Je suis proprement terrifiée, mais aussi – et c’est là tout le paradoxe, plus heureuse que je ne l’ai rarement été. Car cette fin, pour moi, constitue avant tout un nouveau départ.

Voilà. C’est fini. J’ai rompu mon contrat. Je suis enfin libre. Plus rien ni personne ne me retient plus dans cette région que je n’ai jamais aimée et dans laquelle j’ai vainement essayé d’entrer au chausse-pied. Ça fait trois ans. Trois ans que j’ai quitté les rives du Rhône pour celles de la Moselle. Pour ma ville natale. La plus grande erreur de ma jeune vie. Il faut dire aussi que je n’ai pas vraiment eu le choix. Je n’avais plus de travail, plus d’appart, plus de mec, pas droit aux allocations chômage. Retour chez mes parents, contrainte et forcée. Et dès lors, je me suis débattue avec la Moselle, qui s’est sans cesse affairée à me rejeter.

En effet, j’eus beau essayer d’y tisser des liens, de m’y plaire… Toutes ces expériences se sont soldées par des échecs. Après avoir bu au goulot toute l’effervescence lyonnaise pendant près de sept ans, l’apathie messine m’est devenue fade et insipide. Et dire qu’ils sont nombreux. À quitter les grandes villes pour s’en aller vivre dans ces métropoles « à taille humaine ». Perso, loin de m’apaiser, cette accalmie m’angoisse. J’ai l’impression que ma vie d’avant continue sans moi, à toute vitesse, tandis que je reste ici, perdue, engluée dans cet univers où rien ne progresse jamais… Avec seulement deux salles de cinéma. Un seul centre commercial. Trois musées risibles. Bienvenu(e) dans mon cauchemar.

Et puis aussi, j’ai essayé de me faire des amis. Je ne collais pas à leur monde. Alors, j’ai laissé tomber. J’ai dit au revoir, les ai bloqués et supprimés sans davantage d’explications. Certains comme Gwen vont tout de même me manquer. Car il existe toujours des exceptions pour confirmer la règle. Je suis tombée amoureuse deux fois ici. Je n’avais rien demandé à aucun d’entre eux. Il aura fallu qu’ils se perdent en déclarations enflammées avant de me repousser aussi fort qu’ils m’ont embrassée. Je n’ai pas cherché à comprendre leur logique. À quoi bon ? Je me suis enfuie sans me retourner. Et maintenant… Après moi, le déluge.

Depuis toujours, je fais ça. Je fous un bordel monstre et lorsqu’enfin je n’en peux plus, je me casse. Sauf que cette fois, je ne fais pas que partir. Je reviens. Je retourne là où il y a véritablement quelqu’un qui m’attend. Somewhere I belongCette fois, je ne fais pas que m’enfuir. J’ai un projet. Il est si simple, qu’il tient en deux phases : 1) retrouver du travail à Lyon ; 2) y retourner pour ne plus jamais en partir. Je suis terrifiée. Morte de peur à l’idée d’être prise à la gorge par les dettes et les factures. À l’idée de ne pas y arriver. Toutefois, j’ai atteint de tels paroxysmes dans mes phases de dépression que l’air m’en est devenu irrespirable.

Vous ne connaissez peut-être pas cette sensation. Celle de se dire qu’on soit là ou pas, ça ne ferait aucune différence. Celle de se dire que, quitte à demeurer sans cesse insatisfait et malheureux, autant s’ouvrir tout de suite les veines. On en riait encore, il y a peu, avec mon meilleur ami – oui, nous avons ce recul-là. On partageait notre vécu de dépressifs à grands coups de « Moi aussi, moi aussi ! », quand il est arrivé au point le plus caractéristique :
« Tu sais, quand tu tapes ‘comment mourir vite et sans douleur’ dans Google et qu’il y a les numéros d’urgence qui s’affichent ?!
– Oh oui, putain ! On adore. »

Best friends forever ❤ Quoi qu’il en soit, cette sensation, je la ressens régulièrement depuis deux ans. Je ne la sentais plus depuis que j’avais posé mes valises à Lyon.

Bien sûr, là-bas, je n’ai pas toujours été heureuse. J’y ai même certainement connu beaucoup plus de peines que de joies. Bien sûr, quand j’y retournerais, plus rien ne sera jamais comme avant. Je suis partie trois ans. La vie a suivi son cours. Sans moi. Nonobstant, c’est – pour l’heure – le seul endroit sur Terre où je me suis sentie parfaitement à ma place. Alors, pourquoi insister ? Pourquoi s’acharner à rester ici où, en dehors de ma plus proche famille, on ne m’a jamais aimée et réciproquement ? Je suis enfin au chômage. Enfin autorisée à rentrer chez moi. Je ne vais certainement pas m’en priver. Bye Metz, garde tes chiens galleux et ton étroitesse collée montée, je m’en retourne refaire le monde en buvant des Communards à l’ombre du gros caillou.

À charge de revanche,

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