En pleine crise sanitaire, je me sens pathétiquement seule et l’ennui a progressivement fini par me saisir à la gorge. Et bien qu’il soit indécent de se plaindre, j’ai décidé de lâcher toute ma rage et ma frustration. Pourquoi ? Parce que.

J’en ai marre. Ma claque. Plein le cul. Ras la quiche. J’déborde. Le contexte sanitaire m’étouffe. J’essaye de relativiser, de prendre mon mal en patience. De me dire que je pourrais être personnel soignant, malade, restauratrice, étudiante, professeure, salariée du secteur du tourisme, de la culture, de l’hôtellerie… Bref, mon emploi n’est pas affecté par la crise et je suis en pleine santé. Je n’ai logiquement pas à me plaindre. Sauf que. J’ai. envie. de. me. plaindre. Tant pis, je suis une connasse égoïste, un odieux et culotté personnage, une mauvaise citoyenne, tout ce que vous voudrez. Mais j’en ai sérieusement ras-le-bol. Je baisse ma culotte et je plie les genoux pour pisser sur la décence actuelle et clamer haut et fort que je n’en peux plus. Y a-t-il quelqu’un pour me permettre de ne plus en pouvoir ?

Ne vous méprenez pas. Je ne parade pas avec les boomers de Facebook pour crier à la masque-arade, au complot et à l’injustice sociale. J’invite et j’encourage à respecter le protocole sanitaire. Je me lave les mains, je porte mon masque et je respecte les distances de sécurité dans la queue chez Carrouf. Nonobstant, ça ne m’empêche pas de le vivre mal. Ce qui, au début, relevait du supportable est devenu une véritable souffrance. J’pète les plombs, putain… J’pète les plombs. Et je pète d’autant plus les plombs que, comme dit, je me sens coupable de l’exprimer. Depuis mon petit empire égocentrique et personnel, j’ai envie de hurler. De fracasser mes poings contre les murs. De faire du bruit, la guerre, sortez les ogives nucléaires ! Je veux pleurer sur mon sort et recracher la boule de rage qui m’obstrue la trachée. J’EN AI MARRE.

Je suis lasse de regarder Netflix toute seule sur mon clic-clac. C’en est devenu rasoir, une occupation pour combler les heures. Je suis excédée par les boutons qui se forment sous mon masque. Il empêche ma peau de respirer. Je n’en peux plus de devoir courir, le soir, pour faire une dernière course avant de rentrer chez moi. Je suis attristée de m’excuser auprès de la pauvre caissière d’être la dernière pécore à franchir le pas de sa supérette à 17h50. Mais, je n’avais pas le choix, je sors du taff à 17h30 et j’avais extrêmement besoin de cette bouteille d’Apérol. C’est tout ce qu’il me reste pour tromper l’ennui. Ca, les pots de Ben & Jerry’s qui s’empilent, mon vieux chat édenté à la langue qui pend et mes envies de suicide. Je ne vais pas me tuer au Spritz Apérol, rassurez-vous, j’ai juste la menace facile. Fille unique trop gâtée, j’imagine.

Je vis seule et le contexte sanitaire me pousse à chercher le contact humain sur les réseaux sociaux. Or, ceci commence à me rendre légèrement barge et passablement irritable. Si ma meilleure amie ne me répond pas dans l’heure alors que je la vois en ligne, j’ai envie de pleurer et de la supplier de m’aimer encore. Si ma tante me laisse en « Vu », je risque la crise de panique à me demander si je fais toujours partie de la famille. Si ce beau gosse hargneux ne regarde pas ma story Insta, je me sens affreusement laide et indésirable. J’exagère. C’est ça d’se plaindre. Aussi, parce que tous mes plus proches amis sont loin. Ici, je n’ai quasiment personne pour passer à l’improviste, une bouteille de Tequila dans une main, l’envie d’en découdre dans l’autre. Ou je ne suis pas une priorité, couvre-feu oblige.

Alors, j’échange des banalités à longueur de journée en gardant mes angoisses pour moi. Nous nourrissons tous les mêmes dans cette triste actualité. Je me sentirais coupable d’en rajouter une couche, d’emmerder mon monde. Il faut dire qu’il ne subsiste rien pour canaliser cette détresse. Je n’ai pas pour habitude de me laisser submerger excessivement. Je vais au cinéma, je me promène, je fais les boutiques, les musées, je pars une heure à la piscine, au yoga, à l’aérobic, je bois un verre, je mange un bout sur le comptoir, je m’en vais voir mes copains. Depuis maintenant trois semaines, j’ai le moral en berne. Ma concentration est aux abonnés absents, je me fiche de savoir si quelqu’un lit mon blog, si je fais bien mon travail. Je me force à bouger pour endiguer ma dérive. Je ne dis rien en attendant que ça passe. Parfois, j’aimerais bien qu’on se préoccupe de mes angoisses. Un peu moins de celle des étudiants et des restaurateurs. Or, je sais que je frise l’indécence.

J’ai le coronacafard. Pardonnez-moi,

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4 Replies to “Coronacafard”

  1. C’est normal de péter les plombs et de l’exprimer, pas besoin de s’excuser, ça fait du bien de dire que ça va pas et qu’on en a marre. Puis tu n’es pas seule, je crois qu’on en est tous plus ou moins là :/

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