Freaking horror fan 2/2 : Teenage frankenstein

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De mon enfance passée à rêvasser devant Sabrina l’apprentie sorcière, j’ai lentement basculé, à l’adolescence, vers le camp de Crystal Lake. Et ce, jusqu’à me révéler complètement en temps que passionnée à l’âge adulte.

Ainsi donc, j’ai passé une grande partie de mon enfance à mater les Contes de la crypte et à lire des romans Chair de poule. Cependant, j’ai toujours eu tendance à naviguer entre deux eaux… On me qualifie volontiers de « Spooky queer » – comprenez-là que je raffole autant de l’épouvante que des licornes roses à paillettes. Mon enfance a donc été un assortiment de Barbie, de Petits poneys et de tournées de Lorie, agrémentés de quelques Mona le vampire, Sorcière de la rue Mouffetard et autres Addams Family.

Oh. La Famille Addams… J’aime éperdument Gomez, Morticia, Pugsley et Mercredi. L’un des hauts faits de mon adolescence fut d’ailleurs de m’être pointée à une soirée déguisée habillée en Carolyn Jones, interprète de la morbide mère de famille dans la série télé des sixties. À 16 ans, j’étais déjà exaspérante à ce point… Mon copain de l’époque, qui aurait certainement accepté de sauter six étages pour moi de toute façon, m’avait suivie dans mon délire – en Gomez Addams vintage – sans trop comprendre ce qu’il faisait.

Punkette en diable

Car oui, j’étais de ces adolescentes qui traversent « une phase gothique ». Du moins, dans mon cas, je n’aime pas tellement ce terme de « phase ». Car, si j’ai fini par accepter mon côté queer, je n’en reste pas moins spooky pour autant. Quoi qu’il en soit, à mon adolescence, c’est la part de darkness navrante en moi que j’ai choisi d’embrasser pleinement. Je portais des couettes noires-à-reflets-bleus, des Doc Marten’s, un anneau dans le nez et des collants résilles.

La base

Je n’ai pas tellement changé, si ce n’est que mes cheveux sont désormais violets et que je n’ose plus porter de corsets mal taillés et informes pour aller au lycée – je ne vais plus au lycée d’ailleurs. Je possède aussi beaucoup moins de bracelets cloutés. Dieu merci. Vous vous en doutez, c’est à l’âge bête que l’épouvante a commencé à me fasciner de manière plus concrète. Déjà avant Twilight, je raffolais des vampires et j’avais dévoré de nombreux Anne Rice – qui influèrent beaucoup sur mes premiers émois sexuels, d’ailleurs.

Cavalier sans tête et buveurs de sang

Et puis, arriva un jour où, comme toutes les gothi-poufs de ma génération, j’ai découvert Tim Burton. Aujourd’hui encore, je nourris un amour sincère pour les premières œuvres du cinéaste à rayures. Vous seriez d’ailleurs surpris d’apprendre que je voue un culte beaucoup plus grand à Sleepy Hollow qu’à Beetlejuice. De même que j’aime profondément Sweeney Todd. J’étais, en ce temps-là, atteinte de gothisme victorien – et mon côté queer a toujours aimé les comédies musicales… De là, j’ai rapidement basculé vers le film de vampires. Il y a une logique convexe à cela, vous en conviendrez.

J’ai téléchargé des kilomètres et des kilomètres de titres, allant d’Entretien avec un vampire (forcément) au Dracula de Coppola, en passant par des hecto tonnes de merdouilles de la Hammer, comme La Légende des 7 vampires d’or. Jusqu’à ce soir fatidique où je suis tombée par hasard sur Une nuit en Enfer de Robert Rodriguez. Par hasard. On ne m’avait jamais spoilé la fin. Et j’ai trouvé ça… TELLEMENT COOL. Dès lors, mes recherches tendirent toutes vers un objectif unique : retrouver le même frisson et le même sursaut.

Blair Witch Impact

Je me souviens très bien de mon premier film d’horreur. Mes parents avait banni le genre de la maison – je n’ai donc pu le voir que tardivement. Ainsi donc, j’étais déjà au collège quand, seule un soir d’orage, dans le noir complet, Chivas roulé en boule contre mon cœur… J’ai découvert Le Projet Blair Witch. Grandiose. Absolument grandiose. J’ai eu tellement peur que je suis restée accrochée à mon petit chien sur le canapé toute la nuit, incapable de bouger. Le noir du couloir me terrifiait. Dans le même temps, j’étais fascinée.

Dès le lendemain, j’ai ramassé des petites branches mortes pendant la promenade du chien, afin de reproduire le stickman du film. Pour votre information d’ailleurs, dans la mythologie Blair witch, cette poupée de bois est appelée « Twana » et sert à l’accomplissement de rites de magie noire païens et impies. Oui, j’ai vrillé : je suis ultra fan et j’ai même une tendresse pour le deuxième film, passablement merdique. En grande partie à cause du personnage de Kim Diamond. Encore un truc générationnel.

BitTorrent génération

Après le choc Blair Witch, j’ai commencé à rattraper, autant que je le pouvais, le maximum de classiques disponibles. Or, je vous parle là de temps immémoriaux où la connexion ADSL de la chambre du fond, chez mes parents, ne permettait pas encore de streamer, ni même de télécharger à grande vitesse. J’écumais les forums pour trouver des liens de téléchargement en torrent et mettais parfois deux jours à obtenir mon film – quand les sources n’étaient pas mortes.

J’ai construit ma cinéphilie ainsi. À me faire happer par hasard par le charme nippon de Ringu et arnaquée par le titre trompeur de Gothika. Seulement, mes ressources avaient leurs limites. Je me souviens être parvenue à voir Halloween de John Carpenter et d’en être sortie lessivée, presque en larmes devant la force du truc. En revanche, je fis longtemps chou blanc dans ma quête des Freddy, Massacre à la tronçonneuse et autres Vendredi 13.

