : elle vous confirmera mes dires. Oui, à 8 ans, j’avais déjà les dents longues. Elles sont limées jusqu’à l’émail aujourd’hui.

Il n’empêche que. J’ai ce cœur tendre qui bat au fond de moi. Des fois, franchement, il m’emmerde. Mais il reste. Mon premier amour, c’était en cinquième. Et, à l’heure où les couples d’adolescents s’interchangent dans une valse endiablée, je l’ai gardé presque deux ans à mes côtés. J’économisais mon argent de poche pour pouvoir 1) m’acheter des clopes ; 2) recharger ma mobicarte et lui envoyer des mots doux le week-end. Pire : des fois, je lui achetais une mobicarte pour qu’il puisse me répondre. Quelle cruche ! Ceci, jusqu’au jour où il m’a emprunté mon téléphone pour envoyer un message à sa mère, faute de forfait comme d’habitude. Dès qu’il est parti, j’ai filé jeter un œil au dossier « messages envoyés » de mon 3510i. On n’invite pas sa mère à la piscine le mercredi en terminant sa missive par « JTM ». J’ai pleuré des litres pendant des mois en écoutant Hopelessly devoted to you d’Olivia Newton-John sur mon Walkman. Oui, à 13 ans, j’avais déjà des goûts de cinquantenaire. Ils sont encore plus pahétiques aujourd’hui.

Preuve en est. Quand j’ai rompu avec mon dernier grand amour, il y a maintenant presque quatre ans, il n’arrêtait pas de m’envoyer des messages tendres pour m’expliquer combien il aimait ce que nous avions pu vivre. Il me revenait sans cesse, exactement comme dans le Heartbreaker de Mariah Carey. En pleine crise de larmes, dans un premier degré absolu, j’ai fini par l’appeler pour lui dire : « Ne comprends-tu donc pas que tu es le Jay-Z de ma Mariah ?! » Ma copine Barbara continue de raconter cette histoire en explosant de rire. Et lui, de m’envoyer les paroles de We belong together de la même interprète. Au moins ne suis-je pas la seule à demeurer pathétique. En amour, je suis différente de la Lily grande gueule et assurée du quotidien. En amour, je ne suis qu’une minette éperduement chamboulée. L’an passé encore, j’ai pleuré un garçon, dont je me foutais pourtant de prime abord, pendant une semaine en bouffant des chips sur mon canapé. Pendant une semaine, je ne pouvais pas bouger tellement mon cœur brisé me faisait mal. Pendant une semaine, Gwen et mon meilleur ami allaient jusqu’à vérifier mes signes vitaux. Il faut dire qu’il avait été particulièrement salaud. On ne m’offre pas des places pour Ice-T pour me les retirer ensuite sans conséquence.

Vous l’aurez compris. Je suis, malgré toute ma force de caractère et mon cynisme, une incorrigible romantique. Je replonge toujours, souvent pour le pire. J’ai tellement de bleus à l’âme que j’en meurs de trouille. Dès qu’un mâle à mon goût me fait frissonner, j’ai peur qu’il se moque de moi. Que bientôt, il se lasse et m’oublie, laissant sur le carreau mon cœur lourd de ce que je n’ai pas su lui dire. J’en viens alors souvent à le capter par le sexe – qu’il me voit comme un simple plan cul rend les choses moins douloureuses. Pourtant, j’ai parfois envie de croire qu’on puisse à nouveau gagner ma confiance. Comme dans Maybe this time de Liza Minelli. J’aime tomber amoureuse. J’aime aimer et être aimée. De toutes mes tristes histoires, je reste sûre et certaine d’une chose : j’ai aimé sans concession chacun des hommes que j’ai pu aimer. Il n’y avait qu’eux à mes yeux – du début à la fin, quoi qu’il ait pu advenir. De mes 13 à mes 25 ans. Alors, oui. Je suis romantique et pathétique, certes. Mais j’aime sincèrement. Je donne l’amour d’une reine et je suis aujourd’hui fière de penser qu’il se mérite.

Au pire, restent toujours chiens et chat,

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