Je désigne par cet acronyme barbare mon étrange proportion à aimer le match, mais point du tout la conversation censée s’en suivre. En effet, la communication par écrit m’épuise.

J’ai beau en dire du mal, à chaque fois, je replonge dans le piège des applications de rencontres. Dès mon retour à Lyon, j’ai ouvert Tinder comme un catalogue infini sur lequel j’ai swipé de manière compulsive. Il faut dire qu’à Metz, j’avais vite fait le tour des trois pelés quatre tondus du coin. Et on ne pouvait pas dire qu’ils étaient forcément très engageants. En réalité, les beaux gosses y avaient tous migrés pendant le confinement. Puis, une fois leur liberté retrouvée, ils ont fui, nous laissant entre trumeaux dégénérés.

De retour à Lyon, j’ai donc frénétiquement swipé à n’en plus pouvoir. Pendant des heures devant la télé. Et, à vrai dire, je n’en trouvais aucun de spécialement alléchant. Tinder m’a paru comme un trombinoscope d’inconnus sans grand intérêt. Je m’amusais plutôt à chercher les pires cas décérébrés, pour les montrer aux poteaux en riant grassement. Alors oui, je sais, c’est méchant – mais bon, je suis sûre que lorsque certains tombent sur mon anneau dans le pif et mes nœuds coordonnés dans les cheveux, ils ne se privent pas de se marrer. On est toujours l’idiot de quelqu’un : sachez-le. Aussi, accepter le jeu des réseaux sociaux et des applis, c’est savoir mettre un filtre sur les possibles agressions extérieures. Avec le temps, on apprend à n’en avoir plus rien à foutre. Vous verrez.

Aussi, j’ai trouvé les conversations passablement ennuyeuses sur l’application des cœurs désespérés.
« T’habites où ?
Dans le neuvième.
Ha ouais, cool ! »
Rien de franchement bien passionnant. À de rares occasions, j’eus de plaisants échanges avec la gente masculine. Dans de longs messages réellement intéressants. Sur le cinéma, la musique et la vie qui s’écoule. Puis, d’un coup d’un seul, je n’obtenais plus de réponse. C’est ainsi lorsqu’on est une cérébrale. On met trop de temps à passer aux choses sérieuses. Le mâle moyen passe vite à la prochaine s’il croise plus concret.

Mon cas est sérieux au point que je ne sais pas pianoter sur mon téléphone et bavarder gaiement à qui mieux-mieux. Non, je réfléchis longuement à ma missive. Puis, quand vient le soir, je m’installe à mon épître munie de ma plume et je compose ma réponse avec soin. Organisée en ordre de pensées. Je flirte façon Choderlos dans Sex intentions Les Liaisons dangereuses. En somme, j’ai des relations très épistolaires. Or, le fait est que le chaland, sur Tinder, il ne pige pas grand chose au délire Valmont-Merteuil. Et je reçois, par dizaines, ces messages ô combien agaçants… « Je vois que je ne t’intéresse pas » ; « Tu comptes répondre un jour ? » ; « T’es encore sur l’appli ou tu m’as ghosté ? » ; « Ohé, y’a quelqu’un ?! » ; « Tu auras mon suicide sur la conscience, sale pute. » J’exagère à peine.

Les personnes promptes à se plaindre de mes délais de réponse m’horripilent. Tant et si bien que, pour être sûre d’avoir la paix, je supprime le match. Or, voyez-vous, chez certains, ce geste n’est pas un obstacle. Si vous saviez le nombre de mecs qui, du coup, ne voient absolument aucun problème à me stalker et à m’écrire sur Instagram ou par le biais de mon blog… Vous en auriez le tournis. De plus, je suis absolument certaine que leurs intentions ne sont pas mauvaises : ils ne se rendent réellement pas compte du degré de gêne que cela suscite. À se demander si les discours sur les différentes formes de consentement que l’on rabâche depuis dix ans ne sont pas prononcés dans le vide. Le pire étant qu’ils essaient de capter mon attention en commentant à peu près tout et n’importe quoi. Exemple : photo d’un roman. Réponse : « Mais ça doit faire trop peur ton bouquin de Stephen King, troulouloulou… » Mon Dieu, achevez-moi.

Bref, je suis lasse et, dans le fond, les relations épistolaires finissent toutes par m’épuiser. Je passe ma vie à écrire. Dans mon travail, sur mon blog, pour mes chroniques ciné. Bien sûr que l’écriture tient une place centrale dans ma vie. Nonobstant, si mon mode de fonctionnement me pousse à réécrire les lettres d’amour des grands hommes à chaque match, clairement, je vais y laisser la santé. D’autant que si l’enjeu ne se constitue que de quelques coups de reins moites et d’au revoir gênés au terme du coït, je possède quelques accessoires qui sauront bien mieux me satisfaire. J’ai revu mes critères à la hausse, le tarif de l’intellect s’élève désormais bien plus cher. J’ai donc déconnecté Tinder et ai attrapé un livre sur le bord de ma table de nuit. Extinction des feux. Malheureusement, impossible de dormir. Et c’est en me retournant dans mon lit que j’ai découvert Bumble.

Bumble repose sur une tagline : « Ici, les femmes font le premier pas. » Pour faire simple, l’application fonctionne exactement comme Tinder, sauf qu’en cas de match, les hommes ne peuvent pas écrire aux femmes. Elles doivent faire le premier pas pour débloquer la conversation. Or, à bien y réfléchir, ce qui m’enthousiasmait sur Tinder, ce qui créait réellement ce swipe frénétique, c’était la perspective de récolter un maximum de matches. Voir « It’s a match ! » s’afficher sur mon téléphone était pour moi aussi jouissif que de remplir une ligne au Tetris. Le reste, en vrai, je m’en fous. Je n’ai strictement aucune envie de tailler une bavette. Je sais à quels types d’hommes je plais et je joue à vérifier ma théorie. Je gagne si ça match. Généralement, je me trompe rarement. Sur Bumble, je multiplie les matches, mais ne discute jamais. Pendant que certains s’éclatent à Candy Crush, moi, je parie sur qui pourrait avoir envie de me tringler. Je suis l’ambassadrice du TBMA, Tinder Bumble Match Addict. Voyez ça comme un nouveau trouble de l’ère moderne.

Oh my fucking go ! It’s a match !

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