J’ai toujours été une weirdo. Je m’y suis faite et je le revendique. Cependant, mon grain de folie n’est pas toujours évident à assumer – bien qu’il me caractérise.

J’ai une grande gueule. Je parle trop fort, trop durement, trop vite. J’aime les vieux films d’horreur, les chansons de Cher et je suis très étrangement fan de Mariah Carey. Je ne passe pas inaperçue. Et, je le sais, c’est à la fois ma plus grande qualité et mon plus grand défaut. Je n’ai jamais su être discrète, me faire toute petite et ne rien dire. Je n’y peux rien : arrive toujours un moment où je lâche le Kraken. Avec les hommes, c’est pire. Je balance tout, tout de suite. Pour être débarrassée. Ils prennent leurs jambes à leurs cous, complètement flippés.

En mon for intérieur, je suis très fière d’être comme je suis. Je reconnais que je suis une meuf bizarre. Que je ne plairais jamais à tout monde. Qu’il faut du temps pour apprendre à m’apprécier. Je le vis mieux que lorsque j’étais adolescente. On ne change pas, jamais. J’ai appris à m’accepter. Sauf que, parfois, je perds pied. J’ai cette sensation d’être intrinsèquement inadaptée et de ne pas pouvoir m’inclure dans cette réalité sociale. D’où peut-être mon agaçante proportion à finir par m’enfuir quoi qu’il arrive.

La plus grande crainte de toute mon existence, c’est de devenir une marginale. Vous savez, de ces gens qui parlent tous seuls dans la rue et qui ne sentent pas toujours très bons. Ceux dont on évite le brouillard de folie qui traverse le regard. Parce qu’il m’arrive régulièrement, pour certains, de voir justement la brume se dissiper. L’autre jour dans le métro, c’était un homme confus qui dansait sous les regards médusés des autres passagers. Il hurlait : « Camel, c’est d’la bombe, les jeunes ! » Camel est un groupe de rock progressif fondé en 1971, influence majeure de la pop funk des années 80. C’est le genre d’informations que je connais. Mais que je ne partage avec personne. Parce que bien trop obscures.

Car, voyez-vous, j’ai beau tenir entre mes mains une certaine culture, je ne sais trop qu’en faire. Je suis relou à la dispenser à qui ne veut pas l’entendre. Je suis bête aux yeux de ceux dont le savoir dépasse mon propre survol. Je suis seule dans mon océan de valeurs. Je m’ennuie partout, dans le fond. Ajoutez à cela mon incapacité à ne pas me faire remarquer… La marginalité paraît un avenir fort envisageable. Ce fut longtemps ce qui éveillait mes pulsions suicidaires. J’ai un cafard semblable à celui de Teri Moïse, qui s’est tuée par trop d’ennui. Sauf à son contraire, je ne jouis pas d’un intellect florissant. Ou je souffre d’un syndrome de l’imposteur – un peu des deux, j’imagine.

Je suis bizarre. Je sais. J’ai toujours su. Je crois d’ailleurs que la seule personne à m’avoir toujours fondamentalement comprise est lui-même devenu un marginal. Quand on s’est perdus, il subsistait encore de l’espoir pour moi. Plus pour lui. Il y a maintenant près d’une semaine, je suis allée faire une manucure dans notre ancien quartier. Je l’ai vu. Je sais qu’il m’a vue. Il a fui. Il avait repris tout le poids qu’il avait perdu. Il avait une longue barbe grisonnante. Il ne sentait pas très bon. Il rappait des verses aléatoires de Grandmaster flash – c’est ce qui m’a mis la puce à l’oreille.

Il était bizarre. Je sais. J’ai toujours su. Il parlait trop fort, trop durement, trop vite. Il aimait les vieux films érotiques, les chansons de Serge Gainsbourg et était très étrangement amoureux de cette jeune idiote, fan de Mariah Carey. Partout où il allait, on ne voyait que lui. C’était mon pendant masculin. On se ressemblait d’une manière effarante. On s’est couru après, longtemps. Et puis, quelque chose l’a rattrapé. C’était tapis dans l’ombre, loin derrière. Ça s’est abattu sur lui et c’en était fini. Peut-être est-ce ce qui me guette. Je l’ignore. Nonobstant, je m’accroche. Et peut-être que finirais saine.

Put some dollars on me,

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