What would Buffy do ?

En réalité, mon adolescence s’est surtout passée en compagnie de Buffy. La série était déjà ancienne quand j’ai entrepris mon marathon intégral. J’en gardais alors un souvenir doux-amer. En primaire, j’ai été, un temps, gardée entre midi et deux par la mère d’une camarade de classe. Au début, j’étais ravie. Puis, cette personne est devenue peu à peu tyrannique.

La base (bis)

Si bien que la seule chose à laquelle j’avais droit, le lundi, c’était de regarder l’épisode de Buffy enregistré le week-end. Sur une chaise, sans parler, parce que j’étais, à l’entendre, « trop sale » pour le canapé – j’ignore pourquoi. C’était mon seul instant de plaisir et cette série fut à nouveau ma planche de salut lors d’une grave dépression au cours de ma dernière année de lycée.

All of the boogeymen…

Ce n’est qu’une fois arrivée à ma deuxième année d’études que j’ai pu trouver un terrain de jeu presque illimité. À l’époque, je fréquentais un mec plutôt du genre vaurien, toujours dans les bons plans et rarement légaux. Le voyou était parvenu à m’obtenir… un compte DPstream. Le Saint-Graal de ces temps troublés. Connectée au Wi-Fi de ma résidence étudiante, je galérais à remplir à bloc la petite barre de bande passante sous les vidéos – seul moyen de visionner un film sans saccades. Mais j’étais aux anges.

Ils étaient tous là… J’ai vu tous les Scream, tous les Freddy, tout ce qui se raccroche de près ou de loin à la franchise Massacre à la tronçonneuse. Tout le cycle des morts-vivants de Romero. Aussi, et je dus surnager un Enfer de médiocrité, l’intégralité de la saga Halloween : je les ai tous vus. À ceux-ci, on peut encore additionner les très fades Souviens-toi l’été dernier et Urban Legends. J’ai absolument tout rattrapé. Parfois pendant des nuits entières, jusqu’à 6 heures du matin. Il fallait absolument que je vois tout ce que je crevais d’envie de voir depuis l’adolescence.

Nouveaux horizons

C’est quand le filon des titres revenant à ma mémoire s’est épuisé que je suis partie en quête de l’inconnu. Je n’avais pas trop d’argent. Or, j’avais la chance de vivre à Lyon, où les magasins d’occasion foisonnent. Autour de la place des Terreaux, notamment. Je me penchais sur les bacs horreur, ma jupette inspirant très certainement les vendeurs. Quelques uns sont devenus mes éclaireurs. Notamment celui du bout de la rue Lanterne. « Hey, chuis tout l’temps en train d’approvisionner ce bac à cause de toi… T’es insatiable, bordel ! Qu’est-ce que t’as donc pas déjà vu ? » Une complicité est née ce jour-là.

D’autant que c’est ce type, je me souviens, qui m’a mis Maniac de Lustig entre les mains. Le lendemain, j’ai foncé à la boutique après les cours pour lui dire qu’il avait changé ma vie. Je garde aussi en mémoire ce vendeur de la Fnac Bellecour, avec qui j’ai discuté une paire de fois pendant près d’une heure – particulièrement à propos de Freddy 3. Il m’a vendu un magnifique coffret de Massacre à la tronçonneuse que je garde toujours sur mon étagère. C’est ce garçon qui m’a notamment recommandé… Evil Dead. J’aimais déjà énormément Bruce Campbell, pour Brisco County Jr, Moontrap et Bubba Ho-tep, mais – honte à moi – je n’avais jamais vu Evil Dead.

Autant vous dire que je me suis pris l’une des plus grosses claques de toute ma jeune vie. C’était proprement incroyable. J’ai enchaîné les trois sur un site de streaming en une seule nuit. J’ai tout et rien compris à la fois. J’ai revu Evil Dead 2 en boucle en ouvrant des yeux ronds de stupéfaction, en prenant des notes, en observant les mouvements de caméra, la stock motion, chacune des mimiques de Ash Williams. Je crois que depuis, je n’ai plus changé de film préféré. J’ai aussitôt acheté les trois épisodes en vidéo et l’affiche de L’Armée des ténèbres, me mettant ainsi salement à découvert. Tout ça, pour l’amour de Bruce Campbell.

Scream Queen

Malgré cet attrait décidément marqué pour le genre, j’ai mis longtemps à me rendre compte qu’il s’agissait de ma passion première. Ma mère elle-même, pourtant loin de partager cet amour pour l’épouvante, me l’a révélé au cours d’une discussion banale. Nous parlions de la dernière adaptation de Chair de poule au cinéma, quand elle a admis : « Ça ne t’ait jamais passé. T’as toujours eu une obsession pour les monstres et les trucs qui font peur. Tu as eu plein de phases mais, dans le fond, ça… Ça te reste. » C’est à ces mots que j’ai compris que mes histoires de goules sont, certainement, cette petite chose qui m’a toujours accompagnée au cours de ma vie. Quoi que je fasse, où que j’aille.

De même, je m’aperçois qu’inconsciemment, dans mes chroniques pour le Blog du cinéma, je me suis foncièrement spécialisée dans l’horreur. Je ne l’avais pas forcément prévu. Je n’y suis pas tenue d’ailleurs, mais je le fais le plus naturellement du monde. J’aime le cinéma tout entier et je ne me prive pas de voguer vers d’autres rivages. Cependant, je reviens toujours en terre connue. Parmi les goules et les vampires. Il m’aura fallu 30 ans pour me révéler entièrement. Et je souhaite à tout le monde de trouver ainsi sa raison d’être.

Merveilleux Halloween à tous,

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