Je suis une chouineuse qui pleure au cinéma. Je renifle, je déglutis nerveusement… Jusqu’à ce que, d’un coup d’un seul, s’ouvrent enfin les vannes.

Je me souviens très bien du premier film qui m’a émue aux larmes. Il fallait que ce soit une réalisation de Zemeckis. C’était logique. Puisque mon premier frisson cinéphile fut Qui veut la peau de Roger Rabbit ? – ma madeleine de Proust. Cette cassette que mon père m’a offerte et que j’ai usé jusqu’à la corde. Je l’ai regardée en boucle toute mon enfance. Et encore aujourd’hui, il s’agit de l’un de mes DVD favoris. Zemeckis m’a ainsi donné mon premier film culte… Puis, mes premières larmes.

Elles ont coulé, bien sûr, devant Forrest Gump. Je m’en souviens comme si c’était hier. Ce soir-là, l’Oscar du meilleur film 1995 passait sur TF1. Et j’ai regardé le chef-d’œuvre installée entre mes deux parents. Mon cœur d’hypersensible a cédé dès le premier quart du long-métrage. Quand Forrest court si vite que ses chaussures orthopédiques se brisent en morceaux. Et mon père, de s’inquiéter : « Mais tu pleures, ma gonzesse ? » Puis, ma mère : « Pourquoi tu pleures ? » Enfin, moi : « Parce que c’est beau. »

« Il sait »

Les digues étaient rompues. Pour de bon. Depuis, certains métrages me bouleversent tant qu’il est difficile pour moi de les revoir. Et ce ne sont pas nécessairement de grandes œuvres artistiques. Je pleure, par exemple, systématiquement devant Marley & moi. Peut-être parce que j’aime énormément les canidés. Peut-être aussi, parce que bien qu’il tire sur la corde sensible, ce film décrit parfaitement ce lien émotionnel qui se tisse entre une famille et son chien.

« Tu me diras, hein… Tu me diras quand il sera temps, mon vieux. » (En fait, je pleure pendant TOUT le film)

L’arrivée de Marley me bouleverse, car elle ressemble à celle d’animaux que j’ai connus. Sa fin d’autant plus. Surtout lorsque, rassemblés autour de la dernière demeure de leur ami disparu, chacun prononce quelques mots. La mère, incarnée par Jennifer Anniston, demande alors à son fils aîné : « Tu ne veux pas lui dire encore quelque chose ? » Et là, l’enfant répond dans un sanglot… « Il sait. » Et je m’effondre en larmes, inconsolable. Car j’y lis quelque chose de l’ordre de l’indicible. Que seul le cinéma peut retranscrire.

« Memories light the corners of my mind »

Je pense qu’il est vital de pleurer devant certains films. Ils servent de catharsis à nos plus grandes peines et craintes. Je pleure par hectolitres devant The Way we were. Parce que, dans le fond, il ressemble à toutes mes histoires d’amour. Je tombe toujours amoureuse du garçon à mon opposé avec qui rien ne peut honnêtement se construire. Je suis quelqu’un de raisonnable et de casanier, je m’encanaille avec l’oiseau de nuit qui rentre un soir sur deux. Je lis des poèmes surréalistes et milite à chaque gay Pride, je tombe sous le charme du trader à six chiffres qui ne comprend rien à mes rimes. Exactement comme Barbra dans The Way we were.

Je me souviens de ce garçon qui se moquait de ma proportion à verser des larmes au cinéma. Il m’avait vexée. Parce que je n’apprécie pas que l’on puisse juger mes larmes comme honteuses. Pleurer aide à extérioriser et le cinéma peut en être le catalyseur. Peu de temps après le décès de ma grand-mère, ma mère et moi sommes allées voir le fortement décrié Mamma Mia 2 au cinéma. Nous n’avions alors que peu parlé des derniers événements. Et voir Pierce Brosnan et Amanda Seyfried traverser le deuil de Meryl Streep a su nous tirer les dernières larmes que nous avions besoin de verser… Malgré la qualité relative du long-métrage.

Pourquoi tu pleures ?

Pleurer manifeste la surcharge émotionnelle, les larmes nous débarrassent du surplus qui pèsent sur nos âmes. Je ne vois aucune honte à pleurer devant un écran de cinéma. Je pense qu’être subjugué par la beauté d’une œuvre au point d’en avoir l’œil humide relève de la magie de ces instants suspendus, où le silence envahit la salle et le spectacle se joue. Et parfois, c’est d’autant plus beau que ça survit sur l’écran de télévision, encore plus dans nos mémoires. J’ai toujours des frissons et le cœur qui se fendille quand je repense à cette scène bien précise de Forrest Gump. Je crois qu’elle est ancrée en moi comme un instant de ma vie. Comme tant d’autres films.

Cours, Forrest, cours…

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