Comment j’ai arrêté de sortir de chez moi

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Après mûre réflexion, il m’est apparu que le monde extérieur ne me manquait pas plus que ça. J’ai cessé de m’y heurter et bizarrement, l’isolement me convient parfaitement.

J’avoue. J’exagère. Il m’arrive de sortir de chez moi pour les choses essentielles. Filer chercher un colis au point-relais. Passer voir mes parents pour vérifier qu’ils respirent. Courir acheter de la vodka chez Monop’ avant le couvre-feu. Du reste, Jeff Bezos a fini par avoir ma peau – bien que je m’auto-flagelle par questionnement éthique. Je commande le moindre petit truc, du flacon de e-liquide à la pâté pour chat, et un charmant livreur me l’apporte le lendemain, sourire aux lèvres. Faut dire que je lui ouvre en mini-short et brassière de sport. Puisqu’en effet, en dehors du télétravail, j’occupe mes journées à alterner les séances de yoga et d’aérobic. Le soir, je m’arrête sur l’un des quatre livres qui traînent sous ma table de nuit. (En effet, je peux mener quatre lectures différentes en même temps.) Puis enfin, je m’écroule au lit devant un film d’horreur ou un épisode d’Ally McBeal, Diva le ronron au max en train de péter juste dans mon dos. C’est la bella vita, le panard intégral. Pourquoi sortirais-je davantage ?

Il est vrai qu’à la fin du premier confinement, les murs de mon appartement me paraissaient une prison. J’en devenais folle. Cependant, depuis, les restrictions se sont assouplies et mieux encore, nous nous sommes habitués. Bien évidemment, comme le reste de l’Humanité, je souffre de n’avoir aucune perspective et j’aimerais revoir un écran de cinéma, une scène, un musée et un centre commercial. Néanmoins, l’idée de rester chez moi la grande majorité de mon temps ne me dérange pas le moins du monde. Bien au contraire. Je me trouve dans ce paradoxe duquel témoignent beaucoup d’hypersensibles : j’ai à la fois terriblement besoin d’attention et affreusement besoin de solitude. Or, dernièrement, j’ai choisi de faire un grand ménage par le vide parmi mes relations. Ne restent plus que les personnes dont je ne doute jamais de l’attachement sincère. Si par malheur, je viens à manquer de cette attention que je réclame tant, je sais où la trouver. Et réciproquement. Je n’ai plus le moindre sentiment d’insécurité. Ainsi apaisée, je savoure mieux ma solitude.

Je ne souffre pas d’agoraphobie, ni d’aucune difficulté semblable. Non. Si j’ai besoin de sortir, je sors sans me poser de questions. Néanmoins, une nouvelle source d’angoisse m’est apparue très clairement dès le premier « déconfinement ». En effet, je ressens une réelle inquiétude à l’idée de retourner au bureau. Dès sa mise en place, le télétravail m’a soulagée de peines anciennes, dont je n’avais aucunement conscience. En réalité, je déteste les environnements de bureau. Je ne supporte pas d’être obligée de voir chaque jour les mêmes personnes – bien qu’elles me soient sympathiques. D’autant qu’elles m’oppressent. Mon hypersensibilité rend leur présence parfois insupportable. Au bureau, mes sens sont sans cesse sollicités par l’œillade appuyée d’un tel, le soupir d’une autre, le sourcil froncé d’un chargé de projet. À longueur de temps, tout ceci m’épuise et je n’en peux plus. Les gens n’ont absolument aucun respect. Ne pourraient-ils pas cesser de respirer bruyamment et de ressentir des choses, histoire que je puisse bosser tranquille ? Est-ce trop demander ? (…) Oui ?! Dans ce cas, de grâce, laissez-moi travailler en slip sur mon clic-clac.

Seule chez moi, j’ai l’impression d’avoir guéri du coronacafard. La situation sanitaire m’est toujours pénible, mais je l’accepte mieux, car elle paraît moins frustrante de mes pénates. Après le boulot, je n’ai plus besoin, sous la menace du couvre-feu, de courir dans le seul espoir d’aller acheter du PQ à la supérette du coin. Les privations sont presque totales, certes. Néanmoins, j’accepte mieux d’être privée de cinéma, si je le suis également de Sephora. Mon esprit a besoin que la conjoncture fasse sens. Il a aussi besoin du calme et du repos conférés par mon habitat. Dans mon cocon, je me sens enfin rassurée et sereine. Je vagabonde de film en film sur l’étagère de DVD et j’ai à nouveau le temps d’écrire, de créer. J’oserais presque dire que je suis heureuse. Je ne vois peut-être que le livreur d’Amazon, mais – ma foi – il s’avère plutôt beau gosse. Du monde d’après, je n’ai qu’un seul souhait : pouvoir continuer à vivre en huis-clos dans ma bulle parfaite et sécurisante. Du moins, 65 % du temps – car je retournerais faire les magasins. Faut pas déconner.

De mon clic-clac, que du love,

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