Il est des instants dans notre existence, où nous avons tous besoin d’héros et d’héroïnes. De guides pour tâtonner et trouver notre chemin dans l’obscurité. Plus encore, d’une inspiration. Ma dernière révélation m’est récemment venue de Jane Fonda. Actrice, militante activiste… Une étoile dans la nuit.

Vous vous souvenez de cet épisode de Sex & the City où Charlotte, au fond du trou, retrouve la niaque après avoir regardé un documentaire sur la vie d’Elizabeth Taylor ? Évidemment que non… Puisque la moyenne d’âge de mon lectorat se situe aux alentours de la vingtaine et que, pour ma part, je suis hautement vieille et défraîchie. Vous n’avez pas mes réfs de trentenaire – franchement, j’vous plains. Quoi qu’il en soit, cet épisode existe. Et je souffre régulièrement du syndrome de Charlotte York. Je cherche une étoile pour me guider dans la nuit quand, parfois, je perds pied. Certaines sont familières et rassurantes, comme Madonna, Courtney Love, Gwyneth Paltrow, Mariah et Barbra Streisand. D’autres me happent au fil du temps, lorsque j’atteins, j’imagine, un nouveau stade dans ma vie. Dernièrement, Jane Fonda m’est apparue comme une évidence.

Jane Fonda Aérobic

Aerobic Queen

Mon premier contact avec l’actrice date de plusieurs années. Vous n’êtes pas sans ignorer que je suis une passionnée de retro aerobic. Or, qui dit aérobic, dit forcément Jane Fonda. Près de quarante ans après, ses entraînements vidéo demeurent à la base de cette discipline. Ils en sont même devenus la colonne vertébrale. Le cœur battant. J’aime les vidéos de Jane Fonda plus que les autres, simplement car elles conservent la fraîcheur de l’inédit qu’elles avaient à leur époque. On y sent que tout est expérimental, mais aussi le plaisir réel avec lequel l’aerobic queen s’éclate avec ses copines. C’est fun, c’est drôle, et c’est… déculpabilisant. Étudiante, j’ai fini par arrêter de pleurer sur ma nullité quand Jane, depuis son petit lecteur YouTube, me répétait : « Tu peux le faire, ce n’est pas grave si tu te trompes de pied, tant que tu n’arrêtes pas de bouger ! Tu finiras par mémoriser la chorégraphie, accroche-toi ! » Ceci, avec un tel sourire et un si bel entrain que je l’ai instantanément crue et aimée.

Jane Fonda aérobic
Jane Fonda’s Low Impact aerobic workout – un chef-d’œuvre absolu

Récemment, j’ai découvert que Jane Fonda avait créé le projet Workout pour financer ses œuvres caritatives. En effet, l’actrice ne se contentait pas bêtement de vivre sur les hauteurs de Los Angeles comme ses consœurs. Non, la star d’Hollywood se promenait en minivan de ville en ville avec son mari, l’activiste Tom Hayden, pour donner des conférences antimilitaristes et féministes dans les universités américaines. L’aérobic lui a permis d’accomplir une mission dont elle se sentait investie. Avant de s’apercevoir que ce sport avait, lui aussi, une fonction salutaire. « Je souffrais de troubles alimentaires depuis l’adolescence, je n’aimais pas mon corps. Et d’un coup, j’en ai été fière. Des femmes venaient me voir pour m’expliquer à quel point ma méthode était formidable. J’avais rendu l’acceptation de soi accessible à un large public », confie-t-elle dans le documentaire Jane Fonda in 5 Acts. Ces mots m’ont touchée comme rarement. Car ils témoignent du point auquel, dans tout ce qu’elle entreprend, Jane Fonda sert passionnément une cause.

Jane Fonda au Vietnam
Jane Fonda au Vietnam en 1972.

Donner du sens

En effet, j’ai moi-même toujours eu ce besoin vital de voir plus loin pour (essayer de) changer les choses. C’est certainement ce qui a motivé ma carrière de journaliste. Et, accessoirement, ce qui me l’a faite quitter – par questionnement idéologique. Je suis une chieuse idéaliste, politisée et engagée sur différents fronts. Je ne bois plus de Coca-Cola, ni plus aucun produit sorti des usines de The Coca-Cola Company, depuis près de dix ans. En raison des abus de l’entreprise auprès des populations mexicaines, ainsi qu’en soutien au mouvement Killer Coke. Je ne mange pas de viande. Je refuse d’acheter un animal dans un élevage ou en animalerie : j’adopte. Je n’achète que des produits d’entretien écologiques, des cosmétiques vegan et cruelty free, mon chat fait ses besoins dans une litière 100 % compostable, je n’utilise plus de coton et quasiment plus de lait de vache – parce que l’industrie laitière, ça craint grave. J’ai aussi arrêté de fumer plus par cohérence éthique, dans le fond, que pour ma propre santé. Starbucks est ma seule faille. Bref. Je suis Frankie dans Grace & Frankie, une série dont Jane Fonda porte haut les valeurs qu’elle diffuse.

Grace & Frankie
Frankie (Lily Tomlin) et Grace (Jane Fonda)

Or, ces derniers temps, j’ai l’impression de me rendre coupable de militantisme de salon. Ce sentiment amer de voir que rien ne bouge, d’entendre mes efforts moqués et sans cesse l’angoisse de ne pas en faire assez. Au point que ça me ronge de l’intérieur, au point de me demander si ma vie a bien un sens. Jane Fonda s’est engagée contre la guerre au Vietnam dans les années 70, est allée jusqu’à se rendre sur place en plein conflit pour témoigner de la réalité du terrain. Et moi, je fais quoi ? Je ne bois pas de Coca. J’ai eu envie de pleurer. Quand il m’est soudain apparu que cette nouvelle étoile voyait effectivement en chaque nouveau projet la possibilité de faire bouger les choses.

Comment se débarrasser de son patron
Lily Tomlin, Dolly Parton et Jane Fonda dans 9 to 5 (1980)

Comment se débarrasser de son patron ? (9 to 5 en V.O) pourrait, par exemple, passer pour une simple comédie potache du début des années 80. Il est en réalité bien plus. « Nous avons recueilli les témoignages de femmes employées de bureau à cette époque où l’on nous reléguait encore au rang de ménagères. Nous avons inséré tout ce qu’elles aimeraient faire subir à leurs supérieurs hiérarchiques rétrogrades dans le film. Et Dolly (Parton) en a aussi fait la chanson-titre. C’est encore aujourd’hui l’hymne de toutes les secrétaires. » Ainsi, Jane Fonda m’a autorisée à respirer. En tout, je porte ma voix. Sur Insta, mon blog, à travers mon métier dans la protection animale. Je suis le catalyseur de mes propres luttes. J’avais simplement besoin qu’on me le rappelle.

Barbarella
Jane Fonda dans Barbarella (1968)

Sans concession

La figure de Jane Fonda m’est d’autant plus héroïque qu’elle ne s’est pas construite en un jour. Elle admet volontiers s’être longtemps conformée aux attentes des hommes de sa vie. Sur Vadim, elle concède : « J’étais sa créature, il me modelait à l’envi. (…) C’est Sydney Pollack, pour On achève bien les chevaux, qui fut le premier réalisateur à me demander ce que je pensais de son scénario. Roger Vadim, mon propre mari, ne m’avait, lui, jamais réclamé un avis sur son travail. » Par la suite, elle souffrira d’un complexe d’infériorité vis-à-vis de ce second époux, Tom Hayden. Il écrivait des conférences, des essais. Elle, s’était « contentée » de produire un livre et des vidéos d’aérobic, juste pour financer leurs bonnes œuvres communes. « Or, c’est mon livre qui est devenu bestseller. Le livre d’aérobic. Tom n’aimait pas l’aérobic. Il me trouvait superficielle. » Le complexe fut si fort qu’elle mit brusquement fin à l’aventure Jane Fonda’s Workout, du jour au lendemain – avant d’y revenir des années plus tard. La légitimité n’a jamais été acquise pour cette femme, pourtant oscarisée à deux reprises. Dans Les Féministes, à quoi pensaient-elles ?, elle avoue : « Il y avait les combats. Et l’amour. L’amour… J’ai longtemps choisi l’amour. »

Jane Fonda

Et moi, ces derniers temps… J’ai l’impression d’aimer beaucoup les autres sans obtenir de réel amour en retour. Peut-être que je fais erreur, que je suis nombriliste. Il n’empêche que, mue par ma tendresse envers autrui, j’ai certainement mis le reste entre parenthèses au cours des semaines passées. De ne même plus y prendre goût. Jane Fonda, elle, a quitté son troisième mari, le milliardaire Ted Turner, pour s’octroyer le droit de rester cohérente envers elle-même. « J’avais envie d’accomplir de nouveaux projets. Lui, voulait que je reste avec lui, à la maison. Il demandait beaucoup d’attention. Il fallait qu’on s’occupe de lui. » Ce fut un crève-cœur, mais elle eut le courage de partir. Ainsi, je me suis souvenue avoir dit ces mots à mon ex : « Je dois construire ma vie. Tu n’as pas le droit de me retenir. » J’ai mis longtemps à me rendre compte de cet état de fait avant de prononcer ces phrases. Des années. Tout comme Jane Fonda. « Il faut se choisir soi avant l’amour », a-t-elle conclu. Sagesse ultime. Alors, je me choisis moi. Avant tout. Par un cercle vertueux, le reste en découlera. Légitimité, acceptation, amour. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Jane Fonda. Et j’ai foi en ma nouvelle étoile.

Now, step in front !

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2 Replies to “Le pouvoir de Jane Fonda”

  1. Très bel article! Pour ajouter de mon expérience personnelle à ta réflexion, Jane Fonda et son aérobic a été le socle de ma thèse sur l’importance des communautés virtuelles dans le milieu du sport. C’est grâce à elle qu’à eu lieu la libération des corps sculptés, laissant derrière les « simples » femmes au foyer pour leur montrer une nouvelle voie : la leur, hors foyer, mariage ou famille. Juste elles et leurs objectifs personnels.
    Tout ça pour dire que même uniquement dans la dimension de l’aérobic, Jane Fonda a été une inspiration incroyable.
    C’est un mentor incroyable ❤️

    Aimé par 1 personne

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