Parker Lewis ne perd jamais

Parker Lewis ne perd (vraiment) jamais

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Parker Lewis can’t lose et, effectivement, il n’a jamais perdu. S’il a toujours su gagner mon cœur, la série est aussi un monument de la pop-culture d’une influence insoupçonnée.

Je suis fille unique. Mes parents n’assument pas tellement, mais s’ils ont tout fait pour m’offrir la meilleure des éducations, il n’empêche que, des fois, la télé, c’était quand même bien pratique. Je restais, par exemple, souvent seule au salon, lorsque ma mère – alors jeune professeur – devait s’occuper de corriger des copies dans son bureau durant plusieurs heures d’affilées. Et, dans notre duplex de la banlieue messine, il m’arrivait souvent de l’entendre dire : « Oh, regarde ! Il y a Parker Lewis… » avant de filer à l’anglaise.

Parfum d’enfance

J’adorais Parker Lewis. J’ai passé des heures, petite, à regarder les multiples rediffusions de la série sur Canal J. Toujours une Barbie sur le cœur, enroulée dans une couverture par terre. Non pas que je n’avais pas droit au canapé. Juste, j’aimais m’installer sur le tapis dans un vieux sac de couchage bleu marine à la doublure orange fluo – du meilleur goût des années 90. Et je m’imaginais, lycéenne, à vivre des aventures comme Parker, Mikey et Jerry.

Bon, OK : vu comme ça, ça a l’air atrocement niais.

Personne ne m’avait prévenue, qu’en réalité, ni le collège, ni le lycée s’apparentait aux histoires de synchronisations des montres, de radios pirates dans les casiers et de gros bras à la Kubiac présentés dans la série. Il n’empêche que j’ai longtemps voulu y croire et que j’ai fomenté cet espoir jusqu’en seconde. Où je n’ai peut-être que tardivement perdu mon insouciance. Quoi qu’il en soit, cette simple série sur le vécu d’une banale bande de lycéens a eu un impact particulier sur ma vie et sur ma réception de certaines œuvres culturelles.

Influence réelle

Parker Lewis, c’est d’abord un héritage. Celui de John Hughes et de La Folle journée de Ferris Bueller. En effet, la série a été lancée pour détourner l’attention de la sitcom officielle du film diffusée sur un réseau concurrent. Et elle garde en elle ce grain de folie, cette ingéniosité insolente avec laquelle le jeune protagoniste se sort de tous les mauvais pas. Il a toujours un coup d’avance. Et ce, de la manière la plus improbable qui soit. Plus tard, lorsque je découvris l’œuvre de Hughes, j’eus l’impression de pénétrer un univers familier, qui me parut d’une clarté limpide. Parker Lewis ne perd jamais m’a permis cette approche. Et plus encore.

Toute ressemblance est fortuite (non)

Aux frivolités pourtant subtiles de John Hughes, la série ajoute des inserts cartoonesques. Les poches de Jerry le geek ont une contenance infinie, Kubiak le balèze fait trembler les murs à chacun de ses pas, la principale Musso brise les vitres par un puissant running-gag. Une folie que beaucoup ont reproduit par la suite. Ally McBeal, Scrubs et Brooklyn 9-9 ont de qui tenir. Et leurs showrunners en ont pleinement conscience. Parker Lewis ne perd jamais fut effectivement un laboratoire. Une expérimentation riche de créativité d’une modernité remarquable pour son époque.

Retrouvailles

D’autant plus remarquable que, quelques années plus tard, je retrouvais cette sitcom chère à mon cœur presque indemne sur une chaîne du satellite. Au début des années 2000, Filles TV recyclaient et passaient en boucle d’anciens feuilletons à longueur de journée. Je m’infligeais donc des heures entières d’Hélène et les garçons pour ne pas rater un épisode inopiné de Parker Lewis. Bien sûr, les fringues, le phrasé, les références culturelles avaient fortement vieilli. Néanmoins, la série était bel et bien indemne. Toujours drôle, toujours savoureuse et incroyablement moderne.

Nan mais, rien que ces angles de caméraaaa, c’est ouf pour la télé de l’époque (OK, boomer)

Je lui trouvais davantage de rides lorsqu’étudiante, je redécouvris l’intégralité des épisodes sur un site de streaming illégal. Cette fois, Parker Lewis accusait bien plus le poids des années. La sitcom pouvait désormais ne paraître charmante qu’aux enfants de ma génération. Le père de Parker dirige un vidéo-club. Jerry excelle au codage sur des ordinateurs d’un autre âge. De même que nombre d’épisodes reposent sur un florilège de gadgets technologiques désormais bien risibles. La dernière saison, elle aussi, témoigne d’un manque d’inspiration flagrant. Ainsi donc, l’émulsion des premiers succès était passée. Le laboratoire avait achevé ses expérimentations. Il était temps de baisser le rideau.

Gloire passée ?

Et pourtant, pourtant… L’alchimie fonctionne. Aujourd’hui encore. Ce n’est pas tant de la nostalgie, cela tient aussi du constat. Parker Lewis ne perd jamais peut paraître bien désuète, il n’empêche qu’elle est importante. Plus importante qu’on ne se l’imagine. Elle instaure des codes, certes parfois usés jusqu’à la corde, mais en leur temps inédits. J’ose affirmer que Parker Lewis a établi des ressorts comiques et scénaristiques que nous avons désormais intégrés comme des canons de la série humoristique. Elle ne fut peut-être pas tout à fait la première à y recourir. Néanmoins, elle compte comme l’une de celles à avoir fait basculer la sitcom dans l’ère moderne.

Elle a, de plus, su capter la tendance de son époque. J’en tiens pour preuve le gag du générique d’ouverture. De l’intérieur d’un frigo, d’un photomaton, d’un casier… Des éléments hors champs viennent interférer avec le personnage face caméra, en plan fixe. Le tout, millimétré, au rythme de la musique. Génial. Toujours la même recette, qu’on attendait à chaque début d’épisode. Et, très étrangement, au même moment, sans rapport de cause à effet, apparaissait le couch gag de l’introduction des Simpson. Quelque chose est effectivement né en ces temps reculés. Parker Lewis en a éminemment fait partie. D’autant plus qu’elle résonne toujours comme une référence.

En 2016, un coffret DVD de l’intégralité de la série est enfin paru en version française. Je ne l’ai, bizarrement, jamais acheté. Je n’avais pas assez d’argent ce mois-ci ou je l’avais simplement oublié. Et je pense que j’ai profondément tort. Parker Lewis ne perd jamais s’est perdue dans les méandres de la mémoire collective. Il faut s’y attacher et investir 40 euros dans son souvenir pour qu’il perdure. Elle le mérite. Autant que Buffy ou X-files. On se moquera de moi pour son caractère daté et désuet… Mais le mois prochain, je placerai quelques billes dans ce que les années 90 ont eu de meilleur à m’offrir.

Synchronisation des montres,

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