Qui n’a jamais vécu un retard de règles ? Qui n’a jamais eu d’insomnie, la nuit, à s’imaginer porter l’enfant d’un coup d’un soir… que l’on aurait franchement préféré oublier ? Sincèrement, je pense que bien peu peuvent témoigner du contraire.

Dans la vie de toute femme normalement constituée, je crois qu’il est déjà survenu cet enchaînement. Baise sauvage sur un futon. Retard de règles. Et donc, pisser sur un bâton. Personnellement, la chose m’arrive régulièrement. Même sous pilule, même en couple avec le même bonhomme depuis belle lurette, je parviens à sentir monter l’excès de panique. De ce fait, j’ai uriné sur tellement de bandelettes ouatées que je pourrais aisément vous fournir une étude comparative complète de tous les tests de grossesse sur le marché. D’ailleurs, si vous voulez mon avis, le Mercurochrome n’est franchement pas cher et il fait bien le taff.

Dernièrement, j’ai paniqué deux fois. La première, je venais de me crever le cœur en m’extirpant de force d’une relation malsaine qui m’empêchait d’avancer. Pour faire simple, j’étais dingue de lui, lui pas. J’ai donc fait en sorte de pouvoir m’enfuir à 500 km en m’assurant qu’il ne lui subsiste plus aucun moyen de me contacter. Et, peu de temps après cet épilogue, j’ai eu du retard. J’ai cogité dans tous les sens. J’avais peur. Et si j’étais bel et bien enceinte ? Quoi qu’il advienne, il était clair dans mon esprit que cet enfant ne verrait jamais le jour. Nonobstant, je me suis posée une autre question. Que jamais, lors de mes précédentes crises de panique, je ne m’étais posée. « Même si j’avorte… Est-ce que je ne devrais pas le prévenir ? »

Après tout, cette cellule possiblement en voie de développement dans mon ventre, elle lui appartenait aussi. Peut-être que je lui devais cette vérité. Pourtant, on dit bien : « Mon corps, mes choix. » Un adage auquel j’adhère sans concessions. Nonobstant, je ne sais pas. Si ça avait été lui, mon cœur aurait saigné de garder le silence. Et ce, alors même qu’il m’est inenvisageable de souffrir une grossesse et un accouchement – jamais, never, nie und immer. Je crois qu’en réalité, j’essayais de trouver une excuse viable pour renouer le contact. Or, il n’y avait plus rien à sauver. Puis, étrangement, quand mes règles sont réapparues, j’ai pleuré. Parce qu’il n’y avait effectivement plus rien à sauver. Mais aussi – et ça, je ne m’y attendais pas non plus – parce qu’un enfant de lui ne m’aurait pas déplu.

Ne vous méprenez pas, ceci ne remet absolument pas en cause mon raisonnement : si petit locataire il y avait eu, petit locataire aurait disparu. Seulement, et j’imagine que c’est une affaire d’hormones et/ou d’horloge biologique, mais pour la première fois de ma vie, j’ai trouvé qu’un homme aurait pu constituer un père digne de ce nom. Il était beau, intelligent, responsable. Diplomate aussi, capable de reconnaître ses torts. Et ce, malgré quelques démons et perversions que, ma foi, j’aurais était bien mal placée de dénigrer. J’étais sincèrement amoureuse, peut-être même que je le suis encore – et conséquemment, aveuglément. Quoi qu’il en soit, il me manque toujours et je peine encore aujourd’hui à combler le vide qu’il m’a laissée.

Blessée et triste donc, je me suis affairée à chasser le mâle. J’ai ainsi eu une vague amourette estivale. Sur le papier, le type avait tout pour plaire. Beau gosse, tatoué, un peu cultivé, avec de la conversation. Sauf qu’à y regarder de plus près, c’était un gros con. Beauf, bête comme ses pieds, avec cette méchanceté passive-agressive caractéristique du fumeur de weed. Adepte de la musculation, il passait son temps à admirer ses biceps dans le miroir. Au lendemain du soir d’errance, j’ai cru mourir de honte. À l’observer se mouvoir avec son air goguenard et à l’entendre parler avec son ton de bouseux campagnard, j’eus l’impression d’avoir chu d’une suite impériale au Ritz pour atterrir dans un hôtel Formule 1 au bord du périph’. L’angoisse.

