J’ai peur qu’à voir trop de films, je n’ai un jour plus rien de consistant à me mettre sous la dent. C’est pourquoi je pense que procrastiner dans l’avancement de ma to-watch list est davantage une vertu qu’une tare.

Dernièrement, on m’a demandé ce que j’entendais par « cinéphile ». J’avoue ne pas être réellement capable de répondre à cette question. J’ai tendance à considérer comme « cinéphile » toute personne qui engrange une culture autour de la question. Qui nourrit une curiosité vis-à-vis des techniques cinématographiques ou qui essaye simplement de voir « au-delà » du simple divertissement. Je considère donc comme « démarche cinéphile » le simple fait de vouloir jeter un œil à la filmographie d’un réalisateur. Parce que cette envie implique d’avoir capté le concept de politiques des auteurs – même inconsciemment, même sommairement.

Cinéphagie

Toutefois, je ne suis qu’une amatrice. Je n’ai pas la prétention d’être en capacité de définir des notions qui me dépassent. Cependant, je ressens une pointe d’amertume lorsque l’on confond la définition de « cinéphile » avec celle de « cinéphage ». Car, si elles sont étroitement liées, personnellement, je considère que l’une n’implique pas nécessairement l’autre. Rien ne m’horripile plus que d’entendre : « T’as pas vu ‘2001 : L’Odyssée de l’espace’ et tu te prétends cinéphile ? » Non, je n’ai pas vu 2001 et je t’emmerde. Parce que j’ai de bonnes raisons. Kubrick a pensé son œuvre pour le grand écran et tant que je n’aurais pas l’occasion de la voir sur grand écran, je ne verrais pas 2001.

Parce que je pense qu’il existe des moments pour voir les films et des films à laisser mûrir. Et je ne me crois pas cinéphile dans l’absolu. Plutôt amatrice éclairée du genre horrifique, disons. D’ailleurs à ce propos, j’ai bien conscience que des œuvres étrangement appréciées dans mon domaine de prédilection peuvent demeurer risibles aux yeux d’un certain public. J’en tiens pour exemple la sympathie suscitée par le personnage de Tiffany, la fiancée de Chucky. Figure d’aucun film qualitatif, elle est pourtant bel et bien louée par les bonnes gens de ma caste. D’où mon peu d’aisance à définir la cinéphilie, que j’envisage plurielle. Il est des cinéphiles à films d’horreur, d’autres à Nouvelle vague et encore d’autres au nanar.

Le bon moment

Ainsi donc, pour en revenir à la confusion cinéphile-cinéphage, je ne crois pas en cette idée selon laquelle voir certains films est nécessaire, voire indispensable. Tout dépend des sensibilités et des instants. Dès lors qu’adolescente, j’ai commencé à nourrir une passion pour les vampires, j’ai vu Génération perdue, Entretien avec un vampire, Nosferatu et le Dracula de Coppola. Coppola… Cela sonnait comme un grand nom. Et s’ouvrit une curiosité pour les œuvres de l’illustre Francis Ford. Un visionnage de Conversation secrète plus tard, me voilà devant Blow out de Brian De Palma. Et tiens d’ailleurs, je n’ai jamais vu Scarface… Construire sa cinéphilie, c’est, pour moi, sauter ainsi de branche en branche dans une vaste forêt, un terrain de jeu infini.

D’où cette importance que j’accorde à l’instant. J’insiste : il est un temps pour voir les films. Se forcer n’apporte rien. C’est souvent n’accorder qu’un regard distant sur l’œuvre. Qui en devient dès lors peu aimable. J’ai détesté Shinning au premier visionnage. Je préférais le bouquin de King, dont je sortais encore émerveillée. Je n’avais pas envie qu’on m’en donne une autre vision. Je n’avais pas non plus envie d’un tel film ce soir-là, je voulais un divertissement facile à la Vendredi 13. Je ne me suis réconciliée avec Kubrick que bien plus tard, quand sidérée par le devenir de Sue Lyon, je me jetais, curieuse, sur son Lolita. Et j’ai revu Shinning, cette fois prête à lui accorder tout le crédit que le monstre sacré mérite.

À rattraper

Je m’accorde ainsi une certaine procrastination filmique. J’ai une to-watch list longue comme le bras. De ma cinéphilie orientée vers le genre et l’horreur, certains hurleraient s’ils savaient que je n’ai, finalement, vu que très peu de Carpenter. J’ai raté aussi Motel Hell, pas mal des Chucky et je souffre de quelques aberrations, comme d’avoir vu La Fiancée de Frankenstein, mais pas le premier épisode. J’attends le bon moment. Je me réjouis même que ce moment arrive. C’est pourquoi je m’en préserve. Quand il arrivera, je serais heureuse d’avoir vu l’œuvre attendue. Il ne s’agit pas, pour moi, de combler mes lacunes. Plutôt de me garder des instants de ravissement. N’en avons-nous pas tous besoin ?

Sur ce, je m’en vais voir L’Arme Fatale 3,

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