Je suis une Sally perdue sans Harry. C’est ainsi que je définirais ma vie sentimentale. Loin de croire que la vie de couple est un objectif en soi, je pense simplement qu’il me manque quelque chose… que cette ère moderne n’est plus en mesure de me donner.

Si vous me lisez depuis quelques temps déjà, vous n’êtes pas sans ignorer que je regarde Quand Harry rencontre Sally une fois l’an. D’abord, parce qu’on a tous le droit d’avoir une comédie romantique préférée. Ensuite, parce qu’à force de mater des films d’horreur, il m’arrive de régurgiter du sang et des entrailles. Non que je n’apprécie pas, mais je me dois de préserver quelque peu mon système digestif pour survivre. Quand Harry rencontre Sally, donc. Sans pot de glace, mais avec mon paquet de mouchoirs à proximité. J’en ai besoin. Parce qu’il me redonne de l’espoir. De l’espoir en l’idée que l’amour est toujours possible.

Quand harry rencontre sally

Dernièrement, j’ai posé ma joue sur les pecs musclés de Franck pour pleurer. Parce qu’un garçon que j’aimais bien ne m’a pas rappelée après une entrevue pourtant fort plaisante – n’y voyez aucun sous-entendu. J’ai reniflé dans son débardeur des Backstreet boys (oui), en lui demandant pourquoi personne ne m’aime.
« Mais si, moi, je t’aime !
– T’es plus pédé que tout l’ensemble du premier rang à un concert de Mylène Farmer, c’est pas pareil !
– Tu vois, cette répartie ? C’est pour ça que les gens te détestent. »

Touchée. Mais, bon… Je me demande bien si quelqu’un pourrait sincèrement m’aimer, si vraiment je dissimulais ma fâcheuse tendance à dire tout ce que je pense à voix haute. Il y aurait tromperie sur la marchandise. I’m a fab queen, mother of the house of no shame…

Harry, lui, aime tout chez Sally. Même son agaçante proportion à commander de manière psychorigide au restaurant. Une manie que je partage d’ailleurs. Je suis une chieuse avant même d’être végétarienne.
« Vous avez quoi en soft ?
– Coca, Fanta, Fuze tea, Sprite…
– Un truc qui n’appartient pas à The Coca-Cola Compagny ?
– Heuuu… Bhé, c’est-à-dire que…
– Laissez tomber ! Mettez-moi un Perrier rondelle.
– J’ai pas de citron. Je peux vous mettre du sirop ?
– Dans ce cas, non. Un Perrier simple s’il vous plaît. Sans glaçons dans le verre. Puis, je prendrais une salade vosgienne sans lardons. Avec la vinaigrette À PART. »

À vrai dire, je viens de comprendre pourquoi l’autre baltringue ne m’a pas rappelée. Mais bon, tant qu’à faire, autant que ça soit à mon goût. D’autant plus quand c’est moi qui paye (sic).

Il s’était quand même fadé de me dire : « T’es toute douce, t’as une jolie petite voix et t’es outrageusement sexy. » Certes. Mais ça dissimule un mauvais caractère. Du genre qui se taille au moindre faux-pas. En fait de ne pas me rappeler, il a simplement mis un temps incroyablement long à répondre à l’un de mes messages. Pour me balancer : « J’ai un truc à faire lundi avant de te voir. Du coup, je te préviens si je peux ou pas. » C’est ça, ouais, connard. Bloqué, supprimé. Ça dégage. Dieu merci, nous ne sommes plus à l’époque des répondeurs téléphoniques où le blocage était impossible. Si tel était le cas, je me taperais des tas de harceleurs qui multiplieraient les appels. Comme Harry, quand Sally s’efforçait désespérément de le ghoster. Décidément, j’ai tout d’elle. Les yeux bleus, les cheveux blonds, le métier de rédactrice, les solutions radicales. Sauf que je ne couche pas avec mon pote après m’être mouchée dans son T-shirt. Et que je n’ai pas le body de Meg Ryan dans les eighties – saleté de génétique.

Quand harry rencontre sally

Quelques jours plus tard, je séjournai à Lyon chez deux de mes plus proches amis. Arriva ce soir où j’avais déjà deux cocktails à mon actif, ainsi qu’un paquet de clopes dans les bronches – rhô, ça va, c’est les vacances. Légèrement éméchée, je leur dis : « Je ne crois plus en l’amour. Je crois que je finirais ma vie seule. » J’ai voulu ajouter que le dernier homme que j’ai aimé m’en avait donné la preuve par trois. Puisqu’il était bien mieux sans moi. Je me sentais comme Sally se sent après Joe. Je me mordis cependant l’intérieur de la joue à la vue de Bastien, qui parut attristé par mes paroles. Et Dylan d’enchaîner : « Ouais, c’est trop tard. » J’aurais pu mal le prendre, mais non. Je crois qu’il a raison. Dylan a toujours raison. Il met les pieds dans le plat, là où les autres n’osent pas les mettre. Et c’est, ma foi, parfois ce que nous avons besoin d’entendre. Non pas que je crois à ces conneries de la femme trentenaire qui aurait dépassé la date de péremption. Je pense simplement que j’ai déjà trop souvent perdu la partie. Or, je n’ai plus envie de jouer. Je suis fatiguée.

Il n’empêche qu’à la vue de Quand Harry rencontre Sally, il m’est advenu qu’en réalité, mon sens du romantisme n’est simplement plus au goût du jour. Je crois aux Harry. Ces mecs qui s’accrochent, parce qu’ils savent que les Sally en valent vraiment la peine. Qui coincent le pied dans la porte pour empêcher qu’elle se referme. Qui clament leurs sentiments en dernier recours. Ces mecs-là n’existent plus. Ils sont conditionnés dans une éthique où tout ceci pourrait les faire passer pour de dangereux « pervers narcissiques », puisque telle est l’expression consacrée. Or, moi, je veux ça. Je veux quelqu’un qui me rejoigne par surprise « pas parce que c’est la Saint-Sylvestre, pas parce que je suis seul.  Si je suis là, moi, ce soir, c’est parce que quand on se rend compte qu’on veut passer le reste de ses jours avec une femme, faut pas traîner les pieds, il faut se lancer aussitôt que possible. » Excessif et déraisonnable, peut-être. Nonobstant, je suis une personne excessive et déraisonnable. Et j’aimerais parfois que le poids que l’on fait peser aujourd’hui sur les relations pèse effectivement moins lourd. Que l’on s’abandonne, vraiment. Et qu’au lieu de se laisser s’échapper, on ose réellement se rattraper.

Par pitié, make love great again,

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