Là encore, je me suis enfuie. Par le premier bus, à 5 heures du matin. Complètement dégoûtée par la gente masculine. D’autant qu’est survenue une scène qui aura achevé de me révulser. Dans la soirée, une « amie » de cet ignoble personnage s’est présentée à la porte, à l’improviste. Elle avait à peine 19 ans. Lui, 31. Or, il affichait une envie fort libidineuse et infecte de la culbuter contre le mur. Je ne m’exprime pas par jalousie, ni de façon hypocrite. Car, en effet, j’ai eu, plus jeune, une appétence pour les hommes plus âgés. Je m’exprime par dégoût sincère. Parce que la discussion qui s’en est suivi m’a réellement donné envie de vomir. Il balançait des phrases comme : « J’aime les jeunes, genre 18-19 ans », avec un sourire malsain, une attitude pulsionnelle et des expressions du type : « Rien ne vaut la chair fraîche. » Un prédateur d’autant plus dangereux que sa faiblesse intellectuelle ne le dispensait pas d’une certaine intelligence.

Car, je dois l’avouer, je me suis laissée embobiner. Il était charmant en tout point avec moi, jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il voulait. Puis, il s’est brusquement transformé en un être rustre et agressif. Méchant est un terme simplet, mais néanmoins celui qui lui sied le mieux. Si j’avais eu le permis, je serais partie sans attendre le petit matin. Cet événement m’a profondément désespérée. J’ai perdu trop de temps à m’accrocher aux mauvais garçons. Maintenant que la trentaine approche, il ne subsiste que des cas pathologiques parmi les hommes célibataires. Bien sûr que le bonheur conjugal n’est pas un objectif en soi, mais parfois, j’ai envie qu’on m’aime et qu’on m’offre une relation saine et épanouissante. Peut-être que l’univers veut m’indiquer que je n’y suis pas destinée, tout simplement.

Quand mes règles ont à nouveau eu du retard plus d’un mois plus tard, la panique a été totale. Avant même d’envisager un test, j’ai tapé : « Prendre un rendez-vous IVG » sur Google. L’idée que ce type ait pu féconder quoi que ce soit dans mon corps me dégoûtait au plus haut point. Pour tout vous dire, il me répugne tellement que j’ai préféré oublier jusqu’à son prénom. La fois précédente, j’avais attendu que les menstruations se pointent, nourrissant cet espoir imbécile d’avoir un prétexte suffisamment important pour lever mes propres remparts. Là, j’ai couru acheter un test en pharmacie. Je n’ai même pas envisagé de l’appeler « si jamais ». Non, hors de question. Même s’il m’avait inséminé une portée de Dalmatiens mutants, il n’en aurait jamais rien su. Et j’insiste sur le « jamais ».

J’ai donc pissé sur un bâton. Même s’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter, puisqu’aucun risque n’avait été pris. « Pas enceinte. » Oh mon Dieu… Jésus, Allah, Yahveh, merci du fond du cœur ! J’aurais préféré mourir noyée plutôt que de porter la progéniture de ce bovin stupide et libidineux. M’est alors venue une conclusion inattendue. Bien que la perspective d’une grossesse ne m’enchante pas le moins du monde, j’ai de l’égard pour l’embryon… en fonction de son possible père. Je comprends mieux désormais ce poncif éculé de l’enfant envisagé comme la concrétisation d’une histoire d’amour. Faut-il pour autant à tout prix se reproduire ? Certainement pas. Nonobstant, face au risque : pour ma part, c’en est fini des coups d’un soir.

Sortez couverts,

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