Britney Spears a parlé. Les inquiétudes des fans étaient justifiées. La chanteuse subit bel et bien une tutelle abusive. Qui ne sera, visiblement, pas levée. De la tristesse pour toute une génération, dont je fais moi aussi partie.

Je devais avoir environ 11 ans. Mes parents venaient de retapisser intégralement ma chambre et j’avais la stricte interdiction d’accrocher quoi que ce soit au mur. J’ai donc demandé la permission. Pour un poster. Juste un seul poster. Punaisé proprement sur le mur, juste au-dessus de ma chaîne Hi-Fi. J’avais choisi une photo de Britney Spears. Sur scène, en bikini kaki, un python géant albinos autour du cou. J’apprendrais des années plus tard que le premier à avoir effectué une telle performance animalière fut Alice Cooper – lequel en fit d’ailleurs sa spécialité dès la fin des années 70. Il n’empêche que, pour le petit moi de 2001, Britney aux Mtv Video Music Awards, c’était l’équivalent de 18 bombardements nucléaires sur ma jeune vie.

Britney spears MTV video music awards 2001

Britney, à mes yeux, c’était une poupée Barbie qui avait pris vie. Et je vouais un culte à la Barbie blonde des origines. Vous pouviez m’offrir autant de poupées Teresa hispaniques ou de Christie afro-américaines que vous vouliez, j’étais toujours déçue de ne pas avoir reçu la blonde en cadeau. Au grand dam de ma mère, qui n’avait pas forcément tort…
« Mais poupouce ! Regarde… t’es sûre que t’en veux pas une rousse pour changer ? T’as déjà plein de Barbie blondes !
– NAN, J’AIME PAS LES ROUSSES, JE VEUX UNE BLON-DEUH !
– Espèce de petite fasciste phallocrate hétérocentrée ! Tu la vois, celle-là ?! »

Bref. Imaginez donc ma réaction la première fois que j’ai vu Britney Spears. Une Barbie de chair et de sang. Qui chante et qui danse. Mon cœur a bien failli s’arrêter en 1998 à la vue du clip de Baby one more time.

Ainsi donc, j’ai grandi avec Britney Spears. Et j’aimais beaucoup Britney Spears… jusqu’en 2001. Année bénie où sortit l’album éponyme Britney. Dès lors, j’ai cessé de l’aimer pour l’adorer. Littéralement. I’m a slave 4 U fut ce premier avènement de la pop-culture que mes parents désapprouvèrent totalement. S’ils en revinrent, je me souviens tout de même de ma mère, les yeux écarquillés devant la chose, en train de commenter auprès de sa sœur : « J’ai rien contre l’aspect sexuel, vois-tu… Mais alors, ce string porté au-dessus du jean, clairement, je trouve ça particulièrement moche. Aucune classe. N’est pas Madonna qui veut. » Je crois que ma pauvre mère est devenue officiellement une boomer ce jour-là. Et moi, j’étais toute fière d’avoir ma Madonna, qui énervait les parents à mon tour.

À l’école, c’était la folie. Des heures de récréation à étudier les chorégraphies, à reproduire les pas de danse des clips… Je réussis à obtenir en cadeau une paire de Sketchers. Britney en faisait la pub : j’étais ravie. Aussi, un tapis de danse avec le jeu Britney’s dance beat sur Playstation 2. Un T-shirt avec son visage mal sérigraphié dessus. Les singles Overprotected et I’m not a girl not yet a woman – pour lesquels j’avais durement économisé mon argent de poche. Et puis, j’ai grandi. Au collège-lycée, j’ai eu ma période punkette, anneau dans le nez et Doc Marten’s aux pieds. Écouter Britney, dans mon cas, ça ne le faisait carrément pas. Il n’empêche que. J’ai eu de la peine pour elle quand je l’ai vue se raser la tête. Autant que j’ai été heureuse de la revoir sur le devant de la scène, à la sortie de Circus en 2008.

Britney's dance beat Playstation 2
Le meilleur jeu vidéo de l’univers

Cependant, bien que je m’en étais quelque peu séparée à l’adolescence, Britney a toujours fait partie de ma vie. Elle appartient à ces figures mythiques de la pop-culture qui nous atteignent tous. À un moment ou à un autre. Qu’on le veuille ou non. Elle était dans How I met your mother, dans les playlists de nos soirées entre copines, sur les platines, en boucle, dans certains hauts lieux de mes premiers jobs… Elle traversa même singulièrement l’un des grands moments de ma vie, lorsque mon ex – la vodka aidant – me déclara sa flamme par le truchement de Hold it against me. Cette nuit-là, je rentrai en taxi pendue à son cou et, des années plus tard, nous élirions Criminal comme chanson officielle de notre couple. Plus cliché, tu meurs.

Mama, I’m in love with a criminal..

Mon histoire avec Britney est commune à toute une génération. Elle a toujours été là, si proche et si lointaine pourtant. Insaisissable créature de l’industrie musicale. Animée par des savants fous, une bête de cirque, une machine à dollars… Je m’en veux à présent. Ces commerciaux avaient bien compris que moi, la petite fille des années 90, j’aimais les jolies poupées Barbie. Ils m’ont tendu Britney comme un jouet. Je l’ai saisie et l’ai gardée, bien qu’elle m’ait un instant lassée. Sauf que derrière le miroir aux alouettes, la vie était beaucoup moins rutilante pour elle. Britney, la vraie. De chair et de sang. Et non de plastique et de paillettes. Un drame à ce point stéréotypé qu’elle l’aura chanté elle-même en 2000. « She’s so lucky, she’s a star, but she cry, cry, cry, in her lonely heart. »

Nous, le public, l’avons hissée à un tel degré d’adoration qu’elle n’a pas eu d’autre choix. Aussi, parce qu’elle n’a jamais connu que la scène. Et ce, dès l’enfance. Certains l’y ont poussée. Nous, nous avons applaudi. Nous ne pouvions pas savoir. Pas savoir qu’un jour, cette femme porterait un stérilet en elle contre son gré. Qu’on lui refuserait de s’offrir une tasse de café sans autorisation parentale à 35 ans passés. Qu’on la forcerait à chanter et à danser pour notre bon plaisir jusqu’à perpétuité. Britney, chère Britney, je suis désolée. Désolée d’avoir été de ceux qui ont involontairement appuyé ta tête sous l’eau… Il n’empêche que, malgré ta peine et ton fardeau, je suis heureuse que 2021 entende enfin résonner ta douleur. On n’a jamais offert cette chance à Judy Garland ou à Frances Farmer, qu’on laissa mourir sur les planches, de fatigue et de lassitude. Puisse Britney en réchapper et rejoindre les rangs des éternels de notre pop-culture.

#FreeBritney,

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