Ma passion secrète pour Selena, la reine de la musique tex-mex

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La renommée de la chanteuse latine Selena Quintanilla n’a que très peu dépassé les frontières du continent américain. Or, bien qu’elle soit à mille lieues de ma culture, j’ai étrangement tissé un lien étroit avec sa musique.

On me l’a un petit peu volée. En effet, Netflix a débuté une série hommage à la chanteuse l’an passé, engendrant un nouvel attrait pour cette personnalité méconnue dans nos contrées. Nonobstant, ladite série n’est pas pour autant un immense succès populaire de par chez nous. Alors, je continue aux yeux de la masse à nourrir un amour quelque peu incongru pour cette artiste parfaitement inconnue en France. Inconnue, et pour cause : Selena a rencontré le succès au début des années 90, sur une courte période, presque exclusivement auprès de la communauté hispanophone aux États-Unis, le tout avant d’être assassinée par la présidente de son fan club à seulement 23 ans.

selena the serie
La série comprend deux saisons et se conclut par la mort de la chanteuse.

Méconnue en France

Pourtant, Selena est bel et bien la troisième personnalité latine à avoir vendu le plus de disques au niveau mondial, juste derrière Gloria Estefan et Shakira. On connaît à peine son nom en France, car Selena est un phénomène purement américain. La jeune femme s’illustrait en effet dans la cumbia, un genre musical d’origine colombienne cher à la communauté mexicaine du Texas, dite « tex-mex » ou « tejano« . D’abord adoubée par les Tejanos du cru, après avoir longuement écumé les bals populaires avec Los Dinos – groupe composé de ses frères et sœurs -, sa musique s’est ensuite exportée hors des frontières états-uniennes, et plus particulièrement dans les pays d’Amérique latine.

Selena Quintanilla
Selena aux Grammy Awards en 1994

Si l’on connaît assez peu Selena en dehors des populations hispanophones, c’est aussi car sa mort prématurée l’a empêchée de réaliser son crossover. Il s’agit, pour les artistes américains très populaires auprès d’une communauté ethnique, d’enregistrer un album en langue anglaise aux sonorités plus pop. Ceci, pour leur permettre une assise sur le grand public. Signée chez EMI latin, lauréate d’un Grammy award du meilleur album mexicano-américain, Selena avait fait ses preuves et était déjà une immense star auprès de sa communauté. EMI music avait donc commencé à travailler avec elle sur cette opération crossover. Malheureusement, les quelques enregistrements anglophones de Selena nous sont parvenus à titre posthume.

L’étalon cubano-mexicain

Allons donc, comment moi, blanche pâlotte du Nord Est de la France aux lointaines origines italiennes, me suis-je trouvée à écouter du Selena à fond dans les oreilles sur le chemin de la fac de journalisme ? L’histoire se révèle pour le moins improbable. J’étais, à cette époque, très amie avec ma voisine, résidente de l’immeuble en face du mien. D’origine cubaine, elle s’exprimait avec un fort accent, dans un français teinté aléatoirement d’espagnol. Nous passions nos samedis soirs à nous abreuver de mojitos, à absorber des substances illicites et à nous déhancher sous l’œil timide de nos compagnons de débauche masculins. Et puis, un beau jour… elle m’a présenté son cousin. « Attends, que je t’explique. C’est mon oncle, en fait. Mon grand-père a eu d’autres enfants sur le tard. Mais, comme on a à peu près le même âge, je préfère dire que c’est mon cousin. » Si, si, la famille…

Le cousin (en moins beau)

Quoi qu’il en soit, c’était un somptueux latino. Avec le charisme d’un Miguel et la sensualité d’un Iglesias. Le genre que l’on n’a jamais la chance d’observer en dehors du papier glacé des magazines. Terriblement beau gosse. Inaccessible dans notre réalité. D’autant que je parle espagnol aussi bien qu’une vache anglaise, voyez-vous. La première fois, tout ce que j’ai trouvé à lui dire fut cette sublime description de ma personne : « Me llamo Lily, soy periodista y tengo un blanco perro que se llama Chivas. » (Je m’appelle Lily, je suis journaliste et j’ai un chien blanc prénommé Chivas). Je reçus en réponse un magnifique sourire et, dans le plus bel accent ibérique qui soit, cette invitation : « We can speak english if you want. » Ce à quoi, têtue, je répondis : « No, no, hablamo español. No bien, mais quand même ! » Et il a ri.

Para bailar la cumbia…

J’en étais là, à me pâmer et à battre des cils, quand le frère de mon amie s’est approché : « Te laisse pas avoir, Lil’… C’est une contre-façon de Cubain. Sa mère est Mexicaine. » Loin d’être intimidé par la taquinerie, le beau métisse a déclaré : « Côté mexicain, on a Selena. Et vous ne cesserez jamais de nous l’envier. » Je sautai sur l’occasion, afin d’ouvrir plus amplement la conversation. Car, à vrai dire, je connaissais vaguement Selena pour être tombée, des années auparavant, sur un épisode d’Hollywood Story consacré à son assassinat. « En gros, tu sais juste que Selena a été tuée par une fan psychopathe, a-t-il soupiré en levant les yeux au ciel. Or, la cumbia, ça se danse. Ça ne se pleure pas. » Cinq minutes plus tard, il m’apprenait à exécuter la lavadora, pas de danse mythique popularisé par Selena. Il me retenait du bout des doigts… sur la Techno cumbia.

Le bellâtre n’a passé que quelques semaines à Lyon avant de s’envoler à nouveau pour Cuba. Je pris soin de ne pas m’attacher en conséquence. Les soirées furent tout de même douces en sa présence. Nous ne refaisions pas le monde, non – en raison de la barrière de la langue… Nous écoutions Selena et balancions nos hanches en rythme jusqu’à ce que le soleil pointe à nouveau derrière les nuages. La cumbia a quelque chose de kitsch, mais aussi de terriblement universel. Rapidement, j’y pris goût et ce goût m’est resté. Au point d’y perfectionner mon espagnol. Régulièrement, je me surprends à fredonner « Dame un beso, demuestra tu amor con un beso… », comme ce soir où il posa sagement ses lèvres juste au coin des miennes.

Gênée par la présence de ses pairs, j’ai tourné la tête. Puis, il m’a tirée à lui, glissant ses mains sur la peau nue de mon dos, sous mon chemisier… J’en frissonnai. Néanmoins, comme dans une mauvaise telenovela, je l’ai repoussé fermement. Amor prohibido. Il n’a rien dit. Plus tard dans la soirée, il m’a réinvitée à danser. En tout bien tout honneur. Il tenait à choisir expressément la bande son. « No me queda más, que perderme en un abismo, de tristeza y lágrimas… » Sa préférée de Selena. La plus tragique. Il m’en tira une larme – certainement l’effet de l’alcool. Le latin lover m’avait bien eue. Tant et si bien que, quelques jours plus tard, après l’avoir accompagné sur le quai de la navette pour l’aéroport, je rentrai chez moi le cœur en miettes avec, évidemment, Selena en fond sonore. Et aujourd’hui encore, il m’arrive, seule dans mon appartement, de tournoyer sur La llamada en me remémorant cette belle histoire.

Baila, baila sin parar,

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