Histoire d’une meuf qui préférait les chiens et qui, finalement, adopta un chat

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Saviez-vous qu’il était effectivement possible de faire entrer un rond dans un carré ? J’en suis à présent convaincue. Puisque bien qu’éternelle fille à chiens, j’ai récemment adopté un chat. Suffisait d’un peu d’amour.

Le monde entier est au courant : je suis une fille à chiens. Voire pire, une putain de punk à iench dissimulée sous sa couche de superficialité et de gloss cerise – en vrai, j’adore les Béru. Je peux craquer pour le petit chihuahua trop mignon, comme pour le gros pit-bull terrier qui fout les jetons. Je me jette à leur cou sans aucune prudence. L’hôte de la fête possède un canidé ? Je vais passer la soirée à lui gratter le ventre et à me faire lécher la face par une grosse langue puante. J’adore à ce point ces bêtes que je rêve souvent de tout plaquer pour m’engager dans l’armée et devenir maître-chien. Sauf que. Keupon oblige, j’aime pas trop les uniformes. Puis, ceci implique d’apprendre à secourir des personnes ensevelies en haute montagne. Or, j’ai peur de la neige. Pas peur de me faire bouffer par un gros Danois aux mâchoires acérées, mais en détresse face à deux centimètres de poudreuse sur le trottoir. Cherchez l’erreur.

Chivas, mon amour

Mes parents et moi avons adopté un bichon quand j’étais adolescente. Il s’appelle Chivas, comme le whisky. Et c’est l’amour de ma vie. Sincèrement ? Il est capable de m’arracher des cris de joie d’une telle pureté que, moi-même, je suis surprise d’émettre de tels sons. Depuis toujours, je m’émerveille de sa beauté, de sa gentillesse, de son sale caractère, de la malice dans son regard. Je n’en reviens toujours pas. Quinze ans après. D’être bénis d’un tel être à nos côtés. Quelle chance. Seulement, Chivas vieillit… Et j’ai peur. De la douleur qui déjà s’immisce. Il vit chez mes parents. Moi, j’ai de l’espace pour un animal et le besoin, non pas de le remplacer – car il est irremplaçable – , mais de préserver cette forme d’amour quoi qu’il advienne. Depuis des mois, je cherche. En vain. Un caniche nain abricot. Comme Praline, la chienne de ma marraine, mon premier grand amour, que j’ai pleurée en hurlant il y a maintenant six ans.

All you need is love

De l’amour. C’était, en réalité, ce qu’il manquait cruellement à ma quête. De chiens, je suis tombée amoureuse. Trois fois. La première, j’étais toute petite et pourtant, je m’en souviens. C’était Julius, le chien de chasse de mon grand-père, un grand épagneul Münsterländer au grognement facile. J’en étais folle. Ma cousine craignait de l’approcher, il lui arrivait de montrer les dents. Moi, je pouvais monter à cheval sur son dos, l’embrasser sur la truffe et me coucher entre ses pattes. Il me léchait les cheveux jusqu’à tant qu’ils soient tout mouillés. La deuxième, c’était Praline. Elle n’était encore qu’un bébé. Ma marraine l’a posée sur le tapis, où j’étais assise en tailleur. Elle s’est traînée jusqu’à moi, ses magnifiques yeux dorés sous sa frange, puis s’est réfugiée en boule entre mes jambes. Adoptée. Pour toujours. Et enfin, il y eut Chivas. Il était minuscule. Je le tenais dans ma main, il mordillait mon pouce. Puis, il m’a vomi dessus. De gros morceaux de pâtée infâmes. Nonobstant, ce n’était pas grave. Mais alors, vraiment pas grave.

Trois coups de foudre, trois évidences. Je n’ai que récemment compris qu’il m’était impossible de choisir un chien sur catalogue. J’avais beau parcourir les annonces, surveiller les SPA locales, même me renseigner sur les éleveurs, je ne franchissais jamais le pas. Je me répétais : « frais de véto », « budget croquettes », « toilettage », « heures d’absence »… Seules les contraintes existaient. Pas le chien sur la photo. Et Gwen de se faire la voix de la raison (encore) : « Tu n’adopteras aucun chien, tant qu’on ne te l’aura pas mis dans les bras et que le cœur prenne le pas sur la raison. » Touchée. Je suis comme ma mère. Exactement comme ma mère… Le jour où elle a vu Chivas rouler sur le dos à ses pieds. J’ai donc mis tout ça de côté, dans un coin de ma tête. Mon cœur à chien devait attendre la providence. Je connais des tas de chiens, je les aime tous tendrement. Mais ce que j’ai réservé à Julius, Praline et Chivas est rare. Ça ne se commande pas.

Improbable rencontre

La providence, donc. Elle a été joueuse, la providence. Je travaille pour une association de protection animale. Nous ne recueillons pas d’animaux de compagnie. Pas au sens où on l’entend. Il arrive parfois qu’un donateur en fin de vie nous lègue une partie de ses biens, en l’échange de bons soins pour ses animaux. Nous nous chargeons alors de choyer ces bêtes et de leur trouver le meilleur des foyers. Cette situation demeure toutefois extrêmement rare. En trois ans de salariat, je ne l’ai connue que récemment. Quatre chats et un chien sont arrivés au bureau. Le chien a été rapidement adopté. Quant aux chats… Les chats m’ont toujours inspiré de l’indifférence, à quelques exceptions près. J’aimais bien le vieux chartreux noir de mon ex. Puis aussi, la minette toute grise de ma cousine Marie. Et c’est à peu près tout. Je n’ai rien contre eux, j’aime tous les animaux quoi qu’il en soit, mais j’ai grandi entourée de bichons, teckels, caniches et épagneuls. L’incompatibilité s’avère de naissance.

Diva Chat

Gwen a décidé d’accueillir l’un des chats dans son bureau. Et c’est ainsi que j’ai rencontré Diva. Magnifique chatte persane aux grands yeux verts émeraude. Aussitôt, je me suis exclamée : « Mon Dieu, que tu es belle… » Diva est noble, élégante, sublime. Elle porte bien son nom. Dotée d’une distinction toute particulière dans le regard, qui indique qu’il vaut mieux ne pas l’emmerder. Assise sur son bord de fenêtre, elle me toisait, l’œil mi-clos. Je dois bien avouer qu’elle m’a plu presque immédiatement. Néanmoins, l’attirance fut timide. Je n’ai pas l’habitude des chats. Pour les séduire instantanément, je gratte tous les chiens à la base de la queue. Essayez, ils adorent ça : c’est une formule magique infaillible. Avec les chats, je ne sais pas faire. C’est Diva qui m’a draguée la première.

« Juste un essai »

Je mangeais, attablée au bureau en face de Gwen, quand elle est passée sous mon nez une première fois. Sa queue touffue balayant mon visage. Je l’ai regardée en souriant. Elle est repassée une deuxième fois, en sens inverse. Et enfin, une troisième. Là, elle s’est assise près de moi, toujours parée d’élégance. Un petit bout de langue rose sortant de sous son nez. J’ai craqué. J’ai tendu une main sous son museau, maladroite, comme avec un chien. Elle n’a rien dit. J’ai gratté sous son oreille, elle a eu l’air d’aimer ça, lovant sa toute petite tête dans le creux de ma paume. Et d’un coup, l’élégance caractéristique a chu. Elle s’est roulé sur le dos en ronronnant à plein régime et en agitant ses pattes dans tous les sens. Je n’avais plus aucune défense. Je crois qu’elle et moi nous sommes choisies à ce moment précis.

Diva chat

C’en sont suivies de longues semaines de réflexion. Un jour, je venais voir Gwen pour lui dire : « Je la prends. » Le lendemain : « Non, j’peux pas… Y’a Chivas aussi, j’peux pas. » Le surlendemain : « Et puis merde, je la prends. » Et le jour suivant : « J’la prends pas, j’ai peur de ne pas assumer toutes les responsabilités que ça implique. » Je suis restée ferme sur ce dernier « non ». Et puis, il y eut ce matin où, à mon arrivée, Diva s’est littéralement enroulée autour de ma cheville. Ses pattes avant enlaçant mon mollet, sa tête frottée contre ma jambe. Faiblesse. Bref, j’ai changé d’avis. J’ai demandé s’il était possible de l’emmener chez moi, faire un test. Voir si elle s’acclimatait. Sur cette phrase, répétée en boucle : « Pour l’instant, on fait juste un essai. » Tu parles…

Bienvenue chez moi

Pourtant, j’avais des doutes. Je n’osais même pas la prendre dans mes bras. Gwen m’a montré. J’étais pétrifiée. Peur des griffes. Alors que je saisis spontanément n’importe quel basset pour le couvrir de câlins. Même crotté de boue. Exaspérée, ma copine s’est approchée pour prendre le chat. J’ai dit : « Non, je vais le faire. » Et j’ai soulevé Diva. Une main sous ses aisselles, l’autre sous sa queue. Elle s’est plaquée contre ma poitrine et s’est mise à ronronner. Ce moment que j’ai tant anticipé s’est finalement révélé naturel. Le moindre doute s’est dissipé. Encore plus, lorsque le soir, je la redéposais à l’étage au bureau, où elle passait la nuit. De jour en jour, la séparation est devenue difficile. Jusqu’à la veille de son arrivée à la maison. Je lui avais répété, tout le jour durant : « Demain, on s’en va. Demain, tu viens chez moi, c’est chez toi. » Ce soir-là, elle a planté ses griffes dans mon sweat pour ne pas que je la repose au sol. Et pourtant, bien qu’elle soit docile, elle n’aime guère être portée longtemps. Taxez-moi d’anthropomorphisme, mais j’aime à croire que ce chat ne voulait pas me quitter ce soir-là.

Le lendemain, j’étais outrageusement stressée lorsque j’ai déposé la cage de transport par terre, dans le salon. J’étais certaine qu’elle allait filer se cacher sous un meuble et que je n’allais jamais réussir à la déloger. Diva est sortie de la cage. Elle a regardé autour d’elle. Puis, elle s’est jetée sur moi pour réclamer des caresses. Bien sûr, elle s’est cachée. Sous mon lit. Une petite demie-heure. Je l’ai laissée reprendre ses esprits. Puis, j’ai soulevé la couette. Je lui ai parlé et elle est sortie d’elle-même… pour un nouveau câlin. Depuis maintenant quinze jours, je ne l’ai plus jamais trouvée sous mon lit. Elle se roule en boule contre moi, le soir, pour regarder la télé. Puis, me fixe attentivement depuis la table à manger, le temps je fasse la vaisselle. Enfin, me rejoint dans la chambre pour le film du soir. Elle me quitte au générique. Toujours.

Diva divine

Diva vit pour être câlinée. Elle veut des papouilles, partout, tout le temps… Sauf sur le ventre. Sinon, vient le coup de griffe. Elle aime se poster à la fenêtre et jouer avec des rubans. Joie sereine, elle ne fait ses griffes que sur son arbre à chat. En revanche, elle déteste que je la brosse : j’use de stratagèmes vaudous en lui courant après, peigne en main, pour défaire les nœuds de son long pelage. Quand je suis affairée ailleurs, elle miaule pour que je recentre mon attention sur elle. Quand je la prends dans mes bras, on frotte nos deux visages l’un contre l’autre avec tendresse. Bref. Diva est parfaite. Absolument parfaite. Nous vivons ensemble une osmose bien particulière que je n’ai connue jusqu’alors qu’avec des chiens.

Au point que j’ai l’impression d’être une hérétique infidèle. D’entendre partout : « Toi, un chat ?! » Non, pas « un » chat… LE chat. C’est Diva. Je ne l’ai pas choisie, c’est la vie qui nous a réunies. Elle aurait pu être un épagneul breton, un furet, une musaraigne… C’eût été pareil. C’est drôle, parmi les amoureux des félins, les réactions s’avèrent différentes. Eux, me parlent de destin. « Rien que son nom… Diva. Vous étiez faites l’une pour l’autre », a notamment déclaré ma meilleure amie, la bouche en cœur. Du haut de mon amour pour Mariah, Barbra et autres Aretha, la coïncidence est effectivement amusante. Aussi, par certains de mes traits de caractère. « Quand tu nous jauges du regard, confortablement installée sur ton voltaire, un verre de Lambrusco tenu d’une main parfaitement manucurée… Tu es sans aucun doute du style à avoir une chatte persane prénommée Diva », m’a assené Franck. Bon… Alors, c’est ainsi. Je suis officiellement une vieille fille à chat passablement maniérée.

Meow,

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