19 mai 2021. Journée historique. Un petit retour à la liberté. Et tandis que la foule se pressait déjà sur les terrasses, je trouvais, pour ma part, aussitôt refuge dans une salle de cinéma.

Je vous l’avais déjà confessé : la salle m’a particulièrement manquée. Le velours des fauteuils, l’odeur du pop-corn et même le connard qui rigole pendant un film d’horreur. Le 19 mai dernier, je n’en avais cure des terrasses. Passer ma soirée à me frotter à des ivrognes qui puent la clope et payer ma bière 7,50… Non merci, je m’en passe volontiers ! Non pas que je n’apprécie pas ce type de divertissement. Je préfère simplement m’y adonner entourée de personnes que j’estime. Or, la population messine ne m’inspire que mépris et indifférence – oui, c’est de la méchanceté gratuite. J’vous en remets une couche ? Les Messins de terrasse sont, en grande majorité, des vantards pédants et incultes. De rien. C’est toujours gratuit.

Chagrin de popcorn

Il n’empêche que, ce mercredi 19 mai, j’avais extrêmement soif. Pas d’un cocktail coupé à l’eau, ni d’une vodka Redbull avant l’after. J’avais soif du grand écran et du quart d’heure de bandes annonce qui précède le spectacle. Le jour J, j’y étais. J’avais l’impression que les chiens étaient lâchés, que je courais avec la meute. En réalité, il n’en fut rien. Mon petit cinéma de province s’est révélé quasiment désert. En aucun point comparable avec les images de foule en liesse devant les salles parisiennes et lyonnaises que j’avais vues, le matin même, défiler sur les réseaux sociaux. J’observai ce constat non sans un pincement au cœur, mais je ne boudai néanmoins pas mon plaisir arrivée à hauteur des caisses.

J’avais envie de retrouver ce tout petit bonheur si lointain… Celui du popcorn mastiqué drastiquement en toute incivilité pendant la séance. À la vérité, je ne m’y adonne que lorsque le film s’y prête. Pas devant un Lynch ou un Audiard – faut pas déconner. En revanche, Jurassic World ne méritait pas cet égard. Ce mercredi 19 mai 2021, le film ne s’y prêtait pas le moins du monde. Il n’empêche que j’ai tout de même demandé à la caissière, boudeuse : « Du coup, on n’a pas de popcorn ?! » en activant mon plus célèbre regard d’épagneul triste. Comme si ça allait changer quoi que ce soit à sa réponse. Elle a compris mon désarroi et m’a répondu, pleine de douceur : « Oui, je sais, c’est dur… »

Fin de siège

Nonobstant, ce n’était pas si grave. J’étais tout de même emplie de joie à l’approche de la lourde porte battante qui préfigure la salle. J’étais en avance, ce jour-là. J’ai donc pris le temps d’admirer paisiblement les affiches dans le couloir. C’est alors qu’il m’est apparu que mon cinéma semblait s’éveiller péniblement d’un long sommeil. Ce somme lourdaud duquel on s’éveille avec la gueule de bois. Les éphémérides étaient restées inchangées depuis ma dernière venue, près d’un an auparavant. Or, on attend encore le prochain James Bond et la suite inespérée de Top Gun. Plus que cet établissement, c’est en réalité tout un pan de la culture populaire qui s’est trouvé figé dans le temps.

Mandibules film

Mon film retour en est l’illustration. Je suis revenue en salle avec Mandibules de Quentin Dupieux. Prévue pour le 5 septembre 2020, sa sortie a été repoussée au 2, puis au 16 décembre. Or, confinement oblige, il aura fallu attendre ce fameux 19 mai 2021 pour le voir enfin sur les écrans. Et quel bonheur ce fut ! Je n’aurais pas pu souhaiter meilleure expérience que Mandibules pour cette réouverture après longue privation. Une histoire absurde et désuète sous le soleil de Provence, sans masques chirurgicaux, et avec une dose suffisante de poésie pour que la morosité ambiante finisse par nous paraître lointaine dans le cocon doux et brumeux de la salle.

Réveil

La morosité. Qui revint cependant, à peine les lumières rallumées. Surprise par cet abrupt retour à la réalité, j’en ai oublié de remettre mon masque. Je l’avais enlevé, je l’avoue. La salle était déserte et les quelques autres êtres humains intrigués par la devanture de l’échoppe siégeaient trois rangs derrière moi. Mauvaise citoyenne que je suis… C’est le regard réprobateur d’un vigile qui m’a rappelée au bien commun sanitaire. Dans la salle éveillée, je rassemblai mes affaires et, plus douloureuse était la chute, plus le point auquel le cinéma m’avait manqué m’élançait viscéralement. L’évasion absolue nous avait été contre-indiquée. Au moment où elle nous était pourtant cruellement essentielle. Vivement le 30 juin 2021. Pour un film d’horreur tardif, du pop-corn et de l’hémoglobine.

Retournez en salles,

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2 Replies to “Retourner au cinéma”

  1. Ça fait au moins dix ans que je ne suis pas allé au cinéma, je ne me rappelle même plus le dernier film que j’ai été voir ! ^^

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