Après trois ans d’errance, j’ai décidé d’arrêter de me lamenter sur mon sort. Je rassemble mes affaires. Et j’entame véritablement une nouvelle vie. Une bonne fois pour toutes.

C’est arrivé il y a environ trois semaines. Mon téléphone a sonné. C’était Victor, de ces vieilles branches que je n’ai pas vues depuis presque deux ans. Jouasse, je décroche :
« Ben alors, baltringue ? Quel bon vent t’amène ?
– C’était pour te dire que j’allais me marier.
– Oh. Mais t’es plus jeune que moi, mec ! »

Pas exactement la réaction appropriée, vous en conviendrez. Le fait est que je ne comprends pas cette proportion qu’ont les autres à se laisser porter par le souffle du vent. Tandis que moi, je stagne vainement entre mes multiples questionnements insolubles.

« Toutes mes excuses, chéri, c’est l’émotion. Je suis très heureuse pour toi.
– T’inquiète, je m’attendais à pire de ta part. Rien n’est programmé pour l’instant. Je lui ai juste offert la bague et elle a dit oui.
– C’est merveilleux mon canard en sucre. »

En réalité, je m’en tamponne le coquillard. Je suis blasée. Par l’humanité toute entière. Les gens se marient, ont des enfants, s’endettent pour acheter une baraque dans un bled pourri. Et moi ? Moi, je suis frustrée et insatisfaite. Indécise aussi. Je suis cette vieille fille aigrie qui s’ennuie dans sa petite vie, mais qui n’ose pas prendre les devants pour changer les choses. Le cliché de la blogueuse trentenaire qui toise son monde d’un air supérieur en sirotant un café Starbucks hors de prix. Elle se dit qu’elle vaut mieux que tous ces péquenauds. Et le pire, c’est qu’elle le pense sincèrement. Mais elle n’en est que plus aigrie.

Allons donc, j’ai désormais toute la panoplie. J’ai adopté un chat et, par la faute du Blog de Pandora, j’ai décidé d’adopter également un Fred. Ce n’est pas un second animal mignon, non. C’est un gros gode veineux à ventouse. Parce que j’en ai ma claque d’aligner les plans cul insignifiants et, qu’après tout, on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Ce machin mesure une taille proprement indécente. Il est proportionnel à mes frustrations. Nonobstant, bien que Fred me fasse jouir à chaque fois que je l’enfourche, il ne m’a pas permise de contenir toute ma rage. Non. J’ai pété les plombs. Je relisais mes articles précédents, lesquels mériteraient certainement un premier prix littéraire de mièvrerie… Quand soudain, je me suis trouvée désagréablement triste et pathétique. À nourrir des espoirs dans une existence qui ne me convient pourtant absolument pas.

J’ai gueulé à qui voulait l’entendre : « Les gars, je me casse ! J’en ai ras le cul de vivre à Metz ! Qui veut vivre à Metz, sérieux ?! C’est ridicule ! Je prends mes clics et mes clacs et je rentre à Lyon. Lundi, je démissionne. » Ce lundi-là, je suis allée travailler avec la rage au ventre et l’envie d’en découdre. Puis, j’ai vu les têtes de fin du monde de mes collègues interloqués. Et je suis devenue toute petite. De chienne enragée insubordonnée, je me suis transformée en un claquement de doigt en la mignonne petite Lily, douce et kawaii, qui s’excuserait presque d’exister. Je déteste cette pétasse bienveillante qui n’en veut jamais à personne. Elle préfère s’auto-flageller. Quelle conne, j’vous jure… Or, le mal était fait. Jeudi dernier, mon patron m’a finalement invitée à prendre place dans son bureau. « Vous débordez de compétences. Malheureusement, votre poste chez nous ne vous permet pas de toutes les exploiter. Vous méritez un emploi qui corresponde mieux à votre profil. » Le droit de partir ? C’est donc possible ?

J’ai hésité, douté. Des heures durant. En réalité, c’est bel et bien la meilleure option. Je n’ai rien à faire ici. En trois ans, je n’y ai rien construit. Je m’ennuie. Je ne vois personne, hormis mes collègues, mes parents et quelques rares amis de passage. La seule chose qui me rend véritablement heureuse, c’est d’attendre mon prochain séjour à Lyon. Depuis trois ans, je ne pense qu’à ça : à la prochaine fois. Cette maladie n’a pas de remède sinon le retour aux terres lyonnaises. Alors, j’ai choisi de dire au revoir. De m’enfuir sans me retourner.

Pour certains, j’ai de la peine. Tellement de peine que j’ai préféré couper brusquement les ponts, sans leur laisser une chance de me répondre. Seulement, je sais que, dans le fond, cette Lily-là, triste et plaintive, ne manquera jamais à personne. La Lily drôle, explosive et scintillante s’épanouit ailleurs, au milieu de personnes aux yeux desquelles elle a une réelle importance. Dans les comédies américaines, les éconduits courent pour rattraper l’objet de leur affection aux portes de l’aéroport. Dans la vraie vie, personne ne nous retient, jamais. Personne ne nous aime suffisamment pour oser de tels gestes. Dans la vraie vie, il vaut mieux s’aimer soi-même. Et savoir dire au revoir.

So, bye, bye, miss American pie,

signature

2 Replies to “Dire au revoir”